Richard Curtis: le grand combat contre la malaria du réalisateur de «Quatre mariages et un enterrement»

Le réalisateur britannique Richard Curtis.
© REUTERS/Luke MacGregor

Le Britannique Richard Curtis est le réalisateur de Quatre mariages et un enterrement. Son nouveau film Mary et Martha est une œuvre engagée qui a pour ambition de sensibiliser les spectateurs aux dégâts causés par le paludisme. Le film est inspiré d'une histoire vraie. Entretien.

Mary et Martha, est-ce un film militant ?

En un sens, Mary et Martha, c’est deux films en un. Sur le plan de l'intrigue, il raconte les heurs et malheurs d’être parent, la perte, l’amitié. Mais j’espère aussi que ce film réussira à persuader les spectateurs que la mort chaque année de 650 000 enfants dans le monde victimes du paludisme, constitue une véritable urgence. La vie de chacun de ces enfants est aussi précieuse que celle de nos propres enfants.

Pouvez-vous nous dire deux mots sur la genèse de ce film ?

J’ai participé il y a 25 ans à la création d’une association caritative connue sous le nom de « Comic Relief ». Cette association organise, tous les deux ans, une journée de collecte d’argent pour les nécessiteux en Afrique et en Grande-Bretagne. Le point d’orgue de la campagne est un spectacle de sept heures que nous produisons pour la télé. Je réalise pour ce spectacle de brefs documentaires sur des sujets divers. Il se trouve que ces dernières années mes courts métrages ont porté régulièrement sur la question de la malaria.

Sans doute parce que cette maladie est omniprésente dans les hôpitaux africains où je me suis rendu pour les besoins des tournages. Les spectacles d’enfants agonisants ont fini par me décider à rejoindre le grand combat contre la malaria. J’ai donc proposé de réaliser un long métrage dans lequel la malaria serait au cœur d’un drame sentimental. Je voulais que les spectateurs sortent de la projection en se sentant profondément concernés par les tragédies qu’entraîne cette pandémie.

Comment avez-vous fait pour persuader une vedette comme Hilary Swank de jouer dans un film à message ?

En fait, ce n’était pas très difficile de convaincre Hilary. Elle a souvent joué dans des films qui ont un côté militant et passionnel. Pour nous, il était crucial de s’assurer que le rôle central soit interprété par une professionnelle de son calibre, avec une véritable maîtrise sur son jeu et qui soit capable de susciter l’émotion. Hilary, pour sa part, souhaitait ardemment travailler avec Phillip Noyce qui a fait une carrière étonnante en réalisant des films comme Dead Calm et Rabbitproof Fence.

Quelles ont été les premières réactions à votre film ?

Les sorties en salle ont lieu en ce moment même, les distributeurs ayant partout programmé les séances d’ouverture autour du 25 avril pour profiter de la médiatisation de la Journée internationale de la lutte contre la malaria. Chose remarquable en ce qui me concerne, c’est quasiment la première fois que je vois les spectateurs réagir au film en temps réel, par Twitter interposé !

Beaucoup beaucoup de réactions, des gens touchés au vif, des milliers de messages de la part des spectateurs qui sortent bouleversés par l’intense tension émotionnelle que le film invite à partager. Nombreux sont ceux qui se sont engagés immédiatement en appelant les associations caritatives comme « Malaria No more » ou « One ». Au Royaume-Uni, dès le lendemain de la première du film, le ministre chargé de la Coopération et le développement est allé à la radio pour rappeler le soutien substantiel qu’apporte le gouvernement britannique au Fonds mondial et à la lutte contre le paludisme.

Qu’attendez-vous de la campagne qui vient de commencer en France ?

L'actrice Hilary Swank confrontée à la réalité de la malaria. Scène extraite de "Mary et Martha" © One

J’espère qu’en France aussi les gens seront touchés par le film et soutiendront activement les actions de leur gouvernement en faveur de la lutte contre la malaria, mais aussi contre le sida et la tuberculose. La France est au cœur même de ces combats : après les Etats-Unis, elle est la deuxième plus grande contributrice au Fonds mondial pour la lutte contre les pandémies.

Il faut garder à l’esprit les progrès extraordinaires réalisés dans ce domaine : quand j’ai commencé à écrire le script du film, un million d’enfants mouraient tous les ans de la malaria, aujourd’hui ils sont 650 000. Imaginez que cela se passe en Europe, 650 000 enfants mourant chaque année d’une maladie évitable. Pour nos gouvernements, ce sera la première urgence d’une telle ampleur depuis la deuxième Guerre mondiale. La question sera vite réglée, je peux vous l’assurer. En moins d’un an !

Nous sommes le 25 avril. Qu'aimeriez-vous dire au grand public à l’occasion de cette Journée internationale de lutte contre le paludisme ?

Je dirais qu’il faut à la fois penser petit et penser grand. Il faut qu'on se place d'abord au niveau de chaque enfant qui meurt. C’est le sujet de mon film Mary et Martha qui rappelle combien la perte d’un enfant est une tragédie pour les parents. Il faudrait en même temps pouvoir se situer à l’échelle du monde. Les décès dus à la malaria pourraient être stoppés de notre vivant.

La malaria a bien été éradiquée en Europe. En Italie, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle avait causé plus de morts que la guerre à proprement parler. Si nous demandons à nos gouvernements de faire de la lutte contre la malaria une priorité, nous pouvons sauver de nombreuses vies en Afrique, profitant à la fois des progrès de la médecine, du soutien du Fonds mondial et de la détermination des leaders africains pour relayer le combat. Mais si nous levons le pied, nous allons très vite régresser au stade annuel antérieur d’un million de morts.

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