Egypte: le leader des Frères musulmans accusé «d'incitation au meurtre»

Mohammed Badie, guide suprême des Frères musulmans.
© AFP PHOTO / STR

Le guide suprême des Frères musulmans égyptiens, Mohamed Badie, a été placé, ce mardi 20 août, en détention préventive, pour une durée de 15 jours, pour « incitation au meurtre » de manifestants. En fuite depuis la destitution, le 3 juillet, du président Mohamed Morsi, Mohamed Badie a été arrêté dans la nuit du lundi 19 au mardi 20 août, au Caire. Une arrestation « arbitraire et injustifiée » aux yeux des partisans du président déchu. Washington a également critiqué l'arrestation.

Mohamed Badie, le guide suprême des Frères musulmans – la confrérie à laquelle appartient le président destitué, Mohamed Morsi – a été arrêté par les forces de police avec deux autres dirigeants de la confrérie. Son arrestation a été critiquée par les Etats-unis. La Maison Blanche a estimé que les critères du respect des droits de l'homme n'étaient pas respectés.

« Il s'agit de la dernière action en date prise par le gouvernement (intérimaire égyptien) qui ne reflète pas son engagement à un processus politique rassembleur, et c'est une action contraire à l'idée d'un système judiciaire indépendant de la politique », a déclaré le porte-parole adjoint de la Maison Blanche, Josh Earnest.

Cette arrestation du guide suprème et sa mise en détention provisoire pour 15 jours sont considérées comme « arbitraires et injustifiées », aux yeux des partisans de Mohamed Morsi.

Joint par RFI, Yasser Fahkarani, l’un des porte-paroles de l’Alliance anti-coup d’Etat - qui réunit les Frères musulmans et les supporters du président déchu -, considère que « ce n’est pas légal et que ce n’est pas équitable ». Il rappelle la première accusation qui a été retenue contre Mohamed Badie, à savoir « l’incitation à la violence ». Pourtant, a-t-il dit, lorsqu’il s’est exprimé devant ses partisans, à Rabaa al-Adwiya, il a répété : « Nous sommes pacifiques, nous resterons pacifiques et notre pacifisme sera plus fort que leurs balles ! »

Face à la féroce répression contre les Frères musulmans par le pouvoir installé par l’armée, Yasser Fahkarani affirme que sa confrérie « ne sera jamais anéantie ».

« Si on se penche sur le passé, la confrérie a été dissoute à plusieurs reprises. D’abord sous le roi Farouk puis à l'époque de Nasser ! A chaque fois, ils ont réussi à se réorganiser, à devenir plus forts et à gagner de plus en plus de partisans ! », a tenu à souligner Yasser Fahkarani, l’un des porte-paroles de l’Alliance Anti-Coup d’Etat.

Une population de plus en plus divisée

L’arrestation du guide suprême des Frères musulmans pourrait diviser encore davantage la population égyptienne entre partisans et adversaires de la confrérie islamiste. Joint par RFI, Ahmad Waham appartient au Al-Dostour, le parti de Mohammed el-Baradei. Il s'inquiète des conséquences que pourraient avoir les arrestations en série qui frappent les dirigeants des Frères musulmans. « Si ces gens sont condamnés pour des accusations réelles, alors je suis pour. Il faut que la justice suive son cours. Mais si ces gens sont arrêtés de façon arbitraire, alors ce n'est pas acceptable », estime-t-il.

Ahmad Waham ne croit pas non plus à ces arrestations comme étant « une solution », car « les Frères musulmans ne vont pas disparaître du jour au lendemain ; ils vont continuer à agir, mais de manière clandestine et cela va détruire le pays et le futur de la démocratie en Egypte ».

Du point de vue de ce membre du parti Al-Dostour, « les deux côtés sont à blâmer » pour la situation dans laquelle l'Egypte est plongée actuellement. D'un côté il y a l'Etat « qui n'a pas réagi de la bonne manière, c'est à dire en respectant la loi » et de l'autre, il y a de nombreux dirigeants des Frères musulmans « qui ont incité à la violence » , a déclaré à RFI ce membre d'Al-Dostour. Pour lui, « tous ceux qui sont impliqués dans ces actes de violence devraient être poursuivis - qu'ils soient du côté de l'Etat ou des Frères musulmans - et ensuite il faudra renouer le dialogue ».

L’ONU très préoccupée par la situation des droits de l’homme

Le Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme dit vouloir évaluer la situation des droits de l'homme en Egypte. L'instance onusienne demande le feu vert pour envoyer ses observateurs sur place.

Contactée par RFI, Liz Throssel, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, explique que le rôle de ces observateurs serait essentiellement de recueillir des informations - de sources crédibles - et de parler à des Organisations non gouvernementales et à des institutions des droits de l’homme sur place.

« Nous sommes très préoccupés par la situation des droits de l'homme depuis que l'Etat d'urgence a été décrété », a-t-elle affirmé avant d’interpeller les autorités égyptiennes. « Nous avons demandé aux autorités intérimaires de respecter les droits de l'homme. Pour le moment, nous n'avons reçu aucune réponse des autorités. Nous pensons qu'il est extrêmement important d'avoir des observateurs des droits de l'homme sur place. Voilà pourquoi nous appelons, à nouveau, les autorités à nous donner le feu vert », a insisté Liz Throssel, parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l'homme.
 

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