Martin Michelot sur RFI: la visite de Barack Obama en Afrique est un «voyage d'affaires»

Une affiche, réalisée par un artiste sénégalais à Dakar, souhaite la bienvenue à Barack Obama.
© REUTERS/Joe Penney

Le président américain arrive ce mercredi 26 juin au soir à Dakar au Sénégal, la première étape d’une tournée africaine qui doit durer une semaine, avec forcément cette étape sud-africaine dans un contexte très spécial au moment où Nelson Mandela semble au soir de sa vie. Etape finale : la Tanzanie. Martin Michelot, chercheur au German Marshall Fund Paris, répond aux questions de RFI.

RFI : Une semaine sur le continent africain, c’est une première pour Barack Obama si on exclut sa courte visite au Ghana en juillet 2009 ?

Martin Michelot : C’est une première qui a une portée extrêmement symbolique quand on parle de Barack Obama, qui a été célébré comme le premier président africain, dont le père est d’origine kényane. Evidemment, tous les voyages de Barack Obama en Afrique ont une valeur sentimentale et une valeur publique qui est extrêmement importante et dont lui-même sait très bien jouer. Mais il faut aussi éviter de rentrer dans ce qui est trop sentimental. Barack Obama reste le président de la première puissance mondiale. Il vient pour rencontrer les puissances africaines et il faudra qu’il fasse attention à ce que son voyage garde bien cette tournure présidentielle.

Justement, pourquoi avoir choisi ce moment pour replacer l’Afrique au cœur de l’action diplomatique des Etats-Unis ?

Tout simplement parce que l’Afrique est un territoire qu’on peut qualifier en ce moment comme étant en concurrence. Avant, on comprenait que les Européens et les Américains voyaient l’Afrique comme un territoire naturel de leur influence. Maintenant, avec l’importance croissante de l’économie dans la politique étrangère de Barack Obama et la concurrence pour les ressources africaines qui vient de la Chine, de l’Inde, du Brésil, l’Afrique revient au centre des préoccupations de Barack Obama. Donc c’est tout à fait normal qu'il aille voir les pays amis, les alliés, ceux sur lesquels il peut compter pour tourner l’Afrique dans la bonne direction.

Dimension diplomatique, dimension économique bien sûr avec les matières premières. Mais même si on l’a déjà évoqué, il y aura forcément des symboles comme par exemple, pour commencer, la visite de l’île de Gorée au Sénégal ?

Oui, absolument. Les visites de Barack Obama en Afrique sont toujours empreintes de symbole mais c’est aussi quelque chose qu’on voit très souvent en Europe. Il ne faut pas trop en faire sur les symboles. Il faut aussi se rendre compte que la visite de Barack Obama a une composante économique qui est absolument centrale pour la préservation de la puissance américaine. Et quand il fait cette visite en Afrique, c’est vraiment la première chose qu’il a en tête.

Particulièrement aussi sur l’étape en Tanzanie, dernière étape de cette tournée ?

La Tanzanie où d’ailleurs se trouvera presque au même moment son prédécesseur George W. Bush. Cette étape a des conséquences géopolitiques très fortes. C’est un pays qui est dans la Corne de l’Afrique, donc qui a une influence régionale très importante. Evidemment, la visite de Barack Obama en Tanzanie n’est pas un hasard et d’ailleurs quand on voit qu’il décide pour le plus grand dépit des Kényans de ne pas retourner au Kenya, on se rend bien compte que la visite de Barack Obama est assortie de sujets de discussions qu’il faudra avoir, qui vont être très compliqués et qui auront beaucoup d’incidences pour le futur.

Le Kenya, la terre natale de son père ?

Le Kenya est la terre natale de son père. Il y a une ville qui s’appelle Obama au Kenya.

Des membres de sa famille y vivent-ils encore ?

Absolument, et il y a une attente qui est très importante au sein de la population kényane. Mais encore une fois, je voudrais vraiment insister sur le fait que Barack Obama, en ce moment, vu sa situation très compliquée en matière de politique intérieure, ne peut pas se permettre de verser dans des logiques qui - on peut le dire -, sont un peu plus sentimentales. Pour Barack Obama, c’est vraiment business first.

Malgré tout, on ne peut pas évoquer cet emploi du temps de Barack Obama sans évoquer aussi ce qui se passe en ce moment en Afrique du Sud. Un calendrier diplomatique dans un contexte aussi émotionnel, c'est délicat ?

C’est vrai que la possibilité, même infime, de voir Barack Obama et Nelson Mandela côte à côte revêtirait une symbolique qui est extrêmement forte. Et Barack Obama va aussi devoir faire très attention, comme lorsqu'il avait rencontré Aung San Suu Kyi. C’est vrai que ces rencontres de grandes figures mondiales sont toujours empreintes de danger et quand on connaît la situation politique aux Etats-Unis où chacun de ses gestes, chacun de ses voyages est critiqué, la visite de Barack Obama sera aussi placée sous le signe de la mesure.

Ce qu’on remarque justement, ce sont ces étapes qui sont une forme de voyage d’affaires, comme vous l’avez dit, pour le président américain. En revanche, absence d’étapes qui seraient, celles-là, plus centrées vers des questions de sécurité. Que dire, notamment, du cas du Nigeria ?

Oui, et ça vient d’une nouvelle conception de la politique étrangère américaine : ils placent un certain nombre de responsabilités sur les épaules des Européens. Ils demandent aux Européens de prendre les responsabilités qui étaient celles des Américains auparavant. Ils demandent aux Européens de prendre leurs responsabilités dans le voisinage immédiat européen. C’est quelque chose qui s’illustre par le fait que la France ait pu conduire l’opération Serval. C’est aussi quelque chose qui a été illustrée par l’opération militaire au Mali. Il y a une division des tâches qui est beaucoup plus claire maintenant au sein de la relation transatlantique. Et c’est pour cela que le voyage de Barack Obama est principalement centré sur l’économie.

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