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Photographie

Trois questions à... trois photographes invités à exposer à Visa pour l'image 2013


© dr

Rencontres avec Pascal Maître, Abir Abdullah et Andrea Star Reese....

Pascal Maître a réalisé une quarantaine de photoreportages sur l’Afrique, un continent qu’il connaît bien. Après avoir exposé à Visa pour l’image, en 2008, ses photos de Mogadiscio en ruine, il revisite le continent noir, cette fois pour montrer sa vitalité.

Pascal Maître expose jusqu'au 15 septembre au Couvent des Minimes, à Perpignan © RFI/TC

RFI: Vous exposez dans ce paradisiaque Couvent des Minimes, à Perpignan, une quarantaine de photos consacrées à Kinshasa aujourd’hui. Comment est né ce projet ?

Pascal Maître : Kinshasa est une ville très représentative de l’Afrique contemporaine, une ville pleine de vie, d’énergie et de dynamisme. Il règne dans cette ville, malgré son apparent délabrement, un chaos créateur. C’est ce que j’ai voulu saisir à travers cette quarantaine de photos. Un militaire français qui a été basé à Kinshasa pendant plusieurs mois m’a dit, après avoir vu l’exposition, que ces photos lui ont donné envie d’y retourner. Il ne connaissait pas la ville sous cet aspect.

Vous connaissez bien l’Afrique que vous avez photographiée sous toutes les coutures. D’où vient votre fascination pour ce continent ?

Sans doute, de mon passage à Jeune Afrique où j’ai travaillé comme photographe dans les années 1980. J’ai eu à l’époque l’opportunité de parcourir l’Afrique en compagnie des journalistes spécialisés. Cela dit, j’avais envoyé ma candidature, pas pour devenir un Africaniste, mais pour faire du photojournalisme. A l’époque, c’était une bonne école pour les photographes amateurs. Deux photographes de l’agence Magnum avaient appris le métier en travaillant à Jeune Afrique. Je voulais faire comme eux.

Diriez-vous que vous faites de la photo engagée ?

Je ne sais pas. J’essaie de photographier honnêtement, sans caricaturer ce que je vois. Il y a bien sûr des choses qui me révoltent et il est arrivé parfois que mes reportages fassent bouger les choses. Pour autant, ce n’est pas pour cela que je fais ce métier. Je me place résolument dans une perspective journalistique.

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D’origine bangladaise, Abir Abdullah est venu à Perpignan avec un reportage photo en noir et blanc, consacré aux incendies qui ravagent régulièrement Dhaka, la capitale du Bangladesh. Un reportage de longue haleine auquel le reporter travaille depuis 2005.

Abir Abdullah et ses photos sur les incendies à répétition à Dhaka © RFI/TC

RFI: On connaissait le Bangladesh sous l’eau, régulièrement menacé par des inondations et des tsunamis. Est-ce qu’en consacrant votre reportage au thème des incendies, vous vouliez nous  rappeler que le feu fait autant de dégâts que l’eau dans votre pays ?

Abir Abdullah: Mon reportage met l’accent sur la cupidité et le cynisme des constructeurs immobiliers. Alors que les inondations peuvent être classées dans la catégorie des catastrophes naturelles, les incendies sont de véritables catastrophes humaines. Le feu tue dans nos grandes villes parce que les constructeurs ne respectent pas le code du bâtiment. La menace du feu est omniprésente et peut toucher tout le monde, des bourgeois qui fréquentent les centres commerciaux tout comme les habitants des bidonvilles. Le gouvernement a, lui aussi, sa part de responsabilité car après quarante ans d’indépendance, il n’a toujours pas mis en place un protocole de lutte anti-incendie approprié. Ces photos, c’est ma façon de crier « J’accuse ».

Vous êtes un photographe engagé ?

Indéniablement. Je me situe dans la lignée des Sebastiao Salgado et d’autres grands photographes qui ont fait de la photographie un outil de dénonciation. Comme vous pouvez l’imaginer, mes photos ne sont pas appréciées de tous. J’ai reçu des menaces, mais je refuse de passer le reste de ma vie à photographier de belles fleurs et le ciel bleu !

Est-ce qu’il existe une tradition de photojournalisme au Bangladesh ?

Il y a une longue tradition de photographie et de cinéma dans le sous-continent indien. Nous sommes héritiers de cette tradition que nous essayons de prolonger et perpétuer. Le Bangladesh a créé récemment une école de la photographie. Depuis 2000, nous organisons aussi un festival bi-annuel de la photo qui permet aux jeunes de voir le travail des photographes venus du monde entier.

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L’Américaine Andrea Star Reese a photographié des personnes atteintes de maladies mentales en Indonésie. Ses photos montrent la misère, la terreur. Elles réussissent surtout à capter une profonde angoisse morale et spirituelle qui est celle des patients, mais aussi de toute une société qui se découvre impuissante face à la maladie.

Andrea Star Reese est américaine. Elle a photographié le désarroi des malades mentaux en Indonésie. © RFI/TC

RFI: Comment est né ce projet de photoreportage sur la maladie mentale en Indonésie ?

Andrea Star Reese: Je me trouvais il ya deux ans à Jakarta quand j’ai croisé dans la rue une personne qui manifestait des symptômes de déséquilibre psychique. Les passants étaient en train de s’occuper d’elle, puis est arrivée une ambulance pour l’emmener je ne sais où. J’ai demandé à mon amie indonésienne qui m’accompagnait si elle savait où on l’emmenait. Elle m’a répondu qu’elle n’en savait rien, mais elle pensait qu’il y avait des chances que l’homme finisse mal. C’est le point de départ de ma recherche qui a débouché sur le travail photographique que vous voyez.

Les hommes et femmes qu’on voit sur vos photos, se laissent-ils photographier facilement ?

La plupart des gens que j’ai photographiées n’ont jamais été vraiment soignées ni diagnostiquées comme étant atteintes de maladie mentale. Ils sont souvent à la charge de leurs familles qui les confient à des institutions ou à des hôpitaux qui ne sont pas toujours adéquatement équipées. Pour la plupart des gens que j’ai photographiées, j’ai demandé l’autorisation à leurs familles. En général, elles étaient accordées sans difficulté car les proches des malades se rendaient bien compte que mon reportage pourrait contribuer à une prise de conscience générale de l’état de l’abandon dont souffrent les malades.

Est-ce que vos photos ont été exposées en Indonésie ?

Certaines des photos ont été publiées dans des magazines indonésiens. Mais je sais que les activistes et les professionnels de la psychiatrie en Indonésie s’appuient sur mes photos pour préparer le terrain pour une meilleure prise en charge des malades mentaux dans leur pays.

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