Centrafrique: plusieurs centaines de familles réfugiées dans l'aéroport de Bangui

Des milliers de civils se sont réfugiés à l'aéroport international de Bangui, capitale de la RCA, pour protester contre les exactions des ex-rebelles de la Seleka, notamment dans le quartier de Boy-Rabé.
© AFP PHOTO / PACOME PABANDJI

Alors que François Hollande a appelé mardi l'ONU et l'Union africaine à se saisir de la situation en Centrafrique, un pays « au bord de la somalisation » selon le président français, la tension est de nouveau montée d'un cran à Bangui. Depuis mardi soir, des centaines de familles se sont réfugiées sur le tarmac de l'aéroport, une zone sécurisée par des troupes françaises. Ils fuient de nouvelles incursions de la Seleka dans leur quartier, Boeing, au nord de la ville, et craignent des exactions. Trois cents hommes de la force africaine en Centrafrique (Misca) ont été déployés hier mercredi afin de neutraliser les éléments qui sèment la terreur.

lls étaient entre 3000 et 4000 selon une source militaire. C'est vers 21 heures, mardi 27 août, que des centaines de familles ont quitté leur quartier de Boeing pour aller se réfugier à l'aéroport, situé à proximité et sécurisé par l'armée française.

Il y a des exactions à tout moment par rapport aux éléments de la coalition Seleka. L'aéroport est le seul endroit bien sécurisé. C'est pourquoi la population a voulu manifester son mécontentement là !

Témoignage d'un habitant de Boeing venu manifester son mécontentement sur la piste de l'aéroport de Bangui
28-08-2013 - Par Laurent Correau

Ils ont alors organisé un sit-in et passé la nuit sur le tarmac, réclamant que leur sécurité soit assurée. Un peu plus tôt, par petits groupes, des éléments armés de l'ancienne rébellion Seleka, avaient commencé à reprendre possession de leur quartier, ce qui a provoqué la panique et la colère de la population.

Par mesure de sécurité tous les vols au départ et à l'arrivée de Bangui ont été annulés. Le maire et l'archevêque Monseigneur Nzapalainga sont arrivés sur place dans la matinée pour entamer des négociations et tenter d'organiser le retour des déplacés. Après un mouvement de foule incontrôlé, la Fomac est intervenue en fin de journée avec des gaz lacrymogène. Une partie de la population aurait été repoussée un peu plus loin. Selon des témoins mais d'autres semblaient bien décidés à passer une deuxième nuit sur place.

Nous avons réussi à discuter avec une équipe, des leaders, des gens, les 3 000 personnes qui étaient sur le tarmac. Et les revendications ont été formulées. Ils ont accepté mais le temps d’aller discuter avec la base, c’est une foule en hystérie qui est en colère, qui en a ras-le-bol, et qui n’accepte pas réponses d’emblée. Finalement à la fin, il y a eu des gaz lacrymogènes qui ont été lancés et les uns et les autres se sont dispersés. Par contre le président de la République et le Premier ministre vont recevoir les personnes désignées par ce collectif. Je comprends le ras-le-bol de cette population. Les éléments Seleka continuent à œuvrer librement dans les quartiers, il faut qu’on accepte. C’est tout cela qui est contenu dans les revendications des gens : on tue nos enfants, on les viole, on nous pille, on nous chasse et on n’est plus en sécurité. Qu’on nous trouve des solutions et la foule de réclamer une solution immédiate. C’est notre rôle d'éduquer pour qu’on puisse rentrer en discussion, qu'on puisse être dans le dialogue pour trouver des solutions tôt ou tard ».

Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui
29-08-2013 - Par Florence Morice

Mercredi matin, le quartier de Boeing continuait à se vider. La plupart des gens sont partis à pied, emportant seulement quelques affaires. La semaine dernière déjà, une partie de la population avait fui le quartier de Boeing et celui voisin de Boy Rabé, après une incursion de la Seleka.

Une opération dite de « désarmement » qui s'était soldée par de nombreux pillages et la mort d'une dizaine de personnes.

Réaction du pouvoir

Pour tenter de trouver une solution à cette situation, le Conseil de sécurité de Centrafrique s'est réuni mercredi matin autour du président de la transition Michel Djotodia. Il a décidé que les patrouilles ne seraient désormais plus assurées par les éléments de la Seleka, mais par la police et la gendarmerie. « Désormais, la sécurité publique doit être assumée par la police et la gendarmerie nationale, a déclaré le nouveau ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, Josué Binoua. Les ex-rebelles de la Seleka ne peuvent plus intervenir dans une opération de maintien de l’ordre dans la ville de Bangui et dans toutes les villes des seize préfectures de la République centrafricaine. Ils doivent rester cantonnés et attendre d’être démobilisés. »

Trois cents hommes de la force africaine en Centrafrique (Misca) ont été déployés ce mercredi afin de neutraliser les éléments qui sèment la terreur. Le quartier de Boy Rabé a ainsi été rapidement repris en main.

La Seleka en roue libre

Depuis des semaines, la communauté internationale réclamait le rétablissement de la police et de la gendarmerie dans leurs prérogatives. Les propos du nouveau ministre de la Sécurité sont donc accueillis comme un geste de bonne volonté. Mais sa tâche s'annonce difficile. « La Seleka ne se laisse pas contrôler par de simples déclarations d'intention  », résume un observateur.

« Nous ne leur imposons rien du tout », il ne s'agit que d'une répartition des rôles, a d'ailleurs précisé Josué Binoua. Cinq mois après le coup d'Etat, la coalition reste divisée entre des groupes, parfois rivaux, et qui ne répondent qu'à leur chef direct. Par ailleurs, les opérations de désarmement entamées en juillet dernier se sont brutalement arrêtées il y a 15 jours, confie, inquiète, une source diplomatique. Quant à la police et à la gendarmerie, elles ont, il est vrai, timidement repris leurs patrouilles à Bangui mais elles manquent cruellement de moyens. L'armée centrafricaine, elle, est entièrement à reconstruire.

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