Au Mali, près de 160 soldats tchadiens désertent leur position à Tessalit


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Des soldats tchadiens de la force de l’ONU, déployés à Tessalit, au nord du Mali, ne sont pas contents et le font savoir. Selon les informations obtenues par RFI, environ 160 hommes auraient déserté lundi 16 septembre le camp militaire d'Amachach près de Tessalit avec armes et bagages. Ils ont pris la direction de la ville de Gao où sont arrivés des hauts gradés de l'armée tchadienne.

Tout a commencé lundi après-midi. Un remue-ménage est observé dans le camp militaire de Tessalit situé au nord-est du Mali. Ce camp est occupé par des soldats tchadiens qui participent à une opération militaire internationale contre les jihadistes.

Certains militaires tchadiens se disent mécontents. La hiérarchie tente de les calmer. C’est difficile, et selon un témoin, le ton est un peu monté. À bord de quarante véhicules, les quelque 160 mécontents quittent alors le camp et prennent la direction de Gao, la principale ville du nord du Mali. Parmi eux, quelques officiers, dont un capitaine.

Déployés dans le cadre de la mission onusienne

Un officier de la Minusma, la force de l’ONU au Mali, dont font partie ces soldats tchadiens : « Nous confirmons. Plus de 150 soldats tchadiens ont quitté sans l’autorisation de leur hiérarchie la localité de Tessalit. Ils sont actuellement en route vers Gao où est arrivée une importante délégation militaire tchadienne ». Il s’agit notamment le numéro deux de l'état major, le Général Soye. Les retrouvailles s'annoncent compliquées.

Besoin d'être relevés

Pourquoi ce départ ? Deux raisons sont avancées par les soldats du groupe. D'une part le non paiement de primes et de salaires. Ces 160 soldats affirment qu'ils n'ont pas reçu les primes promises par la Misma, c’est à dire pour la période de janvier à juin. Ce financement a pourtant été versé par l'Union européenne à la Cédéao. Mais personne au sein de cette institution n'est capable de dire si les fonds ont depuis été transférés aux autorités tchadiennes.

D'autre part, Ces soldats, qui font partie de l'élite de l'armée et sont aguerris aux zones désertiques, sont basés dans le grand nord du Mali depuis neuf mois, depuis les rudes combats contre Aqmi en janvier. Depuis des semaines, ils attendent, ils demandent une relève. A titre de comparaison, les soldats français sont rentrés de mission au bout de quatre mois. Apparemment, à Ndjamena le processus pour relever les différents bataillons a été accéléré depuis l'éclatement de cette affaire, c'est en tout cas ce qu'affirme un militaire français basé à Bamako.

Les conditions de vie difficiles n'arrangent rien, explique Abdelnasser Garboa coordonnateur du Collectif de soutien aux forces armées tchadiennes en intervention au Mali (Fatim). Les soldats se sentent oubliés, et ont presque plus besoin d'un soutien moral que financier.

Ce sont les mêmes forces qui ont combattu les jihadistes, qui sont encore là-bas. La relève est actuellement en formation, parce qu'il faut les mettre aux normes onusiennes [...]. Pour le moment ce sont donc les mêmes gars qui ont fait le boulot le plus dur sur le terrain, qui ont perdu beaucoup des leurs, et tout cela joue sur leur moral...
Abdelnasser Garboa
18-09-2013 - Par Marie-Pierre Olphand

Les commandants de la Minusma, force internationale qui a remplacé la Misma et qui compte actuellement 5 000 hommes, doivent gérer dans l'urgence cette affaire pour éviter que d'autres soldats imitent leurs frères d'armes tchadiens. Quant au président Idriss Déby, cette situation ternie l'image de son armée et de son pays alors qu'il est attendu demain à Bamako pour la seconde cérémonie d'investiture du président IBK.

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