RDC: pour Mary Robinson, la brigade d’intervention doit être «une force de prévention»


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À l’issue de la tournée de Ban Ki-moon en RDC, au Rwanda et en Ouganda, l’ancienne présidente irlandaise a accordé une interview exclusive à Bruno Minas, correspondant de RFI. Mary Robinson, envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies pour les Grands Lacs plaide pour une résolution de la crise par le développement et se félicite de l’engagement financier de la Banque mondiale : «On a maintenant un milliard de dollars, cela change beaucoup de choses».

RFI : Ban Ki-moon souhaite la reprise des pourparlers de Kampala entre le M23 et le gouvernement de Kinshasa. Tout le monde pensait que ce dialogue était enterré. Pensez-vous qu’il est encore possible de le reprendre, et que c’est vraiment nécessaire ?

Mary Robinson : Je pense que c’est nécessaire, parce qu’il est mieux que les gens discutent pour trouver un moyen de ramener la paix. Maintenant nous avons une approche plus large avec l’accord-cadre d’Addis Abeba. Il s’agit de la paix, de la sécurité, et du développement. Les deux parties peuvent tirer les bénéfices de la paix. Je veux encourager les deux parties, le gouvernement et le M23, à retourner à la table des négociations, parce qu’il y a beaucoup plus de choix maintenant.

Est-ce que cela signifie qu’il faudra encore incorporer des combattants rebelles dans l’armée nationale comme par le passé ?

Je sais qu’on a très peur de cette solution, surtout à Goma. Il y en a certains qu’on pourrait intégrer, mais pour les autres on a maintenant plus de choix sur ce qu’ils pourraient faire ; parce qu’on peut proposer une sorte de « force économique ». Il ne faut pas d’impunité et d’intégration irréfléchie, parce que, jusqu’à maintenant, cela n’a pas marché. Mais, désormais, nous savons qu’il y aura des initiatives pour le développement avec le soutien de la Banque Mondiale. On a maintenant un milliard de dollars et cela change beaucoup de choses, ça compte !

C’est le milliard de dollars qui va ramener la paix ?

Non, on ne peut pas le dire comme ça. Mais il faut que la mentalité des gens change un peu, et qu’ils puissent se dire qu’il y aura un meilleur avenir, parce que c’est une région tellement riche ! Et on pourrait vraiment avancer, comme d’autres pays en Afrique. J’ai parlé avec des groupes de femmes, avec la société civile. Tout le monde veut le développement.

Cela signifie-t-il que le Congo doit partager un peu de ses richesses ?

Au Congo, en ce moment, la richesse est volée. Si on pouvait exploiter tout cela de manière légale, cela pourrait aider tous les pays de la région. Parce qu’on a besoin d’investissements, de travailleurs... C’est bon pour tout le monde.


Il y a beaucoup d’accusations contre le Rwanda et l’Ouganda, qui seraient derrière le M23. Qu’est ce que vous pensez de ces accusations ?

Moi, je veux aller de l’avant. J’ai des discussions privées avec des gens en tant qu’envoyée spéciale. Je crois que l’on va faire des progrès, et on en a fait déjà.

Il y a un débat en RDC sur la démocratie et les droits de l’homme. On y attend toujours une concertation promise par le président...

Quand nous étions à Kinshasa et Goma, nous avons parlé de cette concertation, de ce dialogue, et j’ai l’impression qu’il va commencer bientôt. C’est important, parce que j’ai trouvé que les groupes de femmes et la société civile sont un peu trop préoccupés par cette affaire de brigade d’intervention pour résoudre tous les problèmes.

Moi, je dis que la brigade, certes, est importante, mais ce n’est pas la solution. La solution c’est plutôt l’accord-cadre pour la paix, la sécurité et le développement. Il faut que les Congolais comprennent bien que le gouvernement doit avoir une armée et une police qui marchent bien, une autorité de l’Etat partout sur le territoire. C’est du long terme, je sais. Mais, maintenant, je crois qu’on peut vraiment bien commencer. On a le mécanisme de suivi.

J’espère que la société civile, les groupes de femmes et les jeunes vont suivre ce processus, et l’opposition aussi. Moi, comme envoyée spéciale, je serai très transparente, je ferai connaitre mon action en RDC, au Rwanda, et ici, en Ouganda. L’accord-cadre, c’est pour les peuples, surtout pour les enfants et les femmes qui ont tellement souffert.

La brigade d’intervention serait donc plutôt une brigade de dissuasion ?

Je l’espère bien. Il faut qu’elle soit une force de prévention et que l’on fasse plutôt des progrès au niveau politique, vers la paix, et surtout le développement.