L’Ethiopie étonnée de la violente menace des islamistes égyptiens

Mohamed Morsi (ici à Addis-Abeba, le 24 mai 2013) est critiqué par la position pour sa «molesse» dans le dossier du barrage du Nil bleu.
© REUTERS/Tiksa Negeri

Des partis islamistes égyptiens ont menacé l’Ethiopie de guerre lors d’une réunion, lundi 4 juin, de Mohamed Morsi, chef de l’Etat égyptien, et des partis islamistes, en raison de la construction du gigantesque barrage dénommé «Grande renaissance», sur le Nil Bleu, que l’Ethiopie s’apprête à initier. À Addis Abeba, ce mardi 5 juin, les autorités locales ne comprenaient pas pourquoi l’Egypte réagissait avec autant de virulence, arguant que le barrage n’aurait pas de conséquences pour ce pays riverain.

L’Ethiopie a entamé une déviation sur le Nil Bleu, pour construire un barrage hydro-électrique qui inquiète l’Egypte, situé en aval. Le gigantesque barrage ambitionne d’être le plus puissant d’Afrique, avec une production de 6 000 mégawatts. L'Égypte, qui ne doit sa survie qu'au grand fleuve, s'inquiète de l'impact de ce projet sur ses ressources en eau.

Au cours de la réunion avec le président égyptien, les leaders islamistes radicaux ont menacé le pays voisin d’une guerre, évoquant des sabotages de l’infrastructure, des soutiens aux mouvements rebelles éthiopiens ou l’achat de missiles à longue portée.

Les autorités éthiopiennes sont restées, jusqu’à présent, prudentes après ces belliqueuses déclarations venues du Caire. Au ministère des Affaires étrangères, on se dit « étonné » des propos va-t-en guerre des chefs des partis islamistes.

« C’est une surprise mais c’est un cas à prendre au sérieux », a réagit le porte-parole Dina Mufti, contacté ce mardi au téléphone par RFI. Selon lui, l’Ethiopie n’a jamais montré aucune animosité envers l’Egypte dans ce projet. Au contraire, son pays aurait toujours parlé d’un investissement gagnant/gagnant.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de l' Éthiopie a tenu également à souligner que sa lecture des rapports d’experts - venant des trois pays principalement concernés par la construction du barrage, à savoir l'Ethiopie, l'Egypte et le Soudan - lui fait penser qu’il n’y aura pas de conséquences pour les pays en aval du Nil Bleu sur lequel le barrage « Grande renaissance » est actuellement en construction.

L’Egypte sera-t-elle pénalisée par l’infrastructure ? Il n’y a pas encore d’indications claires sur le sujet, mais l’Ethiopie répète également qu’avec ses 6000 mégawatts, le barrage permettra de fournir de l’électricité à plusieurs pays de la région.

« Manque de concertation »

L’Egypte fait une analyse différente démontrant que la lacune de ce projet est bien, depuis le début, le manque de concertation entre les pays concernés.

Jusqu’à présent, on entendait surtout les critiques de certaines ONG dénonçant les conséquences socio-environnementales des gigantesques barrages éthiopiens comme le «  Grande renaissance  » mais aussi le Gibe III, plus au sud, dans la vallée de l’Omo. Les autorités locales ne s’en souciaient guère, répondant que l’eau étant leur principale richesse, elles avaient besoin de ces sacrifices pour accélérer leur développement. En revanche, cette crise hydro-diplomatique avec l’Egypte les préoccupe davantage.
 

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