Rose Mutombo Kiese: «Les femmes ont un grand rôle à jouer dans la gestion du conflit»


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Le drame des victimes de viols a été au centre de la Conférence des femmes des Grands Lacs, qui s'est achevée, le jeudi 11 juillet 2013, à Bujumbura, au Burundi. Parmi les personnalités présentes, il y avait : pour l'ONU, l'Irlandaise Mary Robinson, pour la France, la ministre de la Francophonie, Yamina Benguigui, et la première dame, Valérie Trierweiler, et pour le Congo, Rose Mutombo Kiese. A Kinshasa, elle préside le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (Cafco).

RFI : Quel rôle peuvent jouer les femmes dans une région aussi déchirée que les Grands Lacs ?

Rose Mutombo Kiese : Les femmes ont un grand rôle à jouer par rapport à la résolution 13-25 du Conseil de sécurité, qui leur donne la latitude d’être des actrices incontournables dans la gestion du conflit. Et étant majoritaires dans nos pays, nous osons croire que les femmes peuvent faire les choses autrement que les hommes.

Sur la seule année 2012, les Nations unies ont recensé 522 viols dans les deux provinces du Nord et du Sud-Kivu. Ces chiffres sont-ils sous-évalués ?

J’ose croire qu’on est en dessous de la réalité, étant donné qu’il y a des femmes qui n’arrivent pas à délier leur langue et dire dans les communautés qu’elles ont été violées. Mais aussi, du fait qu’il y a des femmes violées qui sont encore dans des zones où on ne peut pas accéder aux médias, aux cours et tribunaux.

Qui est responsable de ces viols dans l’est du Congo ?

Dans quelques rares cas, ce sont peut-être des éléments de nos forces armées loyalistes, mais la majorité des auteurs appartiennent aux forces négatives qui sévissent à l’est de la RDC.

Pensez-vous, comme la ministre française de la Francophonie Yamina Benguigui, qui était vos côtés ces derniers jours, qu’il y a des escadrons de porteurs du sida qui veulent contaminer plusieurs générations de femmes ?

Ça c’est une réalité, puisque la majorité de groupes négatifs est atteinte du sida. Dans l’est de la RDC, le viol a été utilisé comme arme de guerre pour détruire toute une communauté, pour humilier tout un peuple. Il faut d’abord qu’on soit en paix dans cette région, que les conflits armés s’arrêtent, il faut que l’impunité puisse cesser pour que les différents bourreaux afin que les différents auteurs des violences soient sanctionnés et punis.

Est-ce qu’il y a déjà eu des arrestations et des procès ?

Il y a eu des procès de certains éléments de notre armée, mais cela ne suffit pas. Il faut que le processus que le gouvernement congolais a commencé puisse se poursuivre.

Une feuille de route des femmes des Grands Lacs a été élaborée, est-ce qu’elle est respectée ?

L’esprit de la feuille de route est qu’ensemble, en tant que femmes, nous puissions travailler en synergie, en voyant nos décideurs en leur disant que les femmes sont fatiguées de ce qui se passe dans la région, que les femmes sont fatiguées de tant de morts qu’on a connus dans la sous-région.

Avez-vous le sentiment d’être les grandes oubliées de la région des Grands Lacs ?

Oui, on a eu à analyser les différents accords qui ont été pris dans notre sous-région. Il y a très peu de femmes qui sont présentes autour des tables des négociations. On ne peut pas comprendre que les personnes qui en sont les grandes victimes, qui connaissent des atrocités pendant les conflits armés, soient complètement oubliées.

A l’hôpital Panzi à Bukavu, il y a un médecin, le docteur Denis Mukwege, qui soigne et qui répare un certain nombre de malheureuses qui ont été violées. Pensez-vous comme certains qu’il mériterait le Prix Nobel de la paix ?

Le docteur Mukwege c’est quelqu’un qui a beaucoup travaillé dans la restauration, surtout morale, de la femme. Nous croyons qu’il mérite d’être Prix Nobel. En tout cas le travail qu’il fait c’est un travail de titan.

L’année dernière, il a été agressé à son domicile et il a dû fuir pendant plusieurs mois.

Oui, nous le savons et nous l’avons soutenu. Nous continuons à le soutenir, puisqu’on est souvent en contact avec lui.

Est-ce que les autorités font tout ce qu’il faut pour protéger ces femmes qui sont violées et ces médecins qui les soignent ?

Il y a la sécurité, mais il faut encore faire plus. C’est très important.