Tiéman Coulibaly: «Soumaïla Cissé a posé là un acte qui marque vraiment le retour du Mali à sa démocratie»

Le ministre malien des Affaires étrangères, Tiéman Coulibaly, à Bruxelles, le 17 janvier 2013.
© AFP PHOTO / JOHN THYS

Ibrahim Boubacar Keïta, le très probable vainqueur de la présidentielle malienne du dimanche11 août, est pour l’instant resté silencieux. Son équipe de campagne a simplement ponctué de brèves déclarations les développements de ces deux derniers jours. Comment le camp sorti vainqueur de l'élection voit-il le geste de Soumaïla Cissé ? Comment analyse-t-il les raisons de son propre succès ? RFI vous propose d’entendre le point de vue de l'un des alliés politiques d’IBK, Tiéman Coulibaly, actuel ministre des Affaires étrangères, homme politique malien engagé dès le premier tour dans la campagne aux cotés d’Ibrahim Boubacar Keïta, répond aux questions de notre envoyé spécial au Mali, Laurent Correau.

RFI : Soumaïla Cissé qui vient saluer son aîné, Ibrahim Boubacar Keïta, en famille, et qui vient le féliciter pour sa victoire. Comment vous réagissez à ce geste ?

Tiéman Coulibaly : C’est un geste d’une très grande élégance qui correspond à la courtoisie républicaine. C’est un geste qui, sans aucun doute, grandit le candidat qui aujourd’hui semble avoir perdu. Cela contribue à apaiser le climat qui s’était un peu tendu, il faut le dire, entre les deux tours. Donc le candidat Soumaïla Cissé a posé là un acte qui marque, du moins le retour du Mali à sa démocratie et qui colle on ne peut plus aux réalités maliennes. Pendant toute la crise, quand j’ai eu l’honneur d’assumer les fonctions de ministre des Affaires étrangères, j’ai souvent dit à la communauté internationale que le Mali valait bien mieux et bien plus que l’image qu’il avait montré ces derniers mois. Le Mali aujourd’hui est le Mali authentique.

On se dirige vers un raz-de-marée du candidat que vous avez soutenu dès le premier tour. Qu’est-ce qui explique cette réussite d’Ibrahim Boubacar Keïta lors de l’élection ?

Il a su trouver les messages qu’il faut pour mobiliser les Maliens. Il a parlé de l’honneur du Mali. C’est cela qu’il a mis en avant, de la recherche du bonheur des Maliens. C’est extrêmement important car notre pays a été mis à genoux par l’invasion de son Nord par des forces obscurantistes. Les Maliens étaient déboussolés, ils étaient un peu perdus. Les Maliens ont cherché dans cette élection à installer un chef, un chef à la tête du pays qui serait le garant de l’autorité de l’Etat, de la souveraineté nationale et qui pourrait être un point de rassemblement pour la grande majorité. C’est ce que IBK leur a proposé. C’est cela qui s’est exprimé.

Certains, dont son adversaire, ont beaucoup critiqué son utilisation des réseaux religieux. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

C’est une mauvaise querelle. Nous sommes une République laïque. Nous nous sommes battus pour que cette laïcité reste. Et elle restera. Que des religieux appellent à voter pour tel ou tel candidat, c’est la liberté des religieux mais nous, nous n’avons pas fait de marketing spécifique en direction des religieux. Les différentes composantes de la société malienne ont participé à cette élection, la composante marchande était peut-être plus dans un camp que dans l’autre. La composante mystique est peut-être plus dans un camp que dans l’autre.

Et l’armée elle ?

Oui, la composante militaire dont l’administration est un avatar, aussi certainement était partagée entre les deux camps. Mais tout ça, ce sont des Maliens. Vous pensez vraiment que nous allions rejeter un vote parce qu’il serait religieux ou qu’il serait militaire ? Si l’ordre militaire de notre nation a manifesté sa sympathie pour un candidat, il n’y a pas de honte ou de faux-fuyant à avoir là-dessus.

Quels sont les grands chantiers qui attendent le prochain président ?

Une de nos grandes missions sera la construction d’une armée républicaine à vocation sous-régionale parce que les menaces qui, aujourd’hui se sont exprimées au Mali, concernent l’ensemble de la zone sahélo-saharienne.Il y a aussi un grand chantier économique pour moderniser notre agriculture, augmenter le flux des investissements. Il y a, n’oublions pas, les questions de santé, les questions d’éducation, l’aménagement du territoire. Et c’est cela le vrai problème du Nord : c’est une question de développement. Il n’y a pas de question ethnique. Il n’y a pas de problème racial au Mali, contrairement à ce que certains esprits chagrins s’évertuent à vouloir mettre en avant.

Il faut plus de routes, il faut plus d’usines, il faut l’eau potable pour tout le monde, il faut de l’électricité et il faut construire des écoles. Il faut créer un environnement pour que l’homme malien puisse s’épanouir du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Les grands chantiers comprennent le Nord, aussi qu’ils comprennent le Sahel occidental. Il faut que ces zones là, de grande précarité, puissent bénéficier de toute notre attention pour que la vie y soit un peu plus facile et qu’il y ait d’autres perspectives que le commerce des cigarettes trafiquées, ou de la drogue, ou que les populations soient exposées aux discours criminels de certains qui se cachent sous le voile de la religion mais qui en fait, sont de grands criminels.

C’était un pari risqué d’organiser l’élection à cette date. Finalement, pari réussi ?

Absolument réussi. Tout le monde est content. Les Maliens sont contents. La communauté internationale est contente, y compris celle qui doutait un peu de nos capacités à organiser cette élection. Beaucoup ont parié sur notre échec, mais nous avons tenu bon. Nous n’avons pas voulu changer les dates, nous sommes restés sur ce qui avait été défini par nous-mêmes, je le précise bien : « par nous-mêmes ». Rien ne nous a été imposé de l’extérieur. Certains disent qu’il y a eu des injonctions : ce n’est pas vrai. Cette date a été décidée par le président de la République et il s’y est collé. Cette destination à laquelle nous sommes arrivés, c’est lui qui a conduit le navire à cette destination. Il n’y avait pas de co-pilote.

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