Maroc: le roi Mohammed VI annule la grâce accordée à un pédophile espagnol

Le roi Mohammed VI, en juillet 2011.
© Reuters/Maghreb Arab Press

Mohammed VI a décidé, ce dimanche 4 août au soir, de retirer la grâce royale qu'il avait accordée à un pédophile espagnol multirécidiviste, Daniel Galvan Vina, une mesure à caractère exceptionnelle. Le nom de cet homme faisait partie d'une liste de détenus libérables au nom de la bonne entente entre l'Espagne et le Maroc. L'affaire a provoqué un tollé dans les deux pays.

La décision est tombée ce dimanche soir, elle n'a donc pas encore été commentée ni au Maroc, ni en Espagne. La mobilisation populaire marocaine avait été spontanée et a visiblement surpris les autorités. Née sur internet, elle a impliqué toutes les couches de la société et s'est vite propagée dans la rue.

La première manifestation, organisée vendredi, avait été violemment réprimée par la police, ce qui a renforcé le sentiment d'injustice.

Au-delà de l'affaire Daniel Galvan Vina, les Marocains, en manifestant, affirmaient aussi défendre leur droit à protester librement. Certains ont même réclamé la suppression pure et simple du principe de la grâce royale.

Le roi a finalement réagi dimanche après quatre jours de silence, en assurant que tout serait fait pour déterminer les responsabilités dans la libération de Daniel Galvan Vina.

Mohammed VI affirmait n'avoir été informé de cette libération « à aucun moment » et qu'il ignorait l'atrocité des crimes commis.

L'agence de presse officielle MAP évoque une décision « à caractère exceptionnel ». Mais selon plusieurs médias, l'ancien détenu aurait déjà quitté le Maroc. Le ministère de la Justice devrait sûrement étudier avec Madrid les suites à donner au retrait de cette grâce.

Malaise espagnol

Avec notre correspondant à Madrid, François Musseau

Même si le gouvernement de Mariano Rajoy ne fait pas de commentaire, la pression est sur lui. Le roi Mohammed VI ayant retiré la grâce à Daniel Galvan Vina, l'exécutif espagnol va devoir aussi se positionner vis-à-vis de celui qui avait été condamné en 2011 à 30 ans de prison pour abus sexuels sur des enfants au Maroc.

Il devient de plus en plus évident pour tout le monde que c'est Madrid qui a inclus son nom dans une liste ensuite communiquée à rabat. Pour quel motif ? L'opposition politique s'inquiète et interroge. Dans la gauche Unie, on est persuadé que Galvan Vina, de parents Irakiens, est en réalité un espion. Il aurait rendu des services à l'Espagne contre Saddam Hussein et cette grâce serait une façon de lui renvoyer l'ascenseur.

Les CNI, les services secrets espagnols, l'ont nié publiquement. Mais en Espagne, beaucoup sont convaincus que c'est la clé du mystère. Les autorités, qui soignent leurs relations avec le voisin marocain, ont alors de quoi se faire du souci.

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