France: le Livre blanc de la défense met l’accent sur l’Afrique


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Le nouveau Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale a été remis, lundi 29 avril, au président de la République française, François Hollande. Il vise un équilibre entre la nécessité de préserver l’outil militaire et la participation à l’effort de redressement des finances publiques. L’Afrique, qui avait été la grande oubliée du Livre blanc 2008, est dorénavant une des zones prioritaires où la France veut impliquer ses partenaires.

Les crises en Côte d’Ivoire, en Libye et au Mali ont replacé l’Afrique au cœur du nouveau Livre blanc. Le nouveau document stratégique assure qu’il est impératif de maintenir des troupes prépositionnées dans une région du monde où la France se retrouve souvent seule et en première ligne.

En 2008, lors de la publication du précédent Livre blanc, la directive était celle de fermer les bases françaises pour ne garder que deux implantations majeures, à savoir celles de Libreville et Djibouti. Néanmoins, avant la guerre au Mali, déclenchée le 11 janvier avec l’opération Serval, il y avait encore près de 5 000 soldats français répartis sur sept pays africains.

Aujourd'hui, le Livre blanc 2013 démontre les liens entre sécurité en Europe et développement sur le continent africain. Compte tenu des menaces, la zone sahélo-saharienne, la Corne de l'Afrique ou encore le golfe de Guinée constituent des « zones d'intérêts prioritaires ». Les bases françaises en Afrique, qui ont vocation, depuis le discours de François Hollande à Dakar, le 12 octobre 2012, à devenir des « pôles de coopération », restent des points d’appui.

Ce lundi, à l’Ecole militaire de Paris, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, l’a confirmé : « En Afrique, nos implantations militaires doivent devenir autant d’instruments de coopération mais aussi le point d’appui au service des vrais besoins de sécurité du continent ».

Joint par RFI, Christophe Guilloteau, député de l’UMP – principal parti d’opposition en France – mais aussi membre de la commission du Livre blanc et rapporteur de la mission d’information parlementaire sur l’opération Serval – partage cette opinion du ministre français de la Défense.

Selon Christophe Guilloteau, l’opération Serval a « beaucoup servi au Livre blanc » car elle a permis de constater : « Si nous n’avions pas eu de forces prépositionnées au Tchad et surtout en Côte d’Ivoire, nous n’aurions pas pu répondre à l’appel des Maliens avec autant de rapidité », a-t-il affirmé.

Le nouveau Livre blanc se veut « réaliste »

Le coût de la présence militaire française en Afrique est estimé à 400 millions d'euros. Dans les années à venir, le ministère de la Défense cherchera à gagner encore des effectifs, car compte tenu de la faiblesse de ses moyens de projection – particulièrement en ce qui concerne les avions de transport - demeurer sur le continent garantira à l'armée française réactivité et flexibilité.

C’est une cure d'austérité qui s’opère. Il est prévu de supprimer 24 000 emplois d’ici 2019, ce qui correspond à 10% de suppressions de postes. Selon le texte, le niveau des risques est toujours élevé, mais les ressources, elles, sont plus limitées. En coalition, l’armée française pourra s’engager dans un conflit majeur mobilisant 15 000 hommes (contre 30 000 jusqu’alors) et 45 chasseurs (contre 70). Pour remplir ses missions, la Force opérationnelle terrestre - qui comptait 73 000 hommes - va en perdre 7 000. Le nombre d’avions de transport sera limité à 50 ; le nombre d’hélicoptères de manœuvre passera de 140 à 115. Enfin, seuls 3 bâtiments de projection et de commandement seront conservés.

Jean-Yves Le Drian - qui s’exprimait sur ces réformes devant les 600 principaux dirigeants de l'armée française - a parlé d’un ancien modèle caduc tout en affirmant que le nouveau serait « plus réaliste ».

« Le chiffre de 30 000 hommes, pour des conflits lourds, qui était indiqué dans le précédent Livre blanc, était caduc quasiment au moment où le Livre blanc a été promulgué », a déclaré le ministre français de la Défense avant d’ajouter : « Moi, je reviens au principe de réalité. 15 000 hommes projetables, en cas de crise lourde et de conflit lourd, c’est une réalité concrète qui se met en œuvre », a estimé Jean-Yves Le Drian.