Mali: dans l'attente des résultats, les manœuvres ont commencé

Les assesseurs présentent le bulletin de vote aux représentants des candidats avant validation.
© RFI/Pierre René-Worms

Au Mali, où l'on a voté dimanche 28 juillet pour le premier tour de l'élection présidentielle, la participation pourrait dépasser les 50% selon les observateurs de l'Union européenne (UE). Il y a eu beaucoup d'électeurs à Bamako, à Gao également, mais peu à Kidal. Dans l'attente des premiers chiffres officiels, et surtout des résultats, les camps des candidats s'activent.

Au lendemain du scrutin, aucun chiffre officiel n'est pour le moment disponible, ce qui est tout de même inquiétant. Rien sur le taux de participation, alors que l'on sait que les 36,24% de 2007 seront dépassés, et que l’on devrait normalement crever le plafond des 40%.

En attendant, on s'appuie donc sur ce que l'on peut. Selon le chef de la mission d'observation de l'Union européenne, Louis Michel, « il y a eu une mobilisation particulièrement importante de la population, autour de 50%, d'après les premières estimations qu'on nous a rapportées. »

De quoi conforter les impressions recueillies sur le terrain par nos envoyés spéciaux, dans différents bureaux de vote de différentes régions, que ce soit à Tombouctou, à Gao et bien sûr à Bamako. Seule exception : Kidal. Tout le monde reste désormais suspendu aux déclarations de la Céni, la Commission électorale.

« IBK pourrait créer la surprise »

Et puis, nous attendons bien sûr les premières tendances. Elles pourraient tomber ce lundi soir, ou mardi matin. Alors, faute de résultats, depuis dimanche soir, les grandes manœuvres ont commencé. Chaque camp s’isole, se concerte, peaufine sa stratégie.

Nous avons nos propres équipes de centralisation des résultats (...), qui laissent entendre que le président IBK est en tête et qu'il pourrait créer la surprise dès le premier tour

Mamadou Camara
29-07-2013 - Par Guillaume Thibault

Dans le camp d’Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », on continue de rêver d'une victoire dès le premier tour, à « Takokélé » comme on dit en langue bambara, c'est-à-dire « d’un seul coup ». Un terme qui était d’ailleurs devenu le slogan de ses supporters dans les derniers jours de campagne. Un rêve, pour les partisans d'IBK, qui s’étaient massés devant le siège du Rassemblement pour le Mali (RPM) et du domicile du candidat dimanche soir à Bamako.

Mamadou Camara, porte-parole du candidat IBK, est plus que confiant : « Nous avons nos propres équipes de centralisation des résultats qui viennent des remontées que nous envoient nos délégués dans chacun des bureaux de vote après dépouillement (...) Elles laissent entendre que le président IBK est en tête et pourrait créer la surprise avec une victoire dès le premier tour. »

« Un second tour est inévitable »

Dans le camp du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et la République au Mali (FDR), on pense au contraire qu’il y aura deux tours. Le FDR, ce sont trois des favoris, à savoir Soumaïla Cissé, l’ancien président de la commission de l’Uemoa, Dramane Dambélé, le candidat de l’Adéma, et Modibo Sidibé, l’ancien Premier ministre.

Ces trois candidats devaient se retrouver avec un quatrième, Jeamille Bittar, en début d’après-midi ce lundi, à 14h30 heure locale, au siège de l’Adéma. Histoire de se concerter dans ce fameux front FDR, que l’on appelle ici à Bamako « le Front anti-IBK ».

D'après notre système de centralisation Soumaïla Cissé est en tête dans 7 régions administratives sur 8. A ce moment précis, je pense qu'un second tout est inévitable au Mali.

Madou Diallo
29-07-2013 - Par Guillaume Thibault

Madou Diallo, porte-parole de Soumaïla Cissé, tempère pour l'instant les espoirs du camp d'en face : « D'après nos informations, avec notre système de centralisation, même si rien n'est définitif, Soumaïla Cissé est en tête dans sept régions administratives sur huit. A ce moment précis, je pense que vraiment, un second tour est inévitable. »

« Des doutes sur un certain nombre de bureaux de votes »

De son côté, le candidat Soumaïla Cissé a lui-même affirmé qu’il est arrivé en tête, mais sans revendiquer la victoire dès le premier tour. Il a également déclaré qu’il soupçonnait certains résultats d’être le produit de la fraude.

« Nous avons vu des résultats à Bamako qui sont absolument contestables où vous avez un seul candidat qui a 90 % des voix. C’est absolument aberrant », s’est insurgé le candidat de l’Union pour la République et la démocratie (URD) s'interrogeant ainsi sur « la transparence du vote et sur la fiabilité d’un certain nombre de suffrages ».

Soumaïla Cissé, se basant sur les dépouillements « qui sont publics » a-t-il rappelé, a exprimé son étonnement : « Quand vous avez un candidat qui engrange 100 000 voix ; quand le second arrive à 1 500 et qu’il y a des candidats qui on zéro voix, partout à Bamako, cela me paraît un peu surréaliste », a-t-il déclaré avant d’affirmer « Il y a des doutes sur un certain nombre de bureaux de vote. Il faut voir si, globalement, cela entache la crédibilité globale. Il faut attendre d’avoir tous les résultats officiels pour pouvoir le dire », a-t-il conclu.

« Peut-être un seul tour »

Dernière chose importante à préciser : le chef de la délégation de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Bamako, l’ancien ministre mauritanien Ahmadou Ould Abdallah, pense qu’il n’y aura qu’un seul tour, mais sans dire qui pourrait être le grand gagnant de cette éventuelle victoire au premier tour.

Tout le monde attend maintenant les chiffres officiels, au moins des chiffres partiels communiqués par le ministère de l’administration du territoire. Cependant rien n’a été divulgué en cette fin de journée, même pas des chiffres de participation bien que le ministère possède ces chiffres.

Il semble qu’il attende l’arrivée, physique, à Bamako, des quelques 2 200 procès verbaux de bureaux de vote qui doivent venir de tout le pays, avant de communiquer ces chiffres, ce qui pourrait retarder l’annonce des premiers résultats à demain matin – mardi 30 juillet - ou même à demain soir.


A Kidal, les chiffres de la participation risquent d'être décevants. Les explications de Malik Ibrahim, représentant de la Céni sur place.

Trois bureaux du centre-ville de Kidal n'ont pas pu fonctionner faute de président et d'assesseurs

Malik Ibrahim
29-07-2013 - Par Ghislaine Dupont

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