Bienvenu Okiémy: «Le Congo est un pays de droit, un pays démocratique»
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Au Congo-Brazzaville, beaucoup s'interrogent sur la responsabilité réelle des six militaires condamnés, le lundi 13 septembre 2013 dernier, à la suite de l'explosion meurtrière du 4 mars 2012 à Mpila. Sont-ils des coupables ou des boucs émissaires ? Bienvenu Okiémy, porte-parole du gouvernement, ministre de la Communication et des relations avec le Parlement, est l’invité de Christophe Boisbouvier.
RFI : Après le verdict du procès de l’explosion de Mpila beaucoup de parents de victimes disent qu’à leurs yeux le principal accusé, le caporal Kakome, n’est pas le véritable auteur de ce drame. Qu’en pensez-vous ?
Bienvenu Okiémy : Moi, je pense que d’abord il faut reconnaître une chose : la justice congolaise a pris le temps nécessaire pour démêler le vrai du faux. Dix-huit mois nécessaires d’investigations, la justice congolaise dans son fort intérieur, à la lumière d’un faisceau d’indices cohérents et concordants, a estimé que monsieur Kakome était responsable. Bien entendu, ça ne saurait faire que des heureux. Les condamnés vont crier à l’injustice, les acquittés vont crier à l’action formidable de la justice.
Mais dans ce cas, ce sont les parents des victimes qui sont ressortis du procès en disant que c’était un faux jugement et que les militaires condamnés étaient des boucs émissaires.
Comment peut-on parler de bouc émissaire ? Ceux qui parlent de bouc émissaire, qu’ils apportent la preuve contraire ! A ce moment-là, nous aurons un débat pour dire qui a raison et qui a tort.
D’après la cour criminelle, le caporal-chef Kakome a mis volontairement le feu au dépôt de munitions de Mpila. Quelles pouvaient être ses motivations ? Est-ce qu’il voulait commettre un attentat pour renverser le gouvernement ?
Aujourd’hui, il faut reconnaître que les institutions de ce pays ont été longuement éprouvées à travers beaucoup de crises et les institutions du Congo ont tenu en toute sérénité, en toute quiétude, sur la base des règles de droit. Bien sûr qu’il peut y avoir des velléités politiques ici et là, mais on ne peut pas dire quelles ont été réellement les motivations de ce monsieur ?
Mais ses motivations étaient-elles personnelles ou politiques ?
Je pense qu’il faut attendre l’arrêt de la Cour suprême, l’arrêt écrit, motivé. A partir de là, on pourra effectivement rentrer dans la psychologie de ce monsieur, pour dire qu’il s’agissait de tel ou tel fondement.
Il y a le cas du colonel Ntsourou, le numéro 2 des services de renseignements. Dans son réquisitoire le procureur a requis son acquittement et pourtant il a été condamné à cinq ans de travaux forcés avec sursis, pour complicité d’incendie involontaire. Ce qui veut dire qu’il aurait aidé le caporal Kakome à mettre le feu ? Qu’est-ce qu’il aurait fait exactement ?
Le juge l’a condamné aussi pour détention illégale d’armes de guerre. Et ce juge, effectivement, lui a donné du sursis. C’est que certainement il y a eu une connexité, parce qu’on ne peut pas condamner quelqu’un sans fondement ! Donc forcément il y a eu une connexité et qu’en même temps on doit reconnaître que cette connexité n’était pas suffisamment forte parce qu’il a eu du sursis.
Alors Kakome aurait mis le feu volontairement, Ntsourou l’aurait aidé involontairement. Est-ce qu’on ne s’y perd pas un peu ? Est-ce que tout cela n’est pas un prétexte pour se débarrasser d’un officier supérieur un peu encombrant ?
Mais pourquoi se débarrasser d’un officier supérieur ? Nous sommes un pays de droit. Nous n’avons pas à nous immiscer dans l’action de la justice.
Autre affaire judiciaire, les 353 disparus du Beach de Brazzaville. Le mois dernier, le général Dabira, qui était de passage en France, a été mis en examen pour crime contre l’humanité par la justice française. Vous criez à l’acharnement des juges français, mais après l’acquittement général, prononcé en 2005 par les juges congolais, n’est-il pas normal que les parents des victimes demandent des comptes ?
Moi, je dis : acharnement. Et je redis : acharnement ! Mais au-delà de tout ça, le juge français a violé sa propre loi nationale. En l’occurrence, les articles 6 et 368 du Code de procédure pénale français – « l’autorité de la chose jugée est une cause péremptoire d’extinction de l’action publique » – de sorte qu’une personne qui a été acquittée, c’est le cas du général Dabira en 2005, au Congo-Brazzaville, ne peut plus faire l’objet de nouvelles poursuites, en raison des faits pour lesquels elle a été acquittée.
Mais vous savez bien que la Cour de cassation, qui est le juge suprême en France, en a décidé autrement ?
La France a signé les conventions internationales, mais la France méconnaît ces conventions internationales. Sa responsabilité internationale peut être engagée d’un point de vue juridique. Mais ce qu’il faut savoir c’est que les parents des victimes qui n’ont pas été partie prenante au procès de 2005 à Brazzaville, peuvent aller devant le juge civil congolais, pour demander des dommages et intérêts. C’est du droit, mais d’un point de vue pénal, l’action est éteinte.
En 2016, à la prochaine élection, le président Sassou Nguesso n’aura pas le droit de se représenter. Est-ce qu’il va se soumettre à la Constitution ou est-ce qu’il va tenter de la modifier ?
Je vais vous faire un aveu, ou une confidence plus exactement : la question n’a jamais été abordée en Conseil des ministres. Vous voyez que ce qui nous préoccupe, nous, c’est le bien-être des Congolais. La question de l’enseignement, la question de la santé, voilà les préoccupations du président de la République. Et en même temps, je voudrais quand même dire, c’est que personne ne saurait quand même empêcher l’accomplissement du vœu de la nation.
« Si le président ne s’efface pas, les Congolais l’obligeront à s’effacer », dit l’opposant Mathias Dzon. Est-ce que vous ne craignez pas, comme au Sénégal en 2011, que les gens descendent dans la rue, si jamais il y a modification de la Constitution ?
Le Congo est un pays de droit, un pays démocratique. N’importe qui dans ce pays peut faire valoir ses ambitions politiques, son projet politique. Mais pour ce qui concerne la personne que vous citez, moi je sais qu’à chaque fois que cette personne est allée devant le suffrage universel, le peuple souverain ne l’a jamais suivi. Donc est-ce par la violence et par la haine qu’on doit faire valoir ces ambitions-là ? Et qu’adviendrait-il si jamais demain une personne avec tant de haine pouvait accéder à ce qui est essentiel dans notre pays ?