Facebook souhaite mieux connecter les pays émergents


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Facebook, par la voix de Mark Zuckerberg, cherche à conquérir les pays émergents en leur offrant des moyens de connection à Internet moins chers. Philanthropie ou nouveaux marchés ? Dans le même sens Google souhaite aussi voir le continent africain disposer du Wifi sur ses terres. Les géants du Net ne négligent pas les nouveaux abonnés potentiels que sont les pays émergents, non sans essuyer quelques critiques les taxant d’opportunisme...

« Chacun mérite d’être connecté », a estimé mercredi sur CNN le patron de Facebook Mark Zuckerberg. « Tout ce que Facebook a fait jusqu’à présent est de donner aux gens à travers le monde l’opportunité de se connecter », a-t-il martelé. Car les chiffres sont là. Le marché des pays émergents, Afrique en tête, représente un potentiel énorme pour les géants de l’Internet. Si le taux de connection dans les pays développés est constant - voire saturé -, dans les pays émergents tout reste à faire, pourrait-on dire.

Est-ce pour cela qu’on voit poindre des projets « philanthropiques » comme ceux de Google ou Facebook pour offrir au continent africain une bonne couverture Internet ? Réaliste ou rabat-joie, c’est selon, toujours est-il que Bill Gates - un autre philanthrope à la sauce géant de l’informatique - s’est permis de rappeler : « Quand un enfant à la diarrhée (sous-entendu : victime de malnutrition, ndlr), non, il n’y a pas de site internet qui guérit cela. » Il critiquait à ce moment là le projet Loon de Google, qui envisage de couvrir par le biais de ballon dirigeable le continent africain.

« Avec 650 millions d'unités l'Afrique a dépassé les Etats-Unis et l'Europe en nombre de téléphones mobiles »

Dans un article du NYTimes Mark Zuckerberg prend donc fait et cause pour l’Afrique en concédant que certes l’accès aux soins est essentiel, mais que « si vous pouvez vous offrir un téléphone, je pense qu’il est bon pour vous également d’avoir accès à Internet ». Dans le journal Le monde le journaliste Francis Pisani rappelle ainsi qu’« avec 650 millions d'unités, l'Afrique a dépassé les Etats-Unis et l'Europe en nombre de téléphones mobiles. » Et de mentionner ce leap-frog technologique africain (saute-mouton ), qui pourrait dispenser ce continent du besoin de créer des infrastructures fixes (téléphone filaire, voire ordinateur fixe…) pour passer directement à la génération mobile.

Aujourd’hui un peu plus d’un tiers de la population mondiale a accès à la toile

C’est donc ce basculement technologique que Facebook souhaite voir s’accomplir. Avec un projet baptisé Internet.org qui vise à élargir l’accès à Internet à 5 milliards de personnes, sur une population mondiale de 7 milliards. Comment ? En réduisant drastiquement le coût des services internet de base sur les téléphones mobiles dans les pays en voie de développement. Car aujourd’hui seules 2,7 milliards de personnes, soit un peu plus d’un tiers de la population mondiale, ont accès à la toile, et le nombre de nouveaux connectés reste faible chaque année. « Il y a de gros freins dans les pays en voie de développement pour se connecter et rejoindre l’économie du savoir. Internet.org est un partenariat global destiné à (...) rendre internet accessible à ceux qui ne peuvent pas se l’offrir », a ainsi expliqué le fondateur de Facebook.

« Les pays en voie de développement représentent la plus grande opportunité d’obtenir de nouveaux clients, si les entreprises trouvent les moyens de mettre ces gens en ligne à bas prix », explique ce même article du NYTimes. Et les géants du Net l’ont bien compris. Ainsi, Twitter propose une offre allant dans ce sens avec 250 fournisseurs téléphoniques dans plus de 100 pays pour offrir un accès gratuit au site de microblogging. En s’arrangeant pour que les tweets fonctionnent même sur les téléphones bas de gamme. De la même façon, Nokia offre des accès gratuit à Facebook avec son téléphone via Telcel un opérateur de téléphonie mobile. Faisant augmenter significativement ses ventes. L’offre est maintenant proposée via Bharti Airtel, un opérateur indien et africain.

Parmi les partenaires du projet avancé par Facebook figurent les fabricants d’équipements de télécommunication Nokia (Finlande) et Ericsson (Suède), le géant sud-coréen de l’électronique Samsung, les concepteurs de composants américain Qualcomm et taïwanais MediaTek et le navigateur internet norvégien Opera. S’ils ne sont pas partenaires à part entière, les réseaux sociaux Twitter et LinkedIn vont aussi collaborer. Concrètement, ils veulent simplifier les applications mobiles, améliorer les composants des téléphones et des réseaux afin qu’ils soient plus performants tout en consommant moins d’énergie, et développer des smartphones à bas coûts.

 
« Vous pensez qu’ils vont en profiter pour aller sur Facebook ? »
 
Google quant à lui restera en dehors du groupe mais en suspension avec ses ballons et son projet ambitieux. Philanthropie ? Envie de voir l’humanité changer ? Telles sont les sentiments exprimés par Mark Zuckerberg. « On est concentré là-dessus parce que nous pensons que c’est bon pour la planète, pas vraiment pour nos profits. » On a très envie de le croire, cependant, certaines critiques ont souligné que Facebook et ses partenaires lancent ce projet pour gagner de nouveaux marchés dans des pays à potentiel de croissance, selon Trip Chowdhry, analyste de Global Equities Research. Pour lui, « c’est de la propagande ». Les pays riches sont saturés alors que les zones pauvres comme l’Afrique, l’Amérique latine et certains pays d’Asie sont des réservoirs de nouveaux clients CQFD. « En Inde, même si seulement 1% des gens deviennent riches, cela représentera 10 millions de personnes. Des multinationales comme Starbucks ont tout intérêt à pouvoir les toucher » par la publicité, fait-il remarquer. Pour lui, si l’initiative de Facebook et ses partenaires était réellement altruiste elle devrait se focaliser d’abord sur l’investissement dans l’électricité. « Beaucoup de régions pauvres n’ont accès à l’électricité que 3 à 4 heures par jour. Et vous pensez qu’ils vont en profiter pour aller sur Facebook ? »
 
Le site d’analystes 247wallst d’expliquer également qu'« il faudrait injecter des centaines de milliards de dollars pour créer les infrastructures nécessaires », d’autant que beaucoup des gouvernements des pays concernés « ne veulent pas que leurs citoyens soient connectés à l’internet. »
 

 

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