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Islam Tunisie

Tunisie: fermeté du gouvernement vis-à-vis d'Ansar al-Charia

Saïf Eddine Erais, l’un des leaders d’Ansar al-Charia, lors d’une conférence de presse à Tunis, le jeudi 16 mai.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

Le gouvernement a annoncé ce vendredi 17 mai l’interdiction du rassemblement des salafistes d’Ansar al-Charia, qui devait se tenir à Kairouan. Le bras de fer qui se joue depuis plusieurs jours entre le gouvernement tunisien et Ansar al-Charia autour de l’organisation de ce meeting est le signe du poids croissant des partisans de la charia en Tunisie.

Les jihadistes sont absolument déterminés à ce que leur grand-messe annuelle se tienne comme prévu. Plusieurs centaines d'entre eux ont déjà commencé à converger depuis jeudi 16 mai de tout le pays, certains sont même partis à pied de Sidi Bouzid pour rejoindre Kairouan, où Ansar al-Charia attend près de 40 000 participants.

Le chiffre n'est pas forcément irréaliste. L'année dernière, au même endroit, le principal mouvement jihadiste tunisien qui, depuis, a recruté de nouveaux partisans, avait déjà réuni près de 15 000 participants.

La position des autorités a été beaucoup moins claire. Mercredi 15 mai, le chef d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir depuis octobre 2011, annonçait qu'aucune demande d'autorisation n'avait été déposée et que le meeting était donc interdit par le gouvernement.

Dès le lendemain, le porte-parole d'Ansar al-Charia lui répondait qu'il n'avait « pas à demander d'autorisation au gouvernement pour prêcher la parole de Dieu » et le mettait « en garde » contre « toute intervention de la police pour empêcher ce congrès ». Pour lui, « le gouvernement sera responsable de toute goutte de sang versée ».

Dans ce bras de fer, c'est le ministre tunisien de l’Intérieur qui a tranché. Lotfi Ben Jeddou déclarait ce vendredi 17 mai que la décision d’interdire ou non le meeting serait annoncée au plus tard samedi, c'est à dire la veille du meeting. Interdiction officiellement confirmée, ce vendredi 17 mai, par le ministère tunisien de l'Intérieur.

Police en état d'alerte

La police est en état d'alerte maximal, tous les effectifs sont mobilisés en prévision de ce week-end, tous les congés et repos ont été annulés. De nombreuses unités sont déjà sur place, à Kairouan. Hors micro, certains policiers ne cachent pas qu'ils vivraient comme une nouvelle humiliation le fait que ce meeting ait lieu.

Mais, dans le même temps, l'interdire la veille de sa tenue revient à courir le risque de nouveaux affrontements. D'ailleurs, ces derniers jours, les heurts entre police et salafistes jihadistes se sont multipliés, parce que la police a voulu disperser par la force les tentes de prédication installées dans la rue par le courant Ansar al-Charia.

Le message d'Ansar al-Charia à Kairouan

Pour le mouvement Ansar al-Charia, l’intérêt est évident : défier le gouvernement, humilier la police et faire une nouvelle démonstration de sa puissance qui ne cesse de grandir en Tunisie. Il y a deux ans, le premier meeting de ce mouvement créé au lendemain de la révolution rassemblait environ 2 000 sympathisants. L'année dernière, ils étaient près de 15 000 et cette année, 40 000 sont attendus.

Quel sera le message diffusé ? Celui qui fait la raison d’être d'Ansar al-Charia, l'instauration d’un califat islamique basé sur une stricte application de la charia, d'abord en Tunisie et ensuite sur la zone qui correspond à celle de l'ancien Empire ottoman.

Rupture consommée entre les jihadistes et Ennahda

Le parti Ennahda est régulièrement accusé par l'opposition de laxisme et de collusion avec le mouvement salafiste. Il est vrai que les islamistes au pouvoir ont laissé les jihadistes se développer en toute liberté dans un premier temps. Mais aujourd'hui, leurs intérêts et leurs objectifs se confrontent et sont en contradiction.

Pour le courant jihadiste, Ennahda a trahi l'islam en refusant d’inscrire la charia dans la future Constitution. Pour certains, Ennahda est même en guerre contre l'Islam puisque, depuis son arrivée au pouvoir, pas moins de 16 salafistes ont été tués dans des affrontements avec la police. Pour toutes ces raisons, Ennahda, qui tente de maintenir le dialogue et qui espérait fédérer toutes les familles de l'islamisme sous son autorité, a en réalité perdu le contrôle du mouvement jihadiste.

Tunisie, terre de Jihad ?

C'est l'autre enjeu du moment en Tunisie. Le pays peut-il être décrété « terre de jihad » par les cheiks ? Pour le moment, ce n'est pas encore le cas. Pour Ansar al-Charia, la Tunisie est une terre de Dawaa, c'est-à-dire de prédication pour ramener le plus de musulmans possible vers la religion.

Pour autant ce mouvement est ouvertement jihadiste. Et ce jihad, beaucoup de ses partisans l'ont mené au Mali, et beaucoup plus le mènent actuellement en Syrie. Deux-mille Tunisiens seraient passés par la Syrie.

Mais en Tunisie, officiellement, il n’y a pas de Jihad. Et ce, même si les incidents meurtriers se multiplient, comme l'attaque de l'ambassade américaine en septembre, la fusillade de Rouhia, celle de Bir Ali et la cinquantaine de jihadistes d'Aqmi retranchés depuis huit mois dans les montagnes de Chaambi. Sans oublier les caches d'armes qui se multiplient et qui laissent penser à certains observateurs que, peut-être, quelque chose se prépare en Tunisie.

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