Centrafrique: un «Appel de Rome pour la paix et la réconciliation»


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Au lendemain de la signature de « l’Appel de Rome pour la paix et la réconciliation nationale » en République centrafricaine, le président de la Communauté Sant'Egidio, Marco Impagliazzo, revient sur la situation dans le pays, alors que de nouvelles attaques ont fait au moins une soixantaine de morts dans le nord-ouest du pays. Il dit ses espoirs dans une résolution de la crise centrafricaine et dans une issue à la violence endémique. Il enjoint également aux Centrafricains de ne pas se laisser emporter dans un conflit interreligieux.

RFI : Vous venez de signer, avec les acteurs centrafricains - le gouvernement, le conseil de transition, la société civile et des représentants des confessions - un appel pour la paix et la réconciliation, alors que des attaques viennent d’endeuiller la région de Bossangoa. Quelle est votre analyse de la situation ?

Marco Impagliazzo : Mon analyse, c’est que, comme on dit en latin : « Dans la queue, il y a toujours du venin, du poison ». Donc, il ne faut pas seulement regarder le présent, il faut aussi regarder le futur avec de l’espoir. Hier (lundi 9 septembre, ndlr), à Rome, ça a été une journée presque historique pour la République centrafricaine. Car ces dernières années, ce pays a vu trop de violences. Sa population est l’otage des pillages, des violences, etc. Hier, un espoir est né à Rome.

Les auteurs des attaques se revendiquent comme partisans de l’ex-président François Bozizé. Cela ne signifie-t-il pas que, plusieurs mois après le coup d’Etat, rien n’est véritablement réglé ?

C’est vrai, mais il faut commencer quelque part. Il faut mettre des piliers pour bâtir une maison. Dans un second temps, on parlera avec ceux qui utilisent aujourd’hui la violence, pour les impliquer dans le même chemin.

Mais n’y a-t-il pas un risque, malgré tout, de voir ravivées les tensions religieuses ? Puisqu’en s’attaquant aux musulmans, les assaillants prennent aussi le risque de s’attirer des représailles.

C’est toujours possible, oui. Les représentants catholiques et musulmans, à Rome, n’ont jamais fait référence au nombre de la population qui est musulmane, chrétienne, animiste… Tout le monde a parlé de réconciliation, sans compter, sans dire : « Je suis la majorité, je suis la minorité. »

Ces tensions religieuses sont présentes depuis le début du conflit, y compris à l’encontre de la communauté chrétienne.

Oui, c’est la raison pour laquelle nous nous sommes beaucoup impliqués. Et la raison pour laquelle nous avons beaucoup de missionnaires qui travaillent là-bas avec beaucoup de difficultés, qui ont très peur dans cette période. Il y a un risque grave que la crise devienne quelque chose de religieux. Mais je fais appel au peuple centrafricain de ne pas mettre la religion devant. De ne pas utiliser la religion comme de l’essence sur le feu.

Nous préparons à Rome la prière pour les religions, dans l’esprit d’Assises qu’avait voulu Jean-Paul II. Depuis 1986 et cette grande initiative, on doit toujours désolidariser la religion de la guerre...

Au-delà des bonnes intentions, Marco Impagliazzo à quoi s’engagent les signataires de l’appel de Rome ?

Je suis content de cette question, car ce pacte républicain est une sorte de code éthique du comportement, qui prévoit le désarmement des milices et la nécessité de garantir le retour et la réinsertion des réfugiés qui sont à l’extérieur. Et, surtout, le refus de la violence comme un moyen d’accéder au pouvoir. Nous connaissons l’histoire de la République centrafricaine. Les dernières années, ils ont toujours accédé au pouvoir par la violence. Donc, c’est un pas important. Les représentants ont aussi souligné la nécessité de renforcer les institutions et de lutter contre la corruption et pour la défense de la propriété publique et privée. Donc, il y a des points très concrets, très précis. J’espère que le président et le Premier ministre vont accepter, et prendre cet appel comme base d’un processus de transition.

Vous parlez de désarmement des milices. C’est un processus qui est en général long, compliqué qui doit peut-être être surveillé. Trouvez-vous que la communauté internationale s’est suffisamment impliquée dans la résolution de ce conflit ?

Dans tous les sommets de l’Union africaine, il y a eu des documents sur la République centrafricaine. C’est déjà quelque chose. Mais en général, pour ce que je vois depuis l’Europe, je pense que la communauté internationale est un peu éloignée de cette région, de ce pays. C’est un pays qui n’est pas grand, un peu plus de 3 millions de personnes, mais qui a tous les droits d’être mis à l’attention de la communauté internationale. Pour notre part, nous allons multiplier les contacts, pour susciter une nouvelle attention sur la République centrafricaine.

Votre communauté s’est beaucoup impliquée dans la résolution de conflits sur le continent africain. Vous croyez vraiment à une résolution ? Et dans quel délai ?

Je suis optimiste, car d'après les nouvelles que j’ai eues depuis hier de Bangui, il y a beaucoup d’attention parmi la population aux nouvelles qui arrivent de Rome, et c’est déjà un bon signe.