Présidentielle malienne: «globalement les défis ont été relevés par le peuple malien» selon Kadré Désiré Ouédraogo

Les Maliens font la queue devant un bureau de vote installé dans une école de Bamako.
© RFI / Pierre-René Worms

Après cette journée de vote au Mali, le premier constat c'est que, malgré les inquiétudes, le vote s'est déroulé sans incident majeur. Les observateurs nationaux et internationaux se disent soulagés. Parmi eux, Kadré Désiré Ouédraogo, président de la commission de la Communauté ouest africaine, la Cédéao. Il a donné ses impressions à notre envoyé spécial à Bamako, Christophe Boisbouvier. 

RFI : Quelles sont les premières leçons que vous tirez de ce scrutin ?

Kadré Désiré Ouédraogo, ancien Premier ministre burkinabé, président de la commission de la Cédéao. © DR

Kadré Désiré Ouédraogo : Je pense qu’on peut globalement dire que les défis ont été relevés par le peuple malien. La Cédéao, qui a toujours été aux côtés du Mali durant toute cette crise, se réjouit que cette élection présidentielle vienne comme le couronnement d’un long processus, accompagné par la communauté internationale, pour le retour à une vie constitutionnelle normale. Nous avons dépêché sur le terrain, une équipe de 250 observateurs, conduite par le président John Kufuor, l’ancien président du Ghana. Et, d’ores et déjà, les premières indications tendent à montrer que, globalement, le scrutin s’est déroulé dans de bonnes conditions, qu’il y a eu une ferveur de l’électorat autour de cette élection, en tout cas dans les bureaux de vote que nous avons pu observer, dans la région de Bamako, ici. Et bien qu’il y ait eu quelques difficultés qui nous ont été signalées, nous pensons que ces difficultés sont véritablement mineures. Donc je pense que ces élections se sont déroulées de façon satisfaisante.

Vous parlez de ferveur. En 2007, le taux de participation était inférieur à 40 %, est-ce que vous espérez un taux plus élevé cette fois-ci ?

En tout cas, nous avons été déjà frappés par l’engouement des électeurs dans la région de Bamako. Nous avons bon espoir qu’il y aura une participation relativement importante, au cours de ce scrutin.

Pourquoi cet «engouement», comme vous dîtes, de la part de la population malienne ?

Je pense qu’il y a peut-être, une soif de retour à la normalité, de toute la population. Et qu’elle se rend bien compte que seul un président légitime est à même de pouvoir apporter une réponse définitive aux nombreux défis du pays. Et je crois que c’est ce qu’attend la population et elle l’a montré en sortant massivement pour participer à ce scrutin, malgré l’hivernage, malgré la période de carême. On a pu constater, en tout cas à Bamako, que l’électorat est sorti nombreux.

Il y a eu quand même de sérieux dysfonctionnements, notamment chez vous, au Burkina Faso, où les réfugiés n’ont pas pu voter.

(Dans) les camps de réfugiés, peut-être pas. Mais l’occasion a été donnée à la diaspora malienne – qu’elle soit au Burkina, qu’elle soit au Sénégal, qu’elle soit en Côte d’Ivoire ou qu’elle soit même en France – de pouvoir s’exprimer. Il est évident que l’objectif initial est que les camps de réfugiés puissent aussi voter, mais je pense que les réfugiés qui sont Burkina, qui sont au Niger, ont eu l’occasion ou ont eu, en tout cas, la faculté de s’associer au scrutin. Je pense que c’est déjà un grand pas qu’il faut saluer.

A Kidal, très peu de gens ont voté et des jeunes Touaregs ont manifesté, ce dimanche, pour l’indépendance. Est-ce que ce n’est pas la preuve que l’accord de Ouagadougou ne tient qu’à un fil ?

Ces incidents nous ont été signalés, mais nous pensons que le plus important, c’est que les élections se soient tenues sur toute l’étendue du territoire, y compris à Kidal. Nous savons qu’en démocratie, tout le monde ne peut pas être du même avis. L’essentiel, c’est que la voix de la majorité du peuple malien soit entendue. Et nous pensons que ce scrutin est à même de nous faire entendre la voix de la majorité du peuple malien.

Cette élection, est-ce le signe que la crise malienne est définitivement terminée ?

En tout cas, nous voulons le croire ainsi et pour nous, c’est le couronnement du processus de transition. Parce que un président légitime élu, aura maintenant à charge de s’attaquer aux problèmes de fond. Et nous pensons qu’avec cette élection, on peut dire véritablement que, oui, c’est la véritable sortie de crise et l’enracinement de la démocratie.

Et qui sera ce président légitime, élu ?

Dieu seul le sait, nous savons simplement qu’au bout du processus, c’est tout le peuple malien et la démocratie malienne qui gagneront.

En un seul tour ou en deux tours ?

Cela dépendra du choix des électeurs. Nous sommes là pour observer, nous observerons la volonté des électeurs.

Pas d’attentat ce dimanche, est-ce que cela veut dire que les jihadistes n’ont plus cette capacité de nuisance, qu’ils avaient il y a quelques mois ?

C’est ce que nous constatons, et nous pensons que, grâce à l’intervention de l’opération Serval, grâce à l’opération de la Minusma, les troupes terroristes ne représentent plus le danger systémique qu’elles représentaient voilà une année. Et je pense que ceci est une grande victoire pour l’ensemble de la communauté internationale.

Bien sûr, nous ne fermons pas les yeux, nous savons qu’il y a encore des risques potentiels d’attentats et c’est la raison pour laquelle nous avons souhaité un mandat approprié à la Minusma et que nous avons souhaité qu’à côté de la Minusma, il y ait une force d’appoint et les troupes françaises seront toujours aux côtés de la Minusma pour répondre à toute éventualité. Et je pense que ce dispositif est véritablement de nature à nous rassurer, que la sécurité revient véritablement dans notre zone.

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