Sénégal: Aminata Touré nommée Premier ministre

Aminata Touré, ici en 2012 au parlement, a été nommée Premier ministre du Sénégal ce dimanche 1er septembre.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

Aminata Touré a été nommée Premier ministre du Sénégal par le président Macky Sall, ce dimanche 1er septembre. L’ancienne ministre de la Justice prend la tête du gouvernement sénégalais après le limogeage d’Abdoul Mbaye, annoncé plus tôt dans la journée. Elle doit faire connaître la formation de son gouvernement dans la journée.

Avec notre correspondante à Dakar,

C’est Aminata Touré elle-même qui a annoncé sa nomination, ce dimanche 1er septembre. Le président Macky Sall « m'a fait l'honneur de me proposer de diriger la nouvelle équipe gouvernementale (...) et j'ai accepté ce poste avec beaucoup d'humilité », a-t-elle déclaré à l’issue d’une consultation au Palais présidentiel à Dakar.

Elle a promis de marquer « ce nouveau défi sous le sceau de l’accélération des actions qui ont été entreprises depuis l’année dernière ». Saluant « le travail accompli » par son prédécesseur, elle a affirmé « reprendre le bâton pour continuer cette course, une course pour le développement et pour l’amélioration des conditions d’existence de nos concitoyens ».

A l’âge de 50 ans, Aminata Touré est la seconde femme à occuper le poste de Premier ministre au Sénégal, après Mame Madior Boye, qui avait dirigé le gouvernement sénégalais de mars 2001 à novembre 2002.

Aminata Touré, au cours de son passage au ministère de la Justice, avait notamment en charge le suivi des dossiers instruits par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), dont l’affaire portant sur les accusations d’enrichissement illégal de Karim Wade, le fils de l’ancien chef d’Etat sénégalais.

Contexte de crise économique et sociale

Ce remaniement était déjà plus ou moins prévu, ce n’est pas une surprise. Selon le porte-parole de Macky Sall, le président sénégalais avait peaufiné cette nomination lors d’un voyage en Namibie, la semaine dernière.

Comme le souligne le nouveau Premier ministre, la crise économique et sociale explique ce remaniement. Macky Sall voudrait, selon ses conseillers, apporter des correctifs, donner une nouvelle impulsion au gouvernement. Si il y a eu quelques améliorations, depuis un an, concernant la fourniture en électricité, la crise est toujours palpable.

Le prix des denrées n’a pas diminué, alors que c’était une promesse de Macky Sall. Le chômage des jeunes persiste, et il y a aussi la réforme universitaire qui est à mener.

Fusible

Abdoul Mbaye a servi de fusible, mais il aura aussi sans doute fait les frais d'une grogne au sein de l'APR, le parti de Macky Sall, où depuis des mois des voix s'élèvent pour réclamer davantage de postes. Le parti ne dirigeait jusqu'à présent ni l'Assemblée nationale, ni le Conseil économique et social, ni le gouvernement, autrement dit, les trois institutions principales du pays.

Un autre facteur a peut-être pesé dans la balance, c'est l'affaire Habré. Alors que l'on se dirige vers un procès de l'ancien dictateur tchadien, emprisonné à Dakar, il devenait inconfortable pour le président de garder un Premier ministre qui fut, vingt ans auparavant le banquier d'Hissène Habré.

Un Premier ministre plus politique

Il y aura très bientôt des élections locales au Sénégal. D’après de nombreux observateurs, il était également important pour l’Alliance pour la République (APR), le parti de Macky Sall, d’avoir quelqu’un de politique à ce poste. Or, Abdoul Mbaye était considéré comme un technicien, un banquier. A l’inverse, Aminata Touré fait partie des cadres de l’APR.

Revenant sur cette décision de Macky Sall de changer de chef de gouvernement, le politologue sénégalais Babacar Justin Ndiaye estime lui aussi que le président a pris en compte le malaise social grandissant alors que la population estime que les réformes engagées n'avancent pas assez vite.

Il y a un malaise social qui vient de loin, et une lenteur dans la mise en oeuvre du programme pour lequel le président a été élu. Ce qui explique en partie le mécontentement de la population.
Babacar Justin Ndiaye
14-10-2013 - Par Olivier Rogez

Le politologue Ndiaye affirme aussi que le président Macky Sall a souhaité aussi répondre aux attentes de son parti l'APR qui s'estime frustré dans le partage du pouvoir entre le chef de l'Etat et ses alliés politiques.

Macky Sall a accepté de remanier le gouvernement pour satisfaire d'un côté, les attentes des populations et de l'autre, prendre en compte les impatiences de son parti.
Babacar Justin Ndiaye
14-10-2013 - Par Olivier Rogez