Mathias Dzon: «Le verdict de Mpila ne correspond pas à la vérité que les Congolais recherchaient»


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Le verdict dans le procès de l’explosion du dépôt de munitions de Mpila, le 4 mars 2012, le rebondissement dans l'affaire du Beach, la prestation payante de l'homme politique français Jean-François Copé à Brazzaville. Autant de sujets sur lesquels s'exprime l'opposant congolais Mathias Dzon. De passage à Paris, le président de l'Union patriotique pour le renouveau national (UPRN) répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Un militaire condamné à 15 ans de prison pour avoir mis le feu volontairement, et le colonel Marcel Ntsourou, le numéro 2 des services, condamné à 5 ans de prison avec sursis. Qu’est-ce que vous pensez du verdict dans le procès de l’explosion de la poudrière de Brazzaville ?

Mathias Dzon : C’est un verdict qu’on n’attendait pas, parce qu’en réalité, il ne correspond pas à la vérité que les Congolais recherchaient. Nous avons toujours dit que dans ce procès, ce sont des boucs émissaires qui ont été arrêtés et mis en prison. La vérité n’a pas triomphé. Ce que le Congolais aurait voulu savoir c’est : qui a mis le feu aux armes de Mpila ?

La Cour criminelle de Brazzaville dit que c’est le caporal chef Kakome Kouvack Blood qui a mis volontairement le feu au dépôt de munitions au camp de blindés de Mpila.

On dit que c’est Kakome qui a mis le feu. C’est aussi un bouc émissaire. Le même Kakome a déclaré qu’on l’a amené au cimetière pour le forcer à dire que c’est le colonel Ntsourou qui l’a envoyé mettre le feu. Il y a quelque chose qu’on ne comprend pas. C’est un procès fabriqué. A mon avis, il y a eu des instructions politiques sur ce procès.

Selon vous, cette explosion est un attentat ou un accident ?

A ce stade, on ne peut pas le dire puisque l’enquête n’a pas été bien menée. Il faut une vraie enquête pour déterminer s’il s’agit d’un attentat ou un accident.

Dans son réquisitoire, le procureur a requis l’acquittement du colonel Ntsourou. Pourtant le numéro 2 des services a été condamné à 5 ans avec sursis. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Vraiment, ça ne peut inspirer que de la honte. Il y a un avocat qui a déclaré qu’il s’agissait d’un procès politique. C’est une fabrication pure et simple.

Le colonel Ntsourou est tout de même ressorti libre du procès ?

Il est ressorti libre, mais condamné à cinq ans de travaux forcés avec sursis. Qu’est ce que cela signifie ? Soit il n’est pas incriminé, soit il est incriminé, mais pas les deux à la fois.

Autre affaire judiciaire : les 353 disparus du Beach de Brazzaville en 1999. Le général Dabira, qui était de passage en France le mois dernier, a été mis en examen pour « crimes contre l’humanité » et placé sous contrôle judiciaire par la justice française. Est-ce que çela vous a surpris ?

Ca ne m’a pas surpris parce que, depuis le procès de Brazzaville, les Congolais attendent la vérité également dans l’affaire du Beach. Qui a été à l’origine de l’affaire du Beach et qui a commis les assassinats du Beach ? Or il y a eu un procès à Brazzaville qui a acquitté tout le monde.

Le ministre congolais de la Justice dénonce l’acharnement des juges français. Il dit que le jugement rendu à Brazzaville en 2005 doit faire autorité.

Pas du tout dans la mesure où il n’y a pas de vérité, pourquoi voulez-vous que l’on se réfère seulement au procès de Brazzaville ? Etant donné le caractère du crime qui est un caractère universel, je ne vois pas pourquoi une justice internationale ne peut pas être saisie si ça peut apporter la vérité aux Congolais.

A l’époque des faits, vous étiez vous-même au gouvernement. Vous étiez le ministre des Finances du président Sassou Nguesso. Combien a-t-il eu de victimes à votre avis réellement ?

Quand il y eu l’affaire du Beach, je me trouvais à Paris. Quand je suis rentré, j’ai entendu la rumeur : « On parle de 350 morts ». Le président a dit 83, mais pour l’écrasante majorité des Congolais, il y a eu 350 morts. Pourquoi n'a-t-on pas reconstitué les faits ? Pourquoi on n’a pas mené une véritable enquête ?

Lors de son message à la nation, le mois dernier, le président Denis Sassou Nguesso a présenté les nouvelles réalisations de son gouvernement. Il a indiqué aussi que la production pétrolière était en baisse depuis deux ans. Est-ce que ce n’est pas une réalité à laquelle tout le monde doit faire face, le pouvoir comme l’opposition ?

Si, nous sommes très réalistes, la production a baissé. Mais il va y avoir augmentation de la production avec de nouvelles découvertes. Le problème n’est pas de savoir si la production a baissé ou pas. Aujourd’hui, le président a parlé de 91 millions de barils, on était avant à 120. Mais même à 91 millions de barils, il y a suffisamment d’argent pour un petit pays comme le Congo qui n’a que 4 millions d’habitants. Qu’est-ce qu’on fait de l’argent du pétrole ?

Le président de l’Observatoire anticorruption est en prison pour corruption. Est-ce la preuve que le régime lutte sérieusement à présent contre la corruption ?

Si le régime luttait contre la corruption, on saurait où est l’argent du pétrole. L’essentiel des ressources tirées de pétrole n’est pas utilisé à bon escient, n’est pas utilisé pour le peuple congolais. La corruption généralisée n’est qu’un pis-aller. On ne peut pas donner de la considération à cette arrestation.

Selon la Constitution, le président Sassou Nguesso ne doit pas pouvoir se présenter normalement à la prochaine élection en 2016. Pensez-vous qu’il s’effacera ?

S’il ne s’efface pas, les Congolais l’obligeront à s’effacer. Le président Sassou est fini pour les Congolais. Nous ne pouvons plus souffrir un an de plus après 30 ans de règne, sans partage, qui n’ont rien apporté au peuple congolais.

Quelle est votre priorité aujourd’hui au niveau des élections ?

Préparer la base électorale, redéfinir le corps électoral, créer les conditions qui permettent une élection libre, transparente et juste. C’est ça la priorité. Si ces conditions ne sont pas réunies alors, les élections ne pourront pas avoir lieu.

Le numéro un de l’opposition française, Jean-François Copé, qui va donner une conférence chez vous à Brazzaville rémunérée plusieurs milliers d’euros avec le magazine américain Forbes. Est-ce que cela vous choque ?

Non, je ne connais pas les conditions qui ont conduit à cette rémunération. Si ça relevait d’un accord, ça ne pose pas de problème. Si c’est un contrat, le contrat est exécutoire.

Mais est-ce que ça n’alimente pas les rumeurs sur la Françafrique ?

Au départ nous avons été choqués que ce forum ait lieu à Brazzaville dans un pays où règne une dictature, où il y a une mal-gouvernance. Mais à la suite, nous avons vu le côté positif de ce forum parce qu’il a contredit toutes les proclamations du président Sassou. Il est venu présenter le Congo comme un candidat à l’émergence alors que les conditions ne sont pas réunies et sont loin d’être réunies dans notre pays.

Finalement, les conclusions du forum vous ont plutôt satisfaites ?

Nous sommes satisfaits, car le forum a défini quelles sont les conditions pour un pays candidat à l’émergence. Et lorsqu’on compare ces conditions à ce que le président Sassou a défini et à la réalité sur le terrain, le Congo plonge et n’est pas un candidat à l’émergence. Il s’en éloigne plutôt.

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