Le procès de la jeune Femen tunisienne Amina mobilise au Maghreb

Trois militantes Femen devant le palais de justice à Tunis, pour défendre Amina, le 29 mai 2013.
© REUTERS/Anis Mili

Un simple tag Femen sur le muret qui entoure le cimetière de la mosquée de Kairouan, au centre de la Tunisie. Et jusqu’à deux ans de prison ferme encourus pour Amina, la jeune Femen de 18 ans, qui sera jugée ce jeudi 30 mai, par le tribunal de la ville. A la veille d’un procès éminemment politique, les soutiens se multiplient au Maghreb. Après l’arrestation de trois militantes Femen à Tunis, suite à leur première action seins nus dans le monde arabe, hier, c'est le Maroc via les réseaux sociaux et l’Algérie qui se mobilisent. Avec l’appel inattendu d’un jeune blogueur algérois, Zak Ostmane, à un rassemblement de soutien à Amina aujourd'hui à Alger.

C’est le 19 mai qu’Amina Tyler, son pseudonyme de militante Femen, a été arrêté à Kairouan, dans le centre de la Tunisie, et incarcérée depuis. Son crime ? Avoir peint sur le muret d’un cimetière proche d’une mosquée le mot « Femen ». Son procès se tient aujourd'hui devant le tribunal de Kairouan. Elle risque six mois de prison pour possession d'un spray lacrymogène. Elle pourrait aussi être poursuivie pour profanation de cimetière, un délit passible de deux ans de détention. Amina avait fait scandale en mars dernier en publiant des photos d'elle seins nus à la manière des Femen, recevant notamment des menaces d'islamistes radicaux, selon son témoignage. Décrit par ses proches comme une dépressive chronique, elle est restée longtemps maintenue à l’intérieur du domicile parental, avant de fuguer fin avril. Depuis, elle apparaissait régulièrement en public.

« Un procès politique »

Nadia El Fani, cinéaste tunisienne, soutien de la première heure d’Amina, témoigne : « Aux dernières nouvelles, Amina était très déprimée, ce qui est normal pour une gamine de 18 ans. Sa demande de liberté conditionnelle a été rejetée par le tribunal. C’est un procès politique qui se tient devant le tribunal de Kairouan ».Elle redoute d'ailleurs que « les juges ne fassent d'Amina un exemple ! ».

Dans une tribune publiée le 22 mai par la journaliste et essayiste Caroline Fourest et Nadia El Fani, dans l’hebdomadaire Marianne, ces dernières expliquent que malgré leur mise en garde, la jeune fille a voulu « faire une dernière action avant de quitter la Tunisie » pour la France où elle devait venir poursuivre ses études.

« L’histoire d’Amina raconte tout ce qui se passe en Tunisie depuis deux ans. Elle a décidé de porter sur ses épaules tous les courages que d’autres n’ont pas », observe la cinéaste tunisienne. Et les deux femmes de pointer : « C’est un véritable procès politique qui se profile. Comme s’il fallait faire un exemple qui puisse " équilibrer " l’arrestation de militants salafistes et terroristes. Comme si tagger le mot " Femen " pouvait valoir la menace d’attentats signés " al-Qaïda " ! Voire représenter un plus grand danger, puisque les salafistes terroristes ont pour la plupart été relâchés, tandis qu’Amina est toujours sous les verrous… »

Une première action seins nus pour les Femen dans le monde arabe

« J’étais en face de la reine Sofia à Madrid pour un festival. Quand j’ai appris l’action des Femen à Tunis, je suis sortie immédiatement. Quelques minutes après, une radio tunisienne m’a contactée alors que je suis interdite de territoire et d’antenne depuis longtemps », explique Nadia El Fani, qui espère que la médiatisation et l’action des Femen conduira la justice tunisienne, « après cinquante ans de mise au pas sous Bourguiba et Ben Ali, à enfin prendre son indépendance du pouvoir politique et libérer Amina ».

Après cette action musclée, la première dans le monde arabe, les trois Femen ont été placées « en état d'arrestation et traduites en justice », selon le porte-parole du ministère de la Justice, Adel Riahi.

Une manifestation de soutien à Alger organisée par le bloggeur Zak Ostmane

Le premier cliché sur la page Facebook des Femen Maroc est tombé le 28 mars dernier. Une photo mettant en scène une jeune femme tête couverte mais avec des lettres tracées sur le torse : « La liberté est mon choix ». Une campagne de soutien a également été lancée sur leur compte.

Mais la surprise vient de l’Algérie. Avec un appel à un rassemblement de soutien à Amina, lancé par Zak Ostmane, ce jeudi 30 mai, jour du procès d’Amina à Alger, dans un lieu qu’il préfère garder secret.

C’est le site Algérie-Focus.com qui le premier avait rencontré ce jeune blogueur algérien de 33 ans, qui se définit lui-même comme « laïque et démocrate ».

Abdou Semmar, son rédacteur en chef, se souvient : « Lorsque Zak a soutenu Amina après qu’elle ait posté ses premières photos, il ne s’est pas contenté d’un texte, il est apparu sur Facebook à visage découvert avec la phrase " Free Amina " écrite sur son torse nu. Il a été menacé, lynché et même agressé à l’arme blanche ! Il fait preuve d’un grand courage en appelant de nouveau à soutenir Amina au cours de ce rassemblement auquel il participera. Même si l'on ne sait pas encore si la police ne l'empêchera pas ».

Solidarité hommes/femmes en action au Maghreb

Le but d’une telle action ? « Montrer notre indignation face à cette arrestation arbitraire, dans une Tunisie où la démocratie est fragilisée par la montée de l'intégrisme », a confié le jeune homme à RFI. Mais aussi se « solidariser du combat de toutes ces femmes courageuses, qui aspirent à l'égalité des droits entre hommes et femmes », et montrer « qu'Amina peut compter sur certains hommes pour la soutenir ».

Selon lui, « même si Amina reste soutenue par la majorité des démocrates maghrébins éclairés, il n'en demeure pas moins que les peuples d'Afrique du Nord restent pour la plupart conservateurs, beaucoup d'hommes et de femmes ne comprennent pas le combat d'Amina, car ce combat où la nudité partielle est mise en avant les dérange et bouleverse leurs croyances et habitudes ».

Pour Nadia El Fani, « c’est une grande joie d’avoir des soutiens maghrébins comme celui de Zak avec qui je suis en relation constante. Il y a une véritable coordination qui se met en place entre les différents comités de soutiens du Maghreb ».

Le procès d’Amina marquerait-il le début d’une lutte universelle portée par la jeunesse du Maghreb ?

 

 

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