Farhat Hached, symbole de la lutte sociale et de l’émancipation tunisienne


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Ce vendredi 5 juillet 2013, en fin de journée, François Hollande prévoit de se recueillir devant le mausolée de Farhat Hached. Figure forte du syndicalisme tunisien, mais aussi du mouvement national pour l’indépendance, la vie et l’œuvre de Farhat Hached sont commémorées chaque année le 5 décembre, jour de son assassinat en 1952. Un assassinat dont la responsabilité demeure, aujourd’hui encore, dans un brouillard judiciaire.

Son mausolée, dressé au cœur de la kasbah de Tunis, est devenu chaque année un lieu de pèlerinage pour les membres de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). En 1952, le fondateur d’un des piliers sociaux de la Tunisie est assassiné dans des circonstances floues, dans lesquelles des organisations colonialistes françaises semblent être directement liées.

A l’époque, la Tunisie est le Protectorat français de Tunisie et les aspirations d’indépendance sont en pleine ébullition. Le nationalisme se trouve alors au cœur des revendications de l’UGTT, créée en 1946 par Farhat Hached, aujourd’hui devenue la principale confédération syndicale tunisienne. Le syndicat devient rapidement un des fers de lance du mouvement national : il est à l’origine de la multiplication de manifestations et des grèves, réclamant l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et l’émancipation nationale.

Un assassinat qui bouleverse le monde entier

En janvier 1952, après l’arrestation de plusieurs leaders de l’indépendance, dont Habib Bourguiba, Farhat Hached prend la tête du mouvement. L’activisme du syndicaliste lui attire les foudres de groupuscules français extrémistes. C’est ce que révèlent les Mémoires de Jean de Hauteclocque, résident général de France en Tunisie en 1952. Cette année-là, la Main Rouge, une milice colonialiste soupçonnée d’être en lien avec les services secrets français, menace de mort le syndicaliste par voie de tracts.

Le 5 décembre, à Radès, banlieue sud de Tunis, une rafale de mitraillettes vise la voiture de Farhat Hached, le blessant grièvement. Celui-ci parvient à quitter le véhicule, mais il est rapidement rattrapé par ses assaillants, qui l’achèvent d’une balle dans la tête. Son corps sera retrouvé au bord de la route, à quelques kilomètres de là. Commence alors l’enquête, avec comme toile de fond une série de manifestations et d’émeutes dans plusieurs villes d’Afrique du Nord, d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie de l’Est. Manifestations attisées par l’imbroglio judiciaire qui s’ensuivra.

« La Main Rouge était une organisation dont l’Etat français se servait »

Instructions mal menées, témoins retirés et fausses pistes sèment le trouble et le dossier est clos en 1955, sans avoir déterminé avec certitude la responsabilité de l’assassinat. Après la décolonisation, la France rapatrie une grande partie des archives liées à l’investigation. Impossible donc pour la justice tunisienne de rouvrir l’enquête en bonne et due forme.

Depuis, un ancien membre de la Main Rouge, nommé Antoine Méléro, a confirmé des soupçons de longue date : son organisation est bel et bien à l’origine de l’assassinat. En 2002, interrogé par Jeune Afrique, il déclare : « La Main rouge était une organisation dont l’Etat français se servait pour ne pas se mouiller » .

Aujourd’hui, la famille du syndicaliste demande à la France de lever le secret sur les archives afin de déterminer une fois pour toutes à qui revient la responsabilité. Mardi 30 avril, la Ville de Paris a rendu hommage à Farhat Hached en inaugurant la place qui porte son nom. A l’occasion, son fils, Noureddine Hached, a souligné sur la chaîne francophone Al-Qarra TV : « Le peuple tunisien, depuis dix ans, exige la vérité » sur la mort de son héros. Il a ensuite rajouté : « Pour la première fois, j’ai senti une vraie volonté et un espoir. Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre ».

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