L’Organisation mondiale du commerce a besoin d’un nouveau souffle

Vue générale de la 8ème conférence ministérielle de l’OMC, à Genève en 2011.
© Reuters/Denis Balibouse

Le successeur de Pascal Lamy à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui doit être connu dans les prochaines heures, sera latino-américain. Le choix réside entre le Mexicain Herminio Blanco et le Brésilien Roberto Azevedo. Le sixième directeur général de l'OMC prendra ses fonctions le 1er septembre prochain. C'est la première fois qu'un ressortissant d'un pays émergent va diriger cette organisation. Aura-t-il plus de chances de débloquer des discussions à l’arrêt depuis douze ans ?

L'OMC est née en 1995. Elle a succédé au GATT (en français : Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), l'accord signé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'organisation, qui a son siège à Genève, a pour but de négocier l'ouverture des marchés commerciaux et de démanteler les obstacles au libre-échange. Il s'agit de faire tomber les protectionnismes, les droits de douane et autres règles jugées excessives, pour donner un nouvel élan à l'économie mondiale. Par ailleurs, l'OMC aide les gouvernements à régler leurs différends commerciaux et assiste les exportateurs, les importateurs et les producteurs dans leurs activités.

Le cycle de Doha à l’arrêt

L'échec cuisant du cycle de Doha fait dire à certains observateurs que l'OMC est aujourd'hui sur le déclin. Quand on regarde ces négociations phares, menées par l'OMC depuis plus de dix ans et qui ont pour but de développer le commerce au profit des pays les plus pauvres, on peut effectivement s'interroger sur la bonne volonté de certains pays, comme la Chine, l'Inde, le Brésil et les Etats-Unis. Relancer le cycle de Doha sera l’une des tâches les plus urgentes du nouveau directeur général.

Les accords bilatéraux prennent le dessus

L'OMC propose une vision multilatérale des échanges commerciaux dans le monde. Mais cette vision semble aujourd'hui menacée par les accords régionaux qui se sont multipliés depuis une dizaine d’années. Pour l'économiste André Sapir, du centre de réflexion Bruegel basé à Bruxelles, les pays membres font des déclarations en faveur du multilatéralisme défendu par l'OMC, mais au quotidien, leurs efforts portent sur un autre axe. Il est vrai que « ce n’est pas à Genève que se trouve aujourd’hui le moteur de la libéralisation. Mais c’est encore là que se trouve le corpus principal des règles qui régissent le commerce international ». Ce sera un des défis les plus importants des années à venir, de réconcilier les deux visions de libre-échange.

Et le plus important de ces accords bilatéraux c'est l'accord de libre-échange que l'Union européenne et les Etats-Unis s'apprêtent à mettre en place d'ici deux ans. Ensemble, les deux économies pèsent la moitié de la richesse mondiale et un tiers du commerce mondial. Les estimations indiquent qu'un accord entre l'Union européenne et les Etats-Unis pourrait augmenter la croissance des Européens d'un demi-point et apporter une hausse de croissance de PIB de 0,4 % aux Etats-Unis à l'horizon de 2027.

On a chiffré ces gains à 86 milliards d'euros ajoutés chaque année à l'économie de l'Union européenne et à 65 milliards d'euros de revenus supplémentaires pour l'économie américaine. C'est une zone d'échange énorme. Et pour certains, à l'issue d'un tel accord, l'OMC sera bel et bien inutile.

Pour André Sapir, la négociation d’un accord entre l’Union européenne et les Etats-Unis est un message très dangereux. « Ce serait de montrer au reste du monde que finalement même les deux fondateurs du GATT que sont les Européens et les Etats-Unis, n’attachent plus tellement d’importance à l’OMC ». Mais un message pourrait en cacher un autre. Et ce serait de dire que l’OMC a besoin d’un nouveau souffle. « On a besoin d’un nouvel agenda. Il ne peut pas être basé uniquement sur les priorités des Européens et des Américains, mais il doit être aussi intéressant pour les pays émergents et pour les pays en voie de développement. »

Le rôle de la Chine

Pour la première fois dans l'histoire de l'OMC, son directeur général vient d'un pays émergent. Cela pourrait redonner de la crédibilité à cette organisation vis-à-vis des pays en développement, estime Marie-Françoise Renard, professeur à l'Ecole de l'économie de l'université d'Auvergne. Contrairement aux grands pays, les pays pauvres n’ont pas les moyens de porter à l’OMC leurs revendications en matière de traitement de différends. La Chine aurait ici un rôle majeur à jouer. « C’est la deuxième puissance économique mondiale, mais qui se présente comme étant toujours une économie en développement. Pour les pays du Sud, la Chine est considérée comme un pays du Sud. Il faudrait que la Chine joue la carte des pays en développement en soutenant la position des pays les plus pauvres, et qu’on arrive à des conclusions concrètes dans le cycle de Doha. Ce qui pour l’instant n’est pas vraiment le cas ».

Le danger pour l'insertion des pays en développement vient en partie de la multiplication des accords bilatéraux. On craint déjà que la 9e conférence ministérielle de l'OMC à Bali, en décembre prochain, ne soit un nouvel échec.

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