Mali: retour sur trois mois d'intervention française


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11 janvier-11 avril. Trois mois de guerre au Mali. Trois mois d'offensive pour mettre à terre les jihadistes. Sur le terrain, les opérations militaires se poursuivent mais le Mali est loin d'avoir retrouvé sa souveraineté et les otages français restent introuvables.

Le 10 janvier, une colonne de jihadistes, 1 200 combattants d'Aqmi (Al-Qaîda au Maghreb islamique), du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) et d'Ansar Dine attaquent et prennent le village de Konna dans le centre du Mali. Situé au sud du fleuve Niger, Konna est sur la route directe vers Sévaré, la dernière ligne de défense de l'armée malienne. Dans une lettre transmise à Paris le même jour par télégramme diplomatique, Dioncounda Traoré lance un appel à l'aide. Le président par intérim du Mali demande un appui aérien à la France pour empêcher la prise de Mopti, à aucun moment, il n'est fait état d'une demande de troupes au sol.

Dans l'urgence, François Hollande, qui assurait depuis des mois que la France n'interviendrait pas directement, décide d'engager l'aviation, puis des éléments sur le terrain. « Des frappes aériennes sont intervenues cette nuit, ce matin, dans la région de Konna », explique le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui ajoute : « Parrallèlement, ordre a été donné de déployer deux premières unités françaises à Bamako hier soir. Leur renforcement est en cours. Ce sont donc quelques centaines de soldats français qui sont engagés ».

Retrouvez nos suivis minute par minute des journées du 11, 12, 14 et 15 janvier 2013

Dans cette première déclaration, Jean-Yves Le Drian reste vague. Le dossier est en effet sensible. Après un an d'occupation jihadiste (voir nos reportages à ce sujet), François Hollande s'inquiète du sort des otages en cas d'intervention, et demande depuis des mois le déploiement d'une force africaine. Le président français voulait une rupture avec la Françafrique, mais il change de stratégie. Serval devient une mission prioritaire. « C'est la plus grande mission française organisée depuis 50 ans », affirment des hauts gradés à Paris. La progression vers le Nord est donc lancée alors que la logistique n'est pas encore sur zone. A Paris, les consignes de l'état-major sont claires : « Avancez, les ordres viendront ensuite ».

En un mois, 4 000 soldats sont déployés et 10 000 tonnes de fret sont acheminées. C'est en gros ce qui a été ramené d'Afghanistan depuis un an. Appuyée par l'aviation, une longue colonne de blindés reprend les villes de Konna, Diabali, puis fonce vers Tombouctou. Le lundi 28 janvier, la cité des 333 saints est libérée, sans combat. A l'entrée des soldats maliens et français, une foule immense vient célébrer les libérateurs. « Neuf mois de prison, on était des otages. Même si la France a des otages, on est aussi des otages. Maintenant, on sent la liberté, on est libre. Aujourd'hui et demain, on est libre. On a la paix aujourd'hui » crie un commerçant. Les Français, appuyés par les Maliens, libérent Gao et la boucle du Niger. Un nouvel objectif est déterminé : les soldats français et tchadiens partent vers le grand nord du Mali pour s'attaquer au fief d'Aqmi.

A la recherche des otages

Fin février, d'après les informations des services secrets français, les otages pourraient se trouver dans le massif du Tigharghar, une chaîne de montagnes escarpées, difficile d'accès. Dès l'entrée de la vallée d'Amététaï, les soldats français et tchadiens sont accrochés. Les combats vont durer huit jours. Les batailles se font à moins de 50 mètres. Tout l'arsenal français est utilisé. Vingt-six Tchadiens sont tués. Deux militaires français racontent la prise d'un piton, attaque qui a duré une journée. « On aurait dit un bunker. C'était un tas de pierres mais on aurait dit un bunker. Nous avons eu un visuel sur un ennemi qui face à notre progression nous a pris à partie à 600 mètres. Au début on en a décelé quatre. Jusqu'au soir on a essayé. Et ils étaient toujours dedans. On ne savait pas combien il en restait. Et au petit matin, on s'est rendu compte qu'à une dizaine de mètres des positions où nous avions dormi, il en restait deux, cachés dans un trou. Ils étaient prêts à faire feu sur nous donc nous avons tiré les premiers. »

Bilan de la grande bataille du Tigharghar

Le sanctuaire d'Aqmi tombe. 200 jihadistes sont tués dans cette bataille. 400 en tout depuis trois mois. Des tonnes de munitions, des moyens d'écoute, des documents ont été découverts. L'un des émirs du mouvement, Abou Zeid, a été éliminé. Mais les Français ne trouvent rien sur les otages. Le général Barrera, le chef de Serval, estime qu'Aqmi a été détruit dans le massif : « On leur a cassé la gueule parce qu'on a forcé le passage et parce qu'on a réussi à les surprendre, ensuite à les cloisonner, à les enfermer et à les détruire les uns après les autres. Donc là, nous avons rempli la mission qui était de détruire Aqmi dans le massif. »

Trois mois d'intervention et le Mali reste fragile

Le pays est loin d'être sécurisé. A Bamako, l'Etat, qui affirme que les élections se tiendront en juillet, est incapable de reprendre pied dans le nord, où le MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) s'implante petit à petit. Au niveau international, la force onusienne mettra du temps à se déployer. Il manque des financements et il faut former les soldats.

La France commence à se retirer : un millier de soldats devraient rester au Mali d'ici la fin de l'année. « Nous avons tapé dans la fourmilière »,  explique un général. « Il faut désormais traquer les jihadistes où ils se cachent dans les régions de Gao et Tombouctou ». Concernant les otages, les services français se demandent s'ils n'ont pas été dispersés. Un général français l'admet : « C'est un dossier sensible et pour le moment, c'est un échec. »