Léon Razafindrakoto, climatologue: «On craint beaucoup d’inondations dans la région sahélienne»


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Des inondations ont fait plus de 30 morts à Bamako au Mali, mercredi 28 août. Mais il y a eu aussi ces inondations au Niger et au Sénégal ce mois-ci. En cause : des pluies torrentielles. S'agit-il d'une saison des pluies exceptionnelle? Y a-t-il encore des risques d'inondations dans les prochains jours ? L’invité de RFI est Léon Guy Razafindrakoto, chef de la prévision météo du Centre africain pour les applications de la météorologie au développement (Acmad).

RFI : Des pluies torrentielles se sont abattues au Mali - du jamais vu dit-on - dans certains quartiers de Bamako. Est-ce que ces pluies torrentielles étaient attendues ?

Léon Razafindrakoto : Oui. Ces derniers temps, on a enregistré des pluies diluviennes, d’intensité exceptionnelle, pas seulement au Mali mais sur toute la région sahélienne. De 50 à 70 mm en quelques heures, alors que ces 70 mm peuvent être [enregistrés sur] deux à trois jours. Par exemple mercredi 28 août à Bamako, on a enregistré plus de 50 mm en trois heures. Donc si on répertorie les saisons pluvieuses en trois catégories : une catégorie de saison déficitaire, une catégorie de saison normale, une catégorie de saison excédentaire. Cette année, une saison excédentaire est prévue sur toute la région sahélienne.

Est-ce que ça veut dire qu’il y aura de nouveaux risques d’inondations au Mali, au Sénégal, au Niger ou même dans d’autres pays dans les semaines à venir ?

Oui, cette saison est prévue être une saison avec des cumuls de pluie excédentaires. Donc, on craint beaucoup d’inondations dans la région sahélienne.

Dans quels pays spécifiquement ?

Le plus probable, c’est le Sénégal, le Mali et le Niger, surtout le sud du Niger.

Est-ce que vous avez transmis ces informations aux autorités des différents pays concernés ?

Notre activité est principalement de fournir des avis relatifs aux phénomènes météorologiques et climatologiques dangereux sur le continent africain. Donc au niveau régional, l’Acmad diffuse des prévisions à longue échéance et à moyenne échéance qui décrivent les possibilités de danger. L’Acmad, dans ce cas, signale aux services météorologiques nationaux et aux organisations internationales oeuvrant dans le domaine humanitaire que la situation doit être suivie de près.

Est-ce que les autorités tiennent compte de vos prévisions, de vos mises en garde ?

De temps en temps, nous avons des retours qui sont des confirmations des services météorologiques nationaux et des directions de protection civile des pays.

N’y a-t-il pas un manque de coopération entre les différents pays ?

Avant la saison pluvieuse, la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, ndlr] organise un atelier de concertations pour mettre en place cette communication, les actions à prendre en cas de menaces, etc… Donc cette année, il a eu un atelier à Abuja sur ce sujet.

Les inondations à Bamako, le 29 août 2013, ont causé la mort de dizaines de personnes. © Reuters/Joe Penney

Et que faudrait-il faire alors pour que les habitants soient mieux préparés, mieux informés sur cette saison des pluies ?

Ça se joue au niveau national avec la coopération, la collaboration des services météorologiques nationaux et les directions de protection civile qui ont leurs dispositifs particuliers pour avertir, pour alerter les populations menacées dans les zones en danger.

Et que constatez-vous sur le long terme ? Est-ce qu’il pleut plus, ou moins qu’avant au Sahel ?

A partir des observations, nous avons vu que les variabilités deviennent de plus en plus fortes, c’est-à-dire les phénomènes extrêmes deviennent de plus en plus fréquents et de plus en plus forts en intensité. 

C’est-à-dire que soit il pleut beaucoup, soit il pleut très peu ?

Oui. C’est l’effet du changement climatique qui provoque, qui engendre cette plus grande variabilité des phénomènes météo et des phénomènes climatologiques.

Les fortes pluies qui s’abattent actuellement pourraient aussi favoriser une invasion des criquets pèlerins. Est-ce que vous confirmez ?

Je peux le confirmer parce que plus il y a d’humidité, plus l’environnement pour le développement des essaims est favorable.