En Tunisie, les locaux de l'ATI, coeur de la censure sous Ben Ali, ouverts aux hackers

Les pirates informatiques tunisiens peuvent désormais fouiller dans les dossiers de l'agence tunisienne de l'internet, l'ATI, qui était le coeur de la censure sous le régime Ben Ali.
© REUTERS/Kacper Pempel/Files

C'était le coeur de la censure sous l'ancien régime de Ben Ali : l'agence tunisienne de l'internet. L'ATI a une nouvelle direction et de nouveaux projets depuis la révolution tunisienne. Ses portes sont même ouvertes aux pirates informatiques depuis juin. Ils y ont leur laboratoire, le « lab 404 ».

C'est une salle avec des boîtiers d'environ 40 centimètres. Ces serveurs, sous le régime Ben Ali, empêchaient les internautes d'accéder à des pages sensibles, de l'opposition par exemple. Ils recevaient le message d'erreur « 404 not found », d'où le nom de ce laboratoire, le « Lab 404». Ils peuvent désormais osculter, attaquer, forcer ces machines avec des codes. Pour le hacker Bullet Skan, c'est une victoire : « Là je suis dans le sous-sol de l’ATI, et l’ATI c’était mon ennemi public numéro 1». Double pied de nez à l'histoire, la villa qui abrite le Lab 404, avant d'être le local de l'ATI était une ancienne maison de Ben Ali. 

Des secrets bien gardés

L'Agence tunisienne de l'internet s'est ouverte mais ses secrets ne sont pas pour autant faciles à percer. Pour l'instant les pirates du net n'ont découvert qu'une liste de sites bloqués. Seuls les serveurs utilisés entre 2001 et 2007 sont en effet à leur disposition. Les machines plus récentes sont toujours utilisées en partie pour filtrer l'internet dans les institutions et éviter l'accès à des contenus pornographiques dans les écoles par exemple.

Par ailleurs, les contrats de vente des machines plus récentes font toujours l'objet de clauses de confidentialité entre entreprises, gouvernement et ATI. C'est ce qu'explique Moez Chakchouk, son directeur :« Si l’ATI veut bien ouvrir ses machines à des fins d’innovations, il faut que le gouvernement soit d’accord. Le contrat de confidentialité est illimité. Le contrat ne peut pas être rompu de manière unilatérale, il faut que les trois parties participent à ça. Mais il faut que tout le monde soit convaincu de cette transparence et de l’apport de cette transparence. Nous, on a toujours demandé à ce que ce soit divulgué. Mais après il y a d’autres priorités pour l’ATI que de révéler les noms des vendeurs. Il faut trouver un consensus, c’est clair ».

Censure ou surveillance ?

Les hackers aimeraient que les choses aillent plus vite car certains ont été emprisonnés à cause de leurs activités sur le web sous l'ancien régime. Le directeur de l'Agence tunisienne de l'internet se veut rassurant : plus de censure aujourd'hui. Il affirme que les rares cas de surveillance de la Toile émanent uniquement d'ordres judiciaires.

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