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Avec un taux de chômage à 80% et une reprise contrariée par des facteurs tant politiques qu'idéologiques, les enjeux de l'importante élection présidentielle du 31 juillet au Zimbabwe seront avant tout économiques. Les sondages annoncent un scrutin serré opposant le président Robert Mugabe et son Premier ministre Morvan Tsvangirai, deux géants de la vie politique zimbabwéenne.

Les Zimbabwéens sont appelés aux urnes le mercredi 31 juillet pour élire leur nouveau président. L’actuel chef de l’Etat Robert Mugabe - à la tête du pays depuis 33 ans - et son Premier ministre Morgan Tsvangirai sont les principaux candidats à la magistrature suprême que les 6,4 millions d’électeurs zimbabwéens vont devoir départager. Obligés de « cohabiter » sous la pression de la communauté internationale, les deux hommes sont des adversaires historiques, et se sont déjà affrontés dans le cadre de précédentes compétitions présidentielles. Chaque fois, M. Mugabe a remporté la mise, en manipulant le scrutin en 2002 et en exerçant en 2008 des violences politiques contre ses opposants.

Cette année, les deux rivaux ont fait campagne sur des thèmes économiques. Comment s’en étonner ? Avec un taux de chômage à 80% et l’inscription de près d’un million de jeunes électeurs en âge de voter mais sans véritable perspective d’avenir, l’économie promet d’être l’enjeu majeur du mandat du prochain président.

Hyper-inflation à 233 millions de pourcent

Héros de la lutte pour la libération, Robert Mugabe dirige le Zimbabwe depuis son accession à l’indépendance en 1980. Il a surfé les premières années sur l’essor d’une économie florissante héritée de la colonisation. L’homme a même suscité l’admiration de la communauté internationale, en investissant dans les secteurs de l’éducation et de la santé pour améliorer les conditions de vie de la majorité noire, tout en garantissant les intérêts et les privilèges de la minorité blanche. Mais les graves sécheresses de 1992 et de 1995 ont eu raison de ce début prometteur, en compliquant la gestion du pays.

Pour calmer la contestation montante, M. Mugabe s’est lancé à la fin des années 1990 dans une vaste politique de réformes agraires dont le but historique était de redresser les inégalités héritées de l’ère coloniale. Sous la colonisation, la minorité blanche représentait 1% de la population du pays mais possédait 70% des terres cultivables. De peur de perdre les élections, M. Mugabe autorisa la saisie des fermes des Blancs, par la force si nécessaire.

A partir de février 2000, quelque 4 000 propriétaires terriens blancs ont été progressivement expulsés et leurs terres ont été redistribuées à des agriculteurs noirs, notamment à des anciens combattants de la libération nationale. Les détracteurs de Robert Mugabe l’accusent d’avoir utilisé la réforme agraire dans un but de clientélisme politique, pour s’assurer de la loyauté des électeurs au régime. Toujours est-il que ce remembrement des terres, effectué souvent dans la violence et dans le désordre, sans fournir ni équipement ni formation aux nouveaux propriétaires, a débouché sur l’effondrement spectaculaire de la production agricole dans ce pays, qui avait été, autrefois, le « grenier à blé » de l’Afrique australe.

La chute de la production agricole, ajoutée à la corruption de l'élite dirigeante, qui a désorganisé l’exploitation des ressources minières abondantes (platine, charbon, or, diamant, chrome, nickel, cuivre, fer…) que possède le Zimbabwe, explique la profonde crise économique décennale qu’a traversée ce pays dans les années 2000. Cette crise s’est notamment traduite par une contraction d’environ 40% de l’économie et une hyper-inflation qui a atteint 231 millions de pourcent en 2008. L’absence de perspectives économiques a par ailleurs poussé plus de 2 millions de Zimbabwéens à émigrer, surtout vers l’Afrique du Sud.

C’est avec la mise en place en 2009 d’un gouvernement d’union nationale réunissant le parti de M. Mugabe, le Zanu-PF, et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai, que le Zimbabwe est progressivement sorti de la crise. Cette coalition gouvernementale, imposée par la communauté internationale, a réussi à juguler l’inflation en mettant temporairement la monnaie nationale (le dollar zimbabwéen) à l’écart et en adoptant comme monnaies d’échange le dollar américain et le rand sud-africain. L’assainissement de l’économie zimbabwéenne, qui a renoué avec la croissance dès 2009, a également encouragé les investisseurs étrangers à revenir, eux qui avaient abandonné le pays au plus fort de la crise.

Un scrutin serré ?

Or cette reprise demeure fragile, comme en témoignent les prévisions de la croissance revues à la baisse pour 2013 par le ministère zimbabwéen des Finances : 3,4% au lieu de 5%. Le président issu des élections du 31 juillet aura besoin d’une croissance plus forte pour absorber le chômage qui touche des millions de Zimbabwéens et les maintient dans la pauvreté.

Populaire auprès de l’électorat urbain traumatisé par la descente aux enfers de leur pays au cours de la décennie 2000, l’ancien syndicaliste Morgan Tsvangirai a promis, s’il est élu, de redonner un coup de fouet à la croissance, en ouvrant le Zimbabwe aux investissements étrangers. Son ambition est de créer un million de nouveaux emplois dès son premier mandat.

Quant à M. Mugabe, son électorat se trouve essentiellement dans les régions rurales. Le candidat-président se pose en champion du nationalisme noir, incarné par sa politique d’indigénisation des firmes étrangères qui opèrent dans le pays (détention de 51% des capitaux par des citoyens zimbabwéens de souche). Robert Mugabe défend également le bilan de ses réformes agraires, qui ont profité à la population rurale et ont permis, proclame-t-il en faisant écho à des études universitaires récentes, l’émergence d’une classe de fermiers noirs aujourd’hui prospères.

D’ailleurs, si l’on en croit les statistiques avancées par les organisations internationales, le secteur agricole au Zimbabwe - qui emploie environ un million de personnes contre 400 000 avant les réformes - semble avoir renoué avec sa productivité d’antan. Longtemps vilipendées par les critiques, les réformes agraires engagées par le camp Mugabe se sont révélées être un outil de transformation sociale.

Le président mise sur la popularité des réformes agraires et de la politique d'indigénisation (qui s'inscrit dans la continuité idéologique de la première) pour remporter le scrutin du 31 juillet. Les sondages annoncent, par contre, une élection plutôt serrée, qui a toutes les chances de déboucher sur un deuxième tour, a priori plus favorable pour l'opposant Tsvangirai, habitué aux alliances et aux coalitions.