Thierry Vircoulon sur RFI: Kampala «apparaît comme le sommet de la dernière chance» pour la RDC

Thierry Vircoulon, directeur d'International Crisis Group pour l'Afrique centrale.
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Après les récents combats dans le Nord-Kivu entre le M23 d'un côté, les forces congolaises et l'ONU de l'autre, les chefs d'Etat de la région des Grands Lacs se réunissent ce jeudi 5 septembre à Kampala. Kinshasa veut obtenir le désarmement du M23. Un objectif qui n'est pas celui du Rwanda. Va-ton vers un compromis ou un clash ? L'éclairage de Thierry Vircoulon, directeur pour l'Afrique centrale de l'International Crisis Group. 

Après les récentes victoires des forces congolaises et de la brigade d’intervention contre le M23 au Nord-Kivu, Kinshasa arrive en position de force au sommet des chefs d’Etat de la conférence internationale des Grands Lacs qui s’ouvre ce jeudi. Pensez-vous que Kinshasa puisse doubler sa victoire sur le terrain par une victoire diplomatique ?

Thierry Vircoulon : C’est possible. Le gouvernement congolais arrive à Kampala avec un certain nombre de soutiens. Il y a eu bien sûr les avancées de l’armée congolaise sur le terrain, et Ban Ki-moon a reconnu que les bombardements sur le territoire rwandais étaient le fait du M23 et non des Forces armées de RDC (FARDC).

Il y a également une déclaration des Affaires étrangères américaines qui dit détenir des preuves du soutien du Rwanda aux groupes rebelles. J’étais la semaine dernière à l’Union africaine. La réunion du Conseil de paix et de sécurité se tenait au moment où il y avait des combats dans l’Est. Le conseil a condamné unanimement le M23. Donc on peut dire que même du côté des Africains, Kinshasa bénéficie d’un grand soutien.

Mais il n’est pas évident que ces soutiens diplomatiques seront suffisants à Kampala, parce que ce qui se profile, c'est que ce sommet apparaît un peu comme le sommet de la dernière chance.

Il s'agit de trouver une formule pour relancer les négociations avec le M23. Or, négocier avec le M23, pour Kinshasa ce n’est pas une position confortable et on pourrait même dire que le président Kabila aurait beaucoup à perdre à reprendre les négociations.

Au plan interne, l’opinion publique au Nord-Kivu est chauffée à blanc. Et puis l’image politique, toujours en interne, du président Kabila, ne sera pas très bonne, s’il annonce une reprise des pourparlers avec le M23 au moment où il doit lancer un grand dialogue national.

Kinshasa réclame le désarmement du M23 et il a pour cela l’appui d’une partie de la communauté internationale et notamment de Mary Robinson, l’envoyée spéciale de l’Onu pour les Grands Lacs. Le M23 a-t-il les moyens de s’opposer à cette double volonté de lui imposer un désarmement ?

Le M23 a perdu beaucoup, si ce n’est toute sa crédibilité dans les récents combats. Mais il ne peut y avoir de désarmement que dans deux cas de figure. S’il y a un accord à Kampala entre le M23 et le gouvernement congolais, mais dans ce cas ça voudrait dire un désarmement en échange de quelque chose. Et ce que réclame le M23, c’est sa réintégration dans les forces armées congolaises, ce qui me paraît assez compromis.

L’autre cas de figure c’est un désarmement forcé. Donc cela veut dire une reprise des combats au Nord-Kivu et éventuellement une épreuve de force avec le Rwanda.

Pensez-vous que Paul Kagame, accusé par l’Onu de soutenir le mouvement rebelle, va prendre le risque de poursuivre ce soutien, voire même d’augmenter son soutien ?

Je crois que Kigali est en train de s’entêter dans une politique de soutien au M23 et a envoyé un certain nombre de signaux indiquant qu’il était prêt à l’épreuve de force.

Kagame pourrait-il prendre le risque d’une confrontation généralisée, qui verrait ses hommes affronter les casques bleus de l’Onu ?

Je ne pense pas qu’on puisse se retrouver dans cette situation. En ce qui concerne le Rwanda on est en train de jouer au poker, et de parier sur le fait que les Nations unies, finalement, reculeront. Mais je crois qu’il y a aussi un jeu régional qu’il ne faut pas perdre de vue. Il y a eu une montée de tension entre le Rwanda et la Tanzanie.

La Brigade d’intervention est composée de casques bleus, mais de casques bleus qui viennent de Tanzanie, du Malawi et d’Afrique du Sud, et par conséquent pour bien comprendre le jeu, il faut suivre les relations entre Kigali et les capitales africaines. Il y a des questions de leadership africain qui sont en train de se régler ou qui pourraient se régler sur le terrain au Nord-Kivu.

Concernant justement, plus précisément le Nord-Kivu, quelles seraient les concessions faites à Paul Kagame qui le pousseraient à relâcher la pression ?

Ce qui paraît essentiel c’est d’une part le sort du M23 - pour le maintien duquel il faudrait trouver une solution pérenne -, et puis également la question des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) - donc des anciens génocidaires qui forment un groupe armé dans les Kivus - doit être traitée

A cette problématique des FDLR, les Nations unies - Mary Robinson - répondent que c’est justement le rôle de la Brigade d’intervention que de neutraliser tous les groupes armés.

Pour le moment, la Brigade d’intervention n’a pas dit clairement quelles étaient ses cibles ni ses priorités. Or des groupes armés dans les Kivus, il y en a plus de 40. La question est de savoir si elle a, oui ou non, l’intention de traiter les FDLR. Parce que pour le moment, sa première cible semble être le M23.

Alors je crois qu’il y a une possibilité de marchandage diplomatique entre le M23 et les FDLR, mais il est nécessaire que les Nations unies soient plus explicites sur leurs cibles, quand ils parlent de neutraliser les groupes armés. C’est une formulation beaucoup trop vaste. Il doit y avoir un ordre de priorité dans les cibles.

Pour plus d'informations : page RDC du site de l'International Crisis Group

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