Françoise Larribe: «Nous attendons» les otages français détenus par Aqmi

Les familles des quatre otages français détenus au Niger depuis trois ans ont organisé une marche symbolique dans Paris.
© AFP PHOTO/LIONEL BONAVENTURE

Les familles des quatre otages français enlevés au Niger par Aqmi en septembre 2010 ont effectué une marche à Paris dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 septembre 2013. La marche a débuté à trois heures du matin, l'heure exacte de l'enlèvement de Pierre Legrand, Thierry Dol, Marc Féret et Daniel Larribe, il y a trois ans. Les familles se sont arrêtées en différents points symboliques, comme les sièges des entreprises françaises employeurs des otages (Areva, Vinci) et différents lieux de pouvoir (Elysée, Sénat, Assemblée nationale) pour remettre une lettre à chacune de leurs étapes. Elles ont terminé leur périple au Quai d'Orsay en remettant au ministère des Affaires étrangères un manifeste signé par plus de 12 000 personnes. C’est à cette occasion que Christophe Boisbouvier a rencontré Françoise Larribe, épouse de l'otage Daniel Larribe et elle-même détenue durant cinq mois avant d'être libérée.

RFI : Pourquoi avoir organisé cette marche ?

Françoise Larribe: Nous marchons depuis trois heures du matin, parce que cela correspond à l’heure de l’enlèvement de nos quatre proches dans la nuit, du 15 au 16 septembre. Et nous avions décidé de marquer cette date par une marche très symbolique.

La première étape était au siège de la société Vinci, l’une des entreprises qui emploient des Français à Arlit, au nord du Niger. Qui vous a accueillis à la société Vinci?

Nous avons débuté notre marche à Vinci et Xavier Huillard, le président-directeur général de Vinci, nous a accueillis et nous lui avons remis une lettre. Et nous avons procédé de la même façon à Areva, qui était notre deuxième étape, et nous avons aussi remis une lettre pour le président Luc Oursel, absent. Ce que nous avons fait à chaque étape.

Il y a trois ans, jour pour jour et même heure pour heure, vous avez été enlevée en pleine nuit avec votre mari, à votre domicile. Quel est le souvenir que vous gardez de cette nuit-là ?

Le souvenir s’estompe. Il s’estompe dans l’attente, parce que je ne vais pas garder cet éternel souvenir qui a été celui de notre enlèvement. En revanche, ce que je garde et ce que nous gardons à l’esprit, c’est le fait que Daniel, Marc, Pierre et Thierry sont détenus depuis trois ans. Et c’est insupportable et impensable.

La dernière preuve de vie des quatre otages d’Arlit remonte au mois de juillet dernier : en réponse à quelques questions, chaque otage, sur un manuscrit, a donné le prénom de ses parents, de ses frères, de ses sœurs. Est-ce que cette preuve de vie vous a rassuré ?

Une preuve de vie – peu importe son contenu – est quelque chose qui nous a soulagés. Comment ne pas l’être ? Nous étions effectivement très, très inquiets durant la bataille des Ifoghas, parce que nous ne savions pas exactement où ils étaient et s’ils étaient toujours détenus dans le massif. Et cette preuve de vie a été à la fois un «ouf» énorme, mais en même temps on se dit qu’il ne faut pas que ce soit une fin en soi. C'est-à-dire que ce doit être le début de négociations effectives et qu’ils nous les ramènent le plus rapidement possible.

Dimanche soir, le président français François Hollande, a dit à la télévision : « Oui, nous avons des preuves, mais ils sont retenus ». Il n'en n'a pas dit plus. Est-ce à dire qu’il aurait pu avoir, depuis deux mois, de nouvelles preuves de vie ?

Je ne pourrai pas répondre à une question à laquelle le président de la République n’a pas répondu. Cela m’est difficile de vous dire ce qu’il en est exactement.

François Hollande vous a reçue en juillet, mais vous déplorez tout de même de ne pas avoir assez de nouvelles ?

Nous avons été reçus le 4 juillet. Nous avons eu cette preuve de vie. Et depuis, nous espérons que cette preuve de vie, comme je vous le disais précédemment, n’est pas une fin en soi, mais est un élément positif d’une négociation. Après si négociation il y a, on veut bien entendre qu’elle reste secrète et confidentielle, pourvu qu’elle nous ramène nos proches le plus rapidement possible et qu’on puisse nous dire effectivement ; ils vont revenir.

Vous dites « quelquefois on ne nous considère pas vraiment comme des adultes » ?

On a l’impression parfois, qu’il serait plus facile de nous dire : « Ecoutez les négociations avancent ou les négociations stagnent ». Ce serait parfois plus facile à entendre que le silence. La parole est parfois bien nécessaire, surtout dans une situation aussi douloureuse.

Vous comprenez que ce type d’action demande une certaine confidentialité ?

Bien sûr, on l’entend parfaitement ! Mais malgré tout, on peut se dire que des signes encourageants, ce serait quand même très important pour nous et ca permettrait de nous dire : il se passe quelque chose. Il faut imaginer quand même, qu’on est dans le silence et qu’on attend depuis tellement longtemps.

Si ce matin, grâce à RFI, votre mari Daniel Larribe, Marc Feret, Thierry Dol, Pierre Legrand vous écoutent quelque part au Sahara, quel est votre message ?

Je suis persuadée qu’ils savent que nous pensons à eux, que nous nous battons comme nous espérons qu’ils se battent. Et nous savons qu’ils se battent pour résister et nous revenir, parce que nous les attendons.

→ Sur le même sujet, écoutez l'émission Décryptage sur RFI à 19h10 ou réécoutez-la ici

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