Guinée: la FIDH souhaite que Dadis Camara soit entendu par la justice

Moussa Dadis Camara et son aide de camp Aboubacar Sidiki Diakité, dit Toumba, le 7 octobre 2009.
© AFP/Seyllou

L’ancien chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, s’apprête à rentrer dans son pays où il doit assister aux obsèques de sa mère qui devraient avoir lieu dimanche 14 avril dans la localité de Nzérékoré – sa ville natale - à l’extrême sud-est de la Guinée. La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) estime que la présence de l’ancien chef de l’Etat guinéen dans le pays est une occasion pour la justice guinéenne d’avancer dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009.

Le capitaine Dadis Camara a dirigé le pays entre décembre 2008 et décembre 2009, après la prise du pouvoir par l’armée, au lendemain de la mort de l’ancien président, le général Lansana Conté, le 22 décembre 2008.

Alors qu’il était au pouvoir, son régime a perpétré des massacres d’opposants guinéens dans un stade de Conaky. Ce massacre du 28 septembre 2009 a fait, au moins, 157 morts, des dizaines de disparus et plus d’une centaine de femmes violées. Une enquête judiciaire a été ouverte par le procureur général en février de l’année suivante et deux commissions rogatoires ont été envoyées à Ouagadougou pour que Dadis Camara s’explique sur le massacre. Mais jusqu'à aujourd'hui, il n’y a toujours pas répondu.

A l’occasion de la venue en Guinée de l’ancien chef de l’Etat guinéen, la FIDH et l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH) appellent dans un communiqué de presse conjoint les autorités judiciaires et politiques guinéennes à garantir une enquête indépendante et efficace, pour permettre la tenue d’un procès équitable dans des délais raisonnables. Les deux organisations de défense des droits de l'homme estiment que l’audition de Dadis Camara par les juges d’instruction serait un signal fort et nécessaire en ce sens.

Joint par RFI, Florent Geel, responsable du bureau Afrique de la FIDH, précise que « c’est incontestablement une occasion, pour Dadis Camara, de donner sa version des faits sur ce qui s’est passé le 28 septembre 2009 », avant d’ajouter que « le dossier en aurait besoin puisque, en l’absence de Toumba Diakité – qui est toujours en fuite – et de Dadis Camara – qui était jusqu’à présent réfugié à Ouagadougou – des protagonistes importants de cette affaire ne se sont pas exprimés devant la justice guinéenne » et « très clairement, cela peut être aussi une occasion, pour la justice guinéenne, d’en apprendre plus sur ce massacre, voire d’établir de nouvelles responsabilités », a conclu Florent Geel.

Une arrivée qui suscite des remous

Un peu plus de deux mois après le massacre, Dadis Camara était victime d’une tentative d’assassinat de la part de son ancien aide de camp, le lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, qui avait voulu l’abattre d’une balle dans la tête. Le 3 décembre 2009, il quitte Conakry et est évacué au Maroc pour recevoir des soins avant d’être acheminé à Ouagadougou, au Burkina Faso, où il est exilé.

Depuis le jour où il a quitté Conakry, Dadis Camara a toujours été empêché de retourner en Guinée, bien que lui-même et ses partisans en aient manifesté le souhait. Maintenant que son arrivée est annoncée, des questions se posent. Dadis Camara peut-il rentrer en Guinée ? Et si oui, dans quelles conditions ?

L’affaire est remontée jusqu’au bureau du président Alpha Condé. Manifestement, l’ex-chef de la junte devra se contenter d’un voyage à Nzérékoré et devra repartir ensuite pour son exil burkinabè.

Toutefois, Moussa Dadis Camara compte toujours beaucoup de supporters en Guinée, notamment dans sa région d’origine, la Guinée forestière. Certains de ses compagnons d’armes, au sein de l’ex-junte, vont se rendre à Nzérékoré pour l’accueillir. Par ailleurs, des coordinations de jeunes et de femmes de la région forestière, de même qu’une partie des hommes politiques – issus eux aussi de Guinée forestière – ont commencé à se mobiliser.

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