Quand la hausse des températures provoque un regain de conflits dans le monde

A Rounyn, dans un village évacué du nord Darfour, un enfant exhibe les traces d'un combat en 2011.
© AFP PHOTO / HO/ UNAMID / Albert Gonzalez Farran

La hausse du mercure a un impact sur la violence. Une étude inédite publiée le 1er août dans une édition spéciale de la revue scientifique américaine Science a ainsi analysé sur plus de 10 000 ans les effets d’une augmentation des températures sur toutes les formes de violences. Même si d’autres facteurs expliquent aussi les crises aux quatre coins du monde.

De nombreuses études ont déjà établi un lien entre le climat et les bouleversements politiques. Pour certains, par exemple, les révolutions arabes sont en partie dues à une hausse du prix des matières premières causée par un dérèglement climatique. Mais la nouveauté ici réside dans le fait que, qu’elles soient personnelle (meurtres, viols, etc.), institutionnelle (chute d'un gouvernement, par exemple) ou intergroupe (guerre civile, invasions, etc.), les violences sont l’une des conséquences de la hausse du mercure sur notre planète. De la violence sonore à la guerre, le panel est extrêmement étendu.

C’est ce que rapporte l’étude menée par Solomon Hsiang et les chercheurs des universités de Californie à Berkeley et Princeton. Ils viennent d’analyser les données de 60 études englobant 45 conflits différents harmonisées par un cadre statistique unique, et portant sur les liens entre les écarts de températures de chaleur et différentes formes de violence dans trois types de conflits.

Un rapport qui fait froid dans le dos

Pour mener à bien leur étude, les chercheurs ont pris en compte tous les types de changement climatiques, des inondations aux sécheresses en passant par une simple hausse des normales saisonnières. Vingt-sept études sur 27, par exemple, montrent une relation entre les températures élevées et une violence plus intense. Ainsi, un changement d'un écart-type (0,4 degré) vers des températures plus élevées accroît les probabilités de violence personnelle de 4% et de conflits intergroupes de 14%.

Les scientifiques ont couvert toutes les régions du monde pour démontrer que, quel que soit le lieu où l’on se trouve sur la Terre, les conflits s’accroissent donc en même temps que les températures. L’étude va ainsi jusqu’à analyser la chute de la civilisation méso-américaine des Mayas, vers le Xe siècle de notre ère, comme étant due, en partie, à une gigantesque sécheresse.

Vase Ixbalanque, héros mythiques mayas, représentant le jour et la nuit avant de commencer le jeu de balle. © Patrice Gouy/RFI

Le réchauffement climatique est ainsi plus que jamais d’actualité. Responsable de disparition de certaines espèces, d’une hausse du niveau des océans, de la fonte des pôles, le voilà désormais coupable d’engendrer des violences. Pour preuve, l’étude cite les dernières violences policières aux Pays-Bas, les conflits ethniques en Asie du Sud ou au Darfour, les meurtres aux Etats-Unis, etc. La liste est hélas bien longue et si les prévisions climatiques s’avèrent réelles, elle risque bien de s’allonger.

En effet, de nombreux chercheurs prévoient une augmentation de la température du globe d’au moins deux degrés au cours des cinquante prochaines années. Cependant, l’explosion de conflits réside aussi dans d’autres facteurs non négligeables.

Mais le climat n’explique pas tout…

Lucides, les scientifiques dirigés par Solomon Hsiang sont bien conscients que le climat à lui seul n’est pas responsable des cruautés qui se déroulent sur notre planète. Les causes des violences dans leur globalité sont multiples. Dans son ouvrage Allah n’y est pour rien (éditions Le publier, collection Arrêt sur image, 2011), l’historien français, anthropologue, démographe, sociologue et essayiste Emmanuel Todd analyse par exemple les révolutions arabes comme étant une résultante de la hausse du niveau d’éducation et de la baisse de taux de fécondité. Mais les causes sont aussi politiques, économiques, sociales, raciales, religieuses.

Quoi qu’il en soit, la question du changement climatique, et son lien avec la recrudescence de conflits, depuis des millénaires, doit être prise en compte au plus haut niveau.

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