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Il avait embarqué en 1950 sur un bateau à vapeur en direction du Cap. Aujourd’hui, Jürgen Schadeberg est considéré comme le photographe de l’histoire de l’Afrique du Sud. Ses portraits d’un Nelson Mandela courageux, souriant, digne, ont révélé très trop la grandeur d’âme du futur « Madiba ». Né à Berlin en 1931, Schadeberg avait accompagné la lutte de Mandela contre l’apartheid et pour la démocratie pendant plus de 60 ans. Pour la première fois en France, une sélection de ses photos autour de la vie en Afrique du Sud et le combat de Mandela est présentée entre le 1er et le 5 mai, au nouvel espace galerie d’Amarrage à Saint-Ouen. Entretien avec Olivier Sultan, le commissaire de l’exposition.

Jürgen Schadeberg a vu Nelson Mandela pour la première fois en 1952. Schadeberg avait 21 ans, Mandela était jeune avocat. Pourquoi ils se sont rencontrés ?

Ils se sont rencontrés dans le cadre d’un reportage pour le magazine Drum où Jürgen Schadeberg était photographe [il est devenu le directeur artistique de ce magazine culturel qui a marqué l’histoire de la communauté noire en Afrique du Sud, ndlr] . La première photo prise, c’était dans le cabinet d’avocat de Mandela qu’il venait d’inaugurer. C’était le premier cabinet d’avocat noir en Afrique du Sud. Et cela le restait, jusqu’à sa destruction dix ans plus tard, pendant l’apartheid. Suite à ce premier rencontre, ils se sont vus régulièrement. Jürgen Schadeberg suivait tous les événements, toutes les manifestations et actions antiapartheid. Donc ils sont devenus rapidement amis.
 
Schadeberg a gardé le contact pendant les décennies après ?
 
Jusqu’à aujourd’hui, ils sont en contact. Et à chaque moment fort de l’action et de la vie de Mandela, Schadeberg faisait un reportage : par exemple sur les grèves contre l’apartheid, le procès de Mandela en 1958, son emprisonnement, sa libération, après son élection comme président d’Afrique du Sud. Il a suivi le président et il a été à l’étranger avec lui.
 
L’intérêt de Schadeberg pour l’Afrique du Sud allait beaucoup plus loin que la personne de Mandela. Il a photographié la chanteuse Miriam Makeba à ses débuts, on voit Les Parieurs accrouppis dans un coin sombre à Sophiatown en 1955 et un groupe de squatteurs dans la Main street à Johannesbourg en 2004. Comment a-t-il reflété l’évolution de ce pays ?
 
Il n’a pas pris que des moments difficiles et douloureux d’Afrique du Sud. Il a fait des reportages sur la vie en Afrique du Sud en général, par exemple sur les loisirs des gens. À travers de cela, il a aussi fait un portrait de l’apartheid. Il y a des photos au champ de courses où l’on voit les Noirs et les Blancs séparés par une grille. On voit aussi les loisirs des Blancs dans leur belle maison autour de la piscine et les Noirs dans les townships. C’est à travers ses photos que Schadeberg fait l’analyse de cette société. Il n’y a pas de discours « militant », mais il a un œil très vif. Après l’apartheid, quand l’Afrique du Sud est devenue réellement démocratique, on trouve des photos plus heureuses, avec des Noirs et des Blancs qui se retrouvent et qui sont ensemble dans les boîtes de nuit et bars.
Cliquer sur "télécharger" pour écouter le commissaire Olivier Sultan sur l'expositon "Nelson Mandela - Jürgen Schadeberg"
11-10-2013 - Par Siegfried Forster
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Nelson Mandela - Jürgen Schadeberg, exposition au nouvel espace galerie d'Ammarage à Saint-Ouen, du 1er au 5 mai.