Maroc: la polémique enfle après la grâce d’un pédophile espagnol


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La grâce accordée par le roi Mohamed VI à un ressortissant espagnol condamné à trente ans de prison pour des actes de pédophilie est loin de passer sous silence au Maroc. Vendredi soir 2 août, plusieurs personnes ont été blessées lors de l'intervention de la police anti-émeute contre les protestataires qui luttent tant bien que mal contre ce crime. Cette grâce royale, faite à la demande du roi Juan Carlos, pourrait s’expliquer par le fait que l’accusé serait un espion espagnol selon certains médias. Le souverain marocain a demandé, ce samedi, l'ouverture d'une enquête sur cette libération.

Mardi 30 juillet, à l'occasion de la célébration de sa 14e fête du trône, quarante-huit ressortissants espagnols emprisonnés au Maroc ont bénéficié d'un pardon royal à la demande du roi Juan Carlos d'Espagne qui avait effectué une visite dans le pays le mois dernier. L’annonce a eu l’effet d’une bombe. Parmi ces détenus : un homme, 60 ans, Daniel Galvan, accusé de pédophilie. Ce retraité propriétaire de deux appartements à Kenitra, près de Rabat, avait été condamné à de la prison ferme – certains médias marocains évoquent une peine de trente ans - pour avoir violé 11 enfants de 4 à 15 ans et avoir filmé ses actes en 2011.

Le pardon a été accordé en raison des intérêts nationaux d'amitié entre les deux pays. Cette déclaration du ministère marocain de la Justice n’a fait qu’exacerber les tensions déjà palpables dans le royaume chérifien depuis plusieurs semaines. Summum de la provocation, il a ajouté que « cette personne était interdite de territoire marocain ». Une précision vécue comme une provocation supplémentaire par les pourfendeurs de cette grâce royale.

Sur les réseaux sociaux, des milliers de personnes réclament la révocation du pardon royal et le retour en prison du ressortissant espagnol déjà expulsé vers son pays.

Un peuple indigné

« Une honte internationale, il n'y a ni droits ni libertés », « Vive le peuple, où est la justice ?  », « Non à la pédophilie ». Les slogans ont fusé vendredi soir 2 août à Rabat. Un appel à manifester contre cette libération lancé sur Facebook qui atteint presque 25 000 adhésions et qui ne cessent de s'accroître. L’appel a mobilisé les foules, et pas seulement dans la capitale politique du royaume où les forces de l’ordre ont dispersé les manifestants réunis devant le Parlement à coups de matraque. Plusieurs personnes, dont des journalistes, ont été blessées.

La coupe est pleine pour la population marocaine, et plus encore pour les familles des victimes de pédophilie. Car le royaume n’en est pas à ses premières affaires en la matière. En mai dernier, un Français a été condamné à douze ans de prison ferme par un tribunal de Casablanca. Un mois plus tard, à Tétouan dans le nord du pays, c’était à un Britannique d’être interpellé. La tristement célèbre « Marche blanche » du mois de mai, qui avait rassemblé des milliers de personnes dans les rues de Casablanca pour dénoncer la pédophilie et les violences faites aux enfants, semble ainsi avoir été quelque peu vaine.

Les manifestants, bravant la répression policière, ne décolèrent pas. D'autres rassemblements d'indignation sont d'ailleurs prévus la semaine prochaine dans de nombreuses villes du Maroc ainsi qu'à l'étranger. Et les dernières révélations concernant l'accusé risquent de faire enfler plus encore la colère de la population.

Un pédophile gracié car espion ?

Daniel Galvan aurait-il été gracié par le roi parce qu’il serait un espion ? L’accusation, si elle était avérée, serait digne d’un mauvais scénario de film d’espionnage. C’est en tout cas ce que rapporte le journal marocain Lakom. L'expulsion de Galvan serait une « faveur » du royaume aux services de renseignement espagnol. Des « raisons d'intérêt national », selon les mots du ministre de la Justice, expliqueraient que le pédophile ait été mis à la dernière minute sur la liste des 48 ressortissants graciés.

Selon Lakom qui cite l'avocat de Daniel Galvan, son client serait un officier du renseignement irakien sous l’ère de Saddam Hussein, installé en Espagne depuis 1984. Là-bas, il aurait été professeur en « sciences océaniques ». Sauf qu’il n’existe, selon une enquête du quotidien El Pais, aucune trace de cet enseignent en Espagne. La thèse avancée est alors que Daniel Galvan aurait collaboré avec la coalition contre le dictateur irakien en 2003 en échange d’une extradition et d’une nouvelle identité… Les services de renseignements espagnols démentent ce scénario. Un scénario digne d'un 007 qui s'est vite transformé en épouvante lorsque les viols de mineurs - dont certains avaient à peine 2 ans au moment des faits - ont été mis en lumière.

Pourtant, dernier épisode en date, le roi  Mohamed VI, face à l'ampleur que prend le scandale des deux côtés de la Méditerranée, a indiqué samedi soir qu'il ignorait la gravité des faits pour lesquels ce pédophile avait été condamné et a promis l'ouverture d'une enquête. Selon un communiqué du palais royal, « le roi a ordonné une enquête approfondie pour déterminer les responsabilités et les erreurs qui ont conduit à cette regrettable libération et pour imposer les sanctions nécessaires ».

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