Immigration : un partenariat inéquitable entre le Maroc et l’Union européenne

Ces migrants errent dans le désert du Sahara, non loin de la frontière algéro-marocaine.
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Le Maroc a signé, ce vendredi 7 juin à Bruxelles, un texte qui engage Rabat à négocier et à coopérer avec l’Europe sur les questions d’immigration. En échange d’une contrepartie, le Maroc s’engage à accueillir sur son territoire toutes les personnes arrêtées en situation irrégulière en Europe qui seraient supposées être passées par le Maroc. Ces dispositions inquiètent les organisations de protection des droits des migrants.

Le Maroc est le premier pays du pourtour méditerranéen avec qui l’Union européenne (UE) s’engage dans un tel partenariat. En signant « Une déclaration commune sur un partenariat pour la mobilité », le Maroc s’engage à négocier et à coopérer avec l’Europe sur les questions délicates de l’immigration clandestine.

Cette signature est cruciale pour l'Europe. Depuis cinq ans déjà, l'UE tente de convaincre le Maroc de l'aider à gérer les flux de migrants qui arrivent clandestinement en Europe. Des centaines d'entre eux passent par le royaume, situé à peine à 14 kilomètres à vol d'oiseau de l'eldorado européen. Jusqu'à présent, Rabat avait toujours refusé car le pays exige une contrepartie.

La signature de cette déclaration est donc un premier pas vers un accord et l’'idée c’est d’ores et déjà de proposer différentes mesures d'aide pour le Maroc. Il est ainsi question que certaines catégories de Marocains - les étudiants ou encore les hommes d’affaires - puissent obtenir un visa plus facilement et que le pays bénéficie de programmes de développement et des aides financières pour lutter contre l'immigration clandestine. En échange, le Maroc devra, quant à lui, s'engager à accueillir sur son territoire les Marocains expulsés de l'UE mais aussi toutes les autres personnes qui seraient passées par le Maroc avant d'entrer en Europe.

Une situation susceptible d’entraîner l’installation de centres de rétention de migrants sur son territoire avant qu'ils ne soient rapatriés vers leur pays d'origine, ce qui serait une première sur le continent africain.

Un accord inéquitable et préoccupant

Pour les organisations de protection des droits des étrangers et migrants, la signature de ce texte est une mauvaise nouvelle car la promesse de l’ouverture d’un dialogue sur les visas n’apporte pas grand-chose au Maroc et il existe la crainte que le Maroc n’ait pas la capacité de faire ce travail tout en respectant les droits de l’homme.

Depuis quelques mois déjà, les cas de mauvais traitements ont augmenté, avec notamment des migrants battus par la police marocaine lorsqu'ils sont attrapés à la frontière, des arrestations arbitraires de Subsahariens ou encore des cas d'expulsion de mineurs ou de femmes enceintes.

La crainte est donc que l’Europe veuille se débarrasser du problème des migrants hors de ses frontières sans avoir la garantie que leurs droits soient entièrement respectés.