Centrafrique: des pro-Bozizé revendiquent de nouvelles attaques


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Ce sont bien des hommes fidèles à l'ancien président François Bozizé qui sont derrière les violences de ce week-end dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Ce lundi 9 septembre, autour de la ville de Bossangoa, c’est un calme précaire qui semble avoir dominé la journée. Mais dans la localité de Bouca, à une centaine de kilomètres plus à l'est, des incursions d'hommes armées ont été signalées. Médecins sans frontières a compté plusieurs morts et une trentaine de blessés par balle.

Depuis ce week-end, la présidence centrafricaine décrit les assaillants de Bossangoa et de sa région comme des partisans de l'ancien président François Bozizé. Sur RFI, ce lundi, le camp Bozizé a effectivement revendiqué la paternité de ces attaques, des attaques qu'il décrit comme la réponse d'anciens militaires des Faca, les forces armées centrafricaines, aux exactions commises par l'ex-rébellion Seleka.

Tensions interreligieuses

« Les forces armées centrafricaines, après s’être résignées un certain moment, ont pris la décision aujourd’hui de répliquer à la Seleka et de permettre le retour du président François Bozizé à la tête du pays, en tant que président élu par le peuple centrafricain, qui a un mandat qui en cours », affirme Levy Yakété, le porte-parole de François Bozizé.

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Hassan Sylla Bakary
14-10-2013 - Par Madjiasra Nako

« Ceux qui sont en train de mener cette opération, qui se revendiquent du président François Bozizé, sont bel et bien des éléments des Faca qui se sont repliés, qui se sont organisés et qui veulent aujourd’hui infliger une correction à ces Soudanais et ces Tchadiens qui occupent la République centrafricaine », précise le porte-parole de François Bozizé.

Une accusation que ne peut accepter le Tchad. Son ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Hassan Sylla, a répondu à RFI que Bozizé n’avait qu’à « chercher un autre prétexte » pour « mettre à feu et à sang son pays ».

Les incursions de ces éléments armés alimentent en tous cas les tensions entre chrétiens et musulmans dans cette partie du pays. Selon des témoignages recueillis par RFI, ces hommes armés s'en prennent aux musulmans déclenchant des représailles quasi immédiates de la Seleka contre les chrétiens.

Bouca en proie à la violence

L'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF), présente sur place à Bouca, a pris en charge dans la journée de nombreux blessés, comme l'explique Sylvain Groulx, chef de mission de MSF en Centrafrique : « Nous avions déjà une équipe sur place pour répondre à des problèmes de déplacements et de violences dans des villages dans les alentours de Bouca. Ce matin notre équipe a été réveillée par les bruits de la guerre qui ont duré pendant quelques heures. Et depuis, elle travaille au centre de santé pour prendre en charge une trentaine de blessés par balle. On est en train de faire le transfert de patients vers notre hôpital installé au nord de Bouca. »

MSF a également rapporté qu'il y a avait des morts, mais sans pour l'instant, donner de chiffres.


 ■ DECRYPTAGE : Etat des forces dans le camp Bozizé

Les hommes qui mènent les attaques depuis 48 h agissent-ils sous la bannière de l'ancien président déchu ? Probable, car François Bozizé, qui depuis son exil s'active beaucoup ces derniers semaines, pourrait compter sur des éléments des forces armées qui n'ont jamais rejoint leurs unités depuis la prise de pouvoir de Michel Djotodia.

Plusieurs milliers de soldats sont dans la nature à l'intérieur du pays mais également dans les Etats voisins, la RDC et le Cameroun. Du Cameroun où se sont refugiés des éléments de l'ancienne garde présidentielle, on peut accéder à Bossengoa. Quant aux armes, elles pourraient être récupérées grâce aux stocks qui avaient été disséminés par le régime Bozizé un peu partout dans la région nord.

Une chose est sûre, le mode opératoire démontre que les assaillants connaissent bien le terrain. Quel est l'objectif de ces attaques ? Il s'agit, affirment des sources centrafricaines bien informées, d'harceler la Seleka. Hier, les assaillants s'en sont pris aux musulmans de la localité de Bouca. Une provocation qui risque d'entraîner un cycle de représailles contre les chrétiens. Est-ce le but recherché pour discréditer encore un peu plus Michel Djotodia et inciter la communauté internationale à s'impliquer davantage en Centrafrique ?