Dramane Dembélé sur RFI: «Les Maliens doivent se parler»


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Refonder la République et rénover la vie politique, voilà le programme de Dramane Dembélé, candidat de l'Adéma, le grand parti malien, pour la présidentielle du 28 juillet. De passage à Paris, ce dernier a répondu aux questions d'Olivier Rogez.

RFI : Vous êtes le candidat de l’Adéma, le plus grand parti malien. Est-ce que cela suffit à faire de vous le favori de la présidentielle du 28 juillet prochain ?

Dramane Dembelé : C’est un poids déterminant. Ça me donne l’assurance d’être le grand favori car il y a un mariage politique sur le terrain. Nous avons toute notre chance.

L’Adéma avait 19 candidats lors des primaires. Vous êtes sorti vainqueur, un peu à la surprise générale, il faut le dire. Comment expliquez-vous votre victoire ?

Mes concurrents n’ont pas démérité. Ils ont fait des choses bien. Mais aujourd’hui, le peuple dit qu’il veut « du sang nouveau », qu’il y ait l’osmose générationnelle. Qu’il y ait une autre génération qui prenne le destin du pays en main pour indiquer le cap.

Est-ce que les autres candidats à la primaire, ceux qui ont échoué, vous soutiennent tous aujourd’hui ?

Oui, en partie. A part un camarade qui est parti.  Mais si vous vous rappelez, en 2000, Ibrahim Boubacar Keïta est parti, en 2002 après les élections, c'est Ismaïla Cissé qui est parti… Mais l’Adéma a gardé à chaque fois les 33%. Ils sont partis avec des valeurs. Et moi, je suis convaincu que demain, tous ceux qui m’ont couvert, nous allons nous retrouver pour parler de ce pays. C’est de cela qu’il s’agit.

En 2002, les divisions au sein de l’Adéma et notamment la multiplicité des candidatures avaient nui à l’efficacité, et l’Adéma avait perdu le scrutin. Vous ne craignez pas que ce scénario se reproduise à nouveau ?

Je ne pense pas. Bon, 2002, ce n’est pas 2013 ! Il y a une prise de conscience, c’est la base de l’Adéma qui a demandé aujourd’hui qu’on donne le flambeau, ce « passage des générations ». Je fais confiance en cette base, voilà.

On sait que les Maliens sont devenus très méfiants vis-à-vis de leur classe politique en général. Comment comptez-vous restaurer la confiance des citoyens envers la classe politique ?

Méfiance, certainement. Parce que cest l’immobilisme aujourd’hui, qui a été engendré par le carriérisme des hommes politiques, qui a amené le désamour des citoyens. Ils pensent qu’on décide sans eux. Moi, je suis dans un schéma de démocratie participative. Aujourd’hui, je cristallise l’aspiration au changement. Donc à ce niveau, je pense que de façon spontanée, les jeunes sont très organisés. Ils ont compris que j’ai suscité l’espoir de faire autrement la politique, en changeant les méthodes et les pratiques.

Vous prônez une rupture dans les pratiques, une rupture générationnelle. Qu’est-ce que ça signifie concrètement ?

Désormais, les politiques vont renouer avec la prospective. L’agenda républicain sera au-dessus de l’agenda « particulier ». La République va se retrouver, pour servir la démocratie et le peuple. Moi président, j'aurai un horizon clair : réconcilier la République avec les exclus, être à l’écoute, rassurer les compatriotes et veiller à la cohésion.

Justement, sur un dossier comme celui du Nord, on le sait, le prochain président sera sans doute chargé de discuter avec les groupes qui composent cette région, notamment le HCEA, le Haut conseil unifié de l’Azawad, mais le MNLA aussi. Que proposez-vous pour régler cette question du Nord ?

Cette question sera ma priorité des priorités. Pour moi c’est clair, le principe de réconciliation c’est un principe qui sera au-dessus des rébellions et des religions. Franchement, les Maliens, de façon inclusive, doivent se parler. On a, un moment donné, fait un choix stratégique de gestion qui était la décentralisation. Il y a eu des faiblesses. Mais force est de constater qu’effectivement, c’est un outil formidable. Et que c’est dans ce schéma-là qu’on peut s’en sortir, en essayant de renforcer et de faire le transfert de compétences et de ressources.

Un transfert de ressources vers le Nord… Combien comptez-vous donner pour cette région ?

Le Nord, ce sera en fonction des projets ! Ce sont des projets pertinents. Dans un premier temps, l’infrastructure : rendre le territoire accessible. Ça va développer ce sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Et nous avons beaucoup de projets, notamment sédentariser les ressources au Nord, pour sortir cette région de la pauvreté.

Discuterez-vous avec tout le monde au Nord ? Tous les mouvements, y compris le MNLA ?

Bien sûr, je vais discuter avec tous les gens. On a commencé un processus de discussion avec tout le monde. Maintenant, honnêtement, il y a des préalables. On ne peut pas discuter les armes sur la table. Le fait qu’ils soient du MNLA... Je pense qu’aujourd’hui, ils essaient de surfer sur l’identité des Touaregs. En fait, de mon point de vue, c’est du « business » pour certains.

L’Etat doit retrouver toute sa place, y compris dans le Nord. C’est bien ça ?

L’Etat doit retrouver toute sa place, y compris dans le Nord.

Et l’armée doit avoir sa place à Kidal ?

L’armée malienne a sa place à Kidal. Kidal, c’est le Mali ! Et j’ai dit : l’armée doit, va et sera, à Kidal.

Avant ou après les élections ?

Avant les élections ! Cela ne se discute pas !

Les exactions se poursuivent au Nord. On en attribue certaines au MNLA et au MIA (Mouvement islamique armé). On en attribue d’autres aux milices et d’autres à l’armée. Comment mettre un terme à ce cycle de la haine et de la violence ?

Il faut qu’on se parle entre Maliens. Il y a des dérives qu’on constate aujourd’hui. Cela est inacceptable. Mais tout ça, ça peut être réglé dans la République. C’est pourquoi j’ai dit : la République est garante de la cohésion sociale.

Il faut punir les coupables d’exactions, même s’ils sont militaires ?

Même s’ils sont militaires. Chacun doit répondre de ses actes.