Au Mali, le raz-de-marée électoral d'Ibrahim Boubacar Keïta


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Le ministre malien de l'Administration du territoire (Intérieur), le général Moussa Sinko Coulibaly, a proclamé ce jeudi 15 août 2013 en fin de matinée les résultats « provisoires complets » du second tour de l'élection présidentielle. Ces chiffres donnent une très large victoire à IBK. L'ancien Premier ministre l'emporte avec 77,61 % des suffrages. La participation, elle, est en baisse par rapport au premier tour.

De notre envoyé spécial à Bamako

Raz-de-marée. Le terme n’est pas trop fort. 77,61 % pour Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). 2,35 millions d'électeurs. En nombre de voix, IBK double quasiment son score du premier tour, même si la participation baisse. Entre les deux tours, on compte en effet 400 000 votants de moins. Le taux de participation du second tour s'élève à 45,78 %.

Moussa Sinko Coulibaly
14-10-2013 - Par Laurent Correau

Pour Soumaïla Cissé, c’est une défaite assez cuisante. Entre les deux tours, en dépit des alliances qu’il a nouées avec d’autres candidats du premier tour, il ne gagne que 70 000 voix environ. C’est très peu : 1 % du corps électoral.

Autre point à signaler : la forte, très forte baisse du nombre de bulletins nuls. Au premier tour : 403 000 selon les résultats provisoires. Pour le second tour, le ministre a donné le chiffre d’environ 93 000 bulletins nuls.

Le général Moussa Sinko Coulibaly, ministre malien de l'Administration territoriale, le 15 août à Bamako pour la proclamation des résultats. © AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Réputation de fermeté

IBK lui-même, selon des confidences de son entourage, explique son score par le côté « fusionnel » de cette campagne avec la population malienne. C’est en tout cas la façon dont il voit les choses. Le président élu estime également, selon ses proches, avoir bénéficié du bon souvenir laissé quand il était chef du gouvernement. Il avait alors dû gérer des tensions sociales difficiles.

C’est également le point de vue du chercheur Moumouni Soumano, directeur d'une fondation pour la démocratie et le dialogue entre les partis. « Quand il était Premier ministre, dit-il, IBK a montré qu’il pouvait avoir de l’autorité dans la gestion de l’Etat, et cette image de fermeté lui a permis d’incarner une forme de rupture avec la période d’Amadou Toumani Touré. »

Ibrahim Boubacar Keïta a aussi bénéficié de soutiens précieux dans l’armée et dans les milieux religieux, même s’il dément -il le disait dans une interview accordée à RFI entre les deux tours- avoir utilisé la religion à des fins électorales. « Que j’aie l’appui des autorités religieuses, c’est un fait, avait-il déclaré, mais personne ne m’a entendu dire autre chose, qui serait une sorte d’appel à un rassemblement islamique autour de ma personne. »

Le candidat Keïta, en pleine prière avant le lancement d'un meeting à Bamako, le 21 juillet 2013. © REUTERS/Joe Penney

Un francophile, musulman cartésien

Le nouveau président élu du Mali est né en 1945 à Koutiala, la capitale cotonnière du sud-est du pays. Il a étudié en France l’histoire et les relations internationales, puis a enseigné dans le supérieur. De retour au Mali, il a successivement été conseiller technique du Fonds européen de développement (FED) et représentant de l’ONG Terre des hommes.

IBK est choisi par Alpha Oumar Konaré comme directeur adjoint de campagne pour la présidentielle de 1992. M. Konaré l’emporte et IBK gravit les échelons : conseiller diplomatique, porte-parole, ambassadeur, ministre des Affaires étrangères, puis chef du gouvernement.

Ibrahim Boubacar Keïta rompt avec son parti d’origine, l’Adéma (Alliance pour la démocratie au Mali), au début des années 2000. Il fonde alors son parti, le Rassemblement pour le Mali (RPM). Candidat malheureux à la présidentielle, il obtient le poste de président de l’Assemblée nationale puis s’installe dans une forme d’opposition.

L'homme, qui se dit attaché aux idéaux de la gauche (son parti est membre de l'Internationale socialiste) se décrit volontiers comme un « francophile », mais aussi un « musulman cartésien ». Il l’emporte pour cette troisième candidature à la présidentielle, en 2013, à 68 ans.


Cartographie d'une victoire

La victoire d’Ibrahim Boubacar Keïta est une victoire nationale. Son rival ne l’emporte que dans un nombre réduit de cercles. Youwarou, Dire, Djenné et très logiquement, Niafunké, dont Soumaïla Cissé est originaire. A Niafunké, Cissé obtient 74 % des suffrages.

Ailleurs, dans le pays, IBK obtient une victoire qui frise parfois le plébiscite, comme à Bamako, la capitale, où l’ancien premier ministre obtient 89 % des voix. Des scores particulièrement élevés également dans les régions de Koulikoro, Sikasso et Ségou, dans le Sud. Sur l’ensemble du pays, l’ancien Premier ministre double quasiment, en nombre de voix, son score du premier tour.

Le taux de participation a baissé entre les deux tours, le ministère l’évalue à 45,78 %. Cette participation baisse notamment à Koutiala, la ville natale d’IBK. Pourtant, dans certains cercles du Nord, elle augmente légèrement, comme à Tombouctou, Goundam, Gourma Rharous ou Niafunké. Dans le cercle de Ménaka, elle connaît même un bond spectaculaire, avec 18 000 votants au premier tour et 35 000 au second.

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