Les enfants-conteurs du Bénin sur scène dans «Les mille et une nuits béninoises»

Mirabelle et les enfants conteurs du Bénin sur scène lors de leur représentation au théâtre Le Temple, début juillet à Paris.
© Isabelle Artus / RFI

La Caravane des enfants conteurs du Bénin continue sa tournée en France jusqu’au 18 juillet au Festival Off d’Avignon. Son spectacle Les mille et une nuits du Bénin crée de purs moments de magie portés par des enfants qui excellent dans cet art ludique et ancestral.

On serait bien resté des heures à regarder et écouter ces sept enfants de 11 à 15 ans nous mener d’histoire en histoire, dans le spectacle Les mille et une nuits béninoises, à la manière du conte magistral du même nom. Ils font partie de la Caravane des enfants-conteurs du Bénin qui leur enseigne l’art de conter depuis 2010, dans trois villes du pays : Porto-Novo, Ouidah et Bohicon. Patrice Toton et Soulemane Laly sont deux de leurs formateurs, également conteurs professionnels, musiciens, metteurs en scène et co-auteurs de cette pièce contée. Ils les encadrent à l’école des contes comme à la scène.

Les enfants sont tous « plein de joie » d’être ici ; « tellement de joie que je ne peux même pas dire » précise Michel de la Caravane des enfants-conteurs de Ouidah. S’ils ont déjà conté sur des scènes importantes au Bénin, c’est la première fois qu’ils viennent en France. Ils sont conscients de la chance qu’ils ont de figurer au festival Off d’Avignon. Juste avant de faire face au public, Michel confie avec un large sourire : « Je suis à l’aise, je suis très à l’aise ; je ne dois pas avoir peur du public ».

« C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle »

Patrice Toton et Soulemane Laly, formateurs de la Caravane du Bénin et conteurs professionnels. © Isabelle Artus / RFI

En jouant quelques notes d’ahoco, un instrument traditionnel ivoirien qui résonne tel un chant d’oiseau destiné à tenir le public en éveil, Patrice Toton et Souleymane Laly entrent en scène. Ils lancent ainsi le spectacle et passeront ensuite la parole aux enfants. Car comme le dit le vieil adage « c’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle. Les enfants représentent la nouvelle corde », explique Patrice Toton, « c’est ainsi que la connaissance se transmet de génération en génération », conclut-il.

La connaissance se trouve dans les contes, légendes et histoires ancestraux. Véritable littérature orale détenue par les anciens, ils représentent le patrimoine, la mémoire, l’identité, le socle solide de la société béninoise. Ils sont porteurs de valeurs, de messages, de comportements, vécus par les anciens en direction des jeunes générations, pour les aider à appréhender la vie d’une façon équilibrée. C’est tout le travail de la Caravane des enfants conteurs du Bénin. On y étudie aussi, le samedi après-midi, le jeu d’acteur, la gestuelle, la mise en espace, la prononciation, dans leur langue et aussi en français. Les enfants, passeurs de leur patrimoine, s’épanouissent à travers lui.

Dès leur entrée sur scène, ils rayonnent dans leurs tuniques et pantalons jaunes et se déploient avec aisance. Ils vont conter une longue histoire en trois parties. Une mère met au monde un « enfant terrible » qui parle déjà dans son ventre. Ce dernier sera séparé d’elle et la mère introuvable : « mais où est la mère ? Mais où est la mère ? » s’interrogeront les enfants, en portant la voix, le geste large.

Plus tard, la mère se remariera avec un pauvre paysan et mettra au monde un deuxième « enfant terrible ». Il aura la tâche de combattre les animaux. Seule la tortue réussira à s’échapper. Finalement, « l’enfant terrible »parviendra à chasser les animaux du village.

La stratégie gagnante des petits animaux

Michel, très à l’aise dans le rôle du lièvre, roi des petits animaux. © Isabelle Artus / RFI

De leur côté, les animaux ont créé un nouveau village. Il est divisé d’un côté par les animaux de grosse taille et de l’autre par les petits. La guerre vient à éclater entre eux. Michel campe le lièvre, roi des petits animaux : « il est petit, mais il a son idée ! » confie-t-il, très serein avant son entrée sur scène. En effet, les petits animaux creusent des trous souterrains : ainsi ils auront la vie sauve. Le conte dit qu’au Bénin, les rois d’Abomey se sont inspirés de la stratégie de guerre des petits animaux pour vaincre le colonisateur français.

Soulemane Laly et Patrice Toton, les formateurs conteurs-professionnels des enfants, concluent alors le spectacle en racontant tour à tour des histoires. La boucle est bouclée. La salle applaudit généreusement, époustouflée par le talent de ces enfants, leur maîtrise du conte et leur bonheur communicatif. Les enfants sont ravis et sortent heureux de cette nouvelle expérience.

La Compagnie du Sens Commun

La Caravane des enfants conteurs a été créée par la Compagnie du Sens Commun-Bénin, dirigée par Martine Macé et Nestor Viedanon. C’est une émanation de la Company of Common Sense basée à Londres, qui travaille depuis plusieurs décennies dans différents pays avec les contes. Sa directrice Inno Sorsi, conteuse de plus de trente ans d’expérience, observait depuis la salle les progrès des enfants-conteurs : « ils sont incroyables, d’une force, d’un focus, d’une énergie, ils ont bien avancé ! ».

Lorsque l’on questionne Inno sur ce que le conte apporte aux enfants, elle répond que parmi ses nombreuses dimensions : « la première chose est que c’est une forme amusante, on s’amuse avec les contes. » Elle poursuit : « Ça leur ouvre l’imagination et la construit, ça leur apprend les valeurs humaines, les métaphores, sans le côté didactique ; ça leur permet d’avoir un regard parallèle pour voir le monde symbolique en même temps que le monde matériel. Ça leur donne une perspective dans la vie. »

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Les mille et une nuits du Bénin, spectacle de la Caravane des enfants conteurs du Bénin, jusqu’au 18 juillet au théâtre de la Salamandre au Festival Off d’Avignon.

Lire aussi :
- Les caravanes d’enfants qui font revivre les contes africains, RFI, 7/10/2011
- Inno Sorsy, Company of Common Sense

 

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