Faustin Linyekula: «Comment rester debout malgré tout»

"Drums and Digging", de Faustin Linyekula.
© Christophe Raynault de Lage / Festival d'Avignon

C’est une pièce comme un rituel dans un espace sacré à Avignon, le cloître des Célestins. C’est ici que le danseur, chorégraphe et metteur en scène congolais Faustin Linyekula, né en 1974 au Zaïre, présente jusqu’à ce mardi 16 juillet sa nouvelle création Drums and Digging au Festival d’Avignon. Un titre en hommage à un maître du tambour que Linyekula avait rencontré en revenant dans son village Obila. Entretien.

« Drums » veut dire tambours, « dig » veut dire creuser ou fouiller. Qu’est ce que vous cherchez à creuser, à fouiller à travers ce spectacle ?

Je suis retourné au Congo en 2001 quand j’ai compris que ce qui m’intéressait, ce n’est pas de raconter des histoires d’exil. Je vivais en Europe à ce moment-là. Donc j’ai décidé de rentrer. C’était pour moi une nécessité pour continuer à raconter mes histoires. Mais au bout de dix années dans des compagnies au Congo, je me rends compte que les histoires ne changent pas beaucoup. Ce sont toujours les mêmes histoires de violence. Ou des gens qui essayent de résister à ces violences. La question de Drums and Digging est : comment continuer ? 

Comment continuer à parler du Congo sans tomber dans ce cercle vicieux que vous décrivez ?

Exactement.

Vous racontez des histoires qui rejoignent l’Histoire ?

Fatalement oui, parce que quand on s’intéresse à ce qu’offre le quotidien au Congo aujourd’hui, ce qui est vraiment le matériau à partir duquel j’aimerais travailler, on ne peut pas ne pas se poser la question de comment on en est arrivé la. Et à partir de ce moment-là, l’Histoire s’impose à nous. L’Histoire récente, mais aussi pas si récente. On peut remonter jusqu’aux années 1960, au début des indépendances. Quand on interroge cette période-là, on doit remonter jusqu’à l’invention de ce pays.

On parlait d’un cercle vicieux. Diriez-vous qu’il y a une sorte de malédiction de la violence en République démocratique du Congo ?

Non, parce que dire « malédiction de la violence » serait presque s’enfermer dans un schéma fataliste auquel je refuse d’adhérer. C’est peut-être pour cela que - malgré toutes ces histoires de violence - il y a un geste qui est important pour moi. C’est de dire que nous continuons d’être là. Nous continuons de rester debout au milieu de tout ça. Et surtout nous essayons de construire des bouts de rêves, des bouts d’espace de rêves pour nous.

Des bouts de rêves et donc d’espoir ?

Exactement.

Vous citez un poète chinois qui dit : « qu’est-ce qui peut encore être dit une fois que les sons se sont évanouis, une fois que l’espoir est mort les chansons deviennent vaines ». Donc l’espoir n’est pas mort et le spectacle en est une preuve ?

Tout à fait. Ce spectacle est une manière de répondre à ce poète. La tentation de croire en cela est très forte. La tentation de dire que les chansons sont vaines, que l’on ne peut plus rien dire et qu’il faut donc garder le silence parce que même une toute petite lucarne de mots serait déjà trop vaste. Ma réaction était de dire que je refuse de croire en cela.

Est-ce un spectacle contre la résignation ?

Exactement. C’est comment continuer, comment rester debout malgré tout.

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Drums and Digging, de Faustin Linyekula, scénographie de Bärbel Müller, lumière de Virginie Galas, jusqu'au 16 juillet au Festival d'Avignon.

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