Cameroun: près d'un quart de la population serait atteinte d'hépatite B ou C

Des enfants accompagnés de leurs parents à l'hôpital central de Yaoundé.
© Yvan Travert / Photononstop

Au Cameroun, les hépatites virales touchent cinq fois plus de personnes que le VIH. Ils seraient environ 4,5 millions de Camerounais à être atteints de cette maladie qui, bien qu'elle soit souvent dépourvue de symptômes, tue 10 000 personnes par an. Les organisations nationales et internationales ont décidé d'agir dans le cadre de la journée mondiale contre l'hépatite.

La journée mondiale contre l'hépatite, ce dimanche 28 juillet, a été l'occasion d'organiser une vaste campagne de sensibilisation au Cameroun, avec au programme des tests de dépistage et des vaccinations gratuites ainsi qu'un cycle de conférences. L'occasion aussi, pour André Mama Fouda, ministre de la Santé, de dresser un portrait alarmant de la situation dans le pays.

« Suivant les enquêtes épidémiologiques, environ 13% (des Camerounais) souffrent de l'hépatite C et 10% de l'hépatite B, a-t-il affirmé lors d'une conférence organisée à Yaoundé, lundi 29 juillet. C'est donc globalement 4,5 millions de personnes qui sont concernées » sur environ 21 millions d'habitants. Cela représente presque un quart de la population du pays, alors que la moyenne mondiale tourne autour des 6%.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a ainsi exhorté le gouvernement camerounais à agir contre ces maladies, plus largement propagées que le VIH, dont le taux de prévalence parmi les adultes est d'environ 4,6%. Certes moins mortelle, l'hépatite virale tue pourtant chaque année environ 10 000 Camerounais, selon la Société camerounaise de gastro-entérologie.

La mise en place de mesures préventives est urgente

En 2005, le ministère de la Santé a rendu gratuit l'accès au vaccin contre l'hépatite virale B pour les enfants de moins d'un an, dans le cadre du Plan élargi de vaccination, dans l'objectif d'immuniser au moins 85% de la jeune génération en 2009. Cependant, les chiffres de l'OMS montrent que seulement 66% des enfants ont été vaccinés contre cette maladie en 2011. Des chiffres qui ont amené André Mama Fouda à annoncer, lundi 29 juillet, l'élargissement de la campagne de vaccination « exceptionnellement » aux « enfants de moins de cinq ans qui ont manqué à leur vaccination »

L'hépatite B et l'hépatite C sont des maladies virales qui s'attaquent au foie, où elles peuvent causer une infection chronique et, ainsi, créer un risque important de décès par cirrhose ou cancer du foie. En ce qui concerne l'hépatite B, les nourrissons et les enfants de moins de cinq ans sont largement plus susceptibles de développer une infection chronique que les adultes ayant contracté le virus postérieurement. D'où la nécessité de mettre en place une politique de vaccination préventive dans tout le territoire.

« Jusqu'ici, tous les efforts se sont concentrés sur le SIDA »

Pour ce qui est des personnes déjà atteintes, l'OMS considère que le nombre de cas diagnostiqués est nettement inférieur au nombre réel de malades, notamment dans les cas d'hépatite C où 8 porteurs sur 10 ne présentent aucun symptôme. Les traitements contre les hépatites virales restent très coûteux au Cameroun. Il y a un an, il fallait débourser environ 8 millions de francs CFA (12 000 euros) pour le traitement de l'hépatite C, a souligné le ministre de la Santé.

« Jusqu'ici, tous les efforts se sont concentrés sur le sida, insiste le professeur Oudou Njoya, hépato-gastro-entérologue du CHU de Yaoundé et membre de la la Société camerounaise de gastro-entérologie. Il faut donc que les pays adoptent une volonté politique pour lutter contre les hépatites virales. »

C'est dans ce contexte que l'Initiative panafricaine de lutte contre les hépatites a formulé le « Consensus de Dakar », lors de la conférence organisée dans la capitale sénégalaise le 20 juillet. Cette déclaration se pose comme un appel aux gouvernements du continent afin de développer des mesures concrètes en termes de prévention, de dépistage, de traitement et de recherche.