Huile de palme en Sierra Leone: des ONG dénoncent la mainmise des entreprises étrangères sur les terres


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Un groupe d'ONG vient de publier un volumineux rapport pour dénoncer l'accaparement d'un quart des terres agricoles de la Sierra Leone par des entreprises privées étrangères. Sur ces milliers d'hectares, l'agro-industrie développe de grandes exploitations d'huile de palme ou de canne à sucre.

Dans ce rapport intitulé «A qui cela profite-t-il», les ONG s'en prennent au manque de transparence qui a entouré l'attribution de ces concessions. Surtout, elles soulignent l'appauvrissement des paysans sierra-léonais, là où ces grandes exploitations se développent. La Canadienne Joan Baxter est la principale auteur de ce dossier à charge. « La pauvreté, dans cette communauté, a augmenté, souligne-t-elle. Les gens nous ont dit qu’avant, après les récoltes, ils mangeaient deux ou trois fois par jour, des grands repas. Maintenant, ils disent que c’est une ou deux fois par jour et la nourriture n’est plus aussi riche qu’avant parce qu'elle a perdu en diversité. Ils n’ont pas la terre pour produire tout ce qu’ils mangeaient avant. »

Trois entreprises sont ciblées par le rapport. Parmi elles, Socfin, une société dont le siège est à Fribourg en Suisse, et qui est cotée à la bourse de Luxembourg. Luc Boedt est le PDG de cette entreprise et il conteste les assertions du rapport en particulier sur l'appauvrissement des paysans. « Ce n’est pas sérieux, affirme-t-il. Je vais vous dire : on a une concession, mais on n'occupe guère que 40% des terrains. En plus, les zones où les gens produisent vraiment leurs cultures à eux, surtout du riz et des légumes, là ils les ont gardé. Et on les a même aidés à améliorer leur production à eux. Leur qualité de vie est augmentée, à mon avis. »

Un débat africain

Pour Luc Boedt, ces grandes exploitations agricoles rendent au contraire service à la Sierra Leone. « Nous, on est invité par le gouvernement pour venir investir en Sierra Leone, parce que jusqu’à maintenant, l’huile de palme était importée à hauteur de 300.000 tonnes/an. Il y a cruellement besoin de l’huile de palme et ça coûte une fortune au pays, tandis qu’ils ont les terrains. Donc on modernise cette culture purement pour le marché local », se défend-t-il.

Mais pour Joan Baxter, cette affirmation n'est pas convaincante. « Bon, c’est ça qu’ils disent, mais ici, presque 25% du pays est déjà pris par les investisseurs et la plupart c’est pour l’huile de palme. Ce n’est pas possible que toute cette huile de palme reste dans le pays ».

25% du pays pris par les investisseurs ? Luc Boedt conteste formellement ces chiffres. Selon lui, la surface du pays est de 7 200 000 ha. Et à peine 200 000 ha de concessions agricoles, toutes cultures confondues, accordées dans le pays.

Ce débat n'est pas propre à la Sierra Leone, il concerne toute l'Afrique.

 

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