Bert Koenders sur RFI: «Il reste un risque jihadiste au nord du Mali»

Bert Koenders (centre), l'envoyé spécial pour les Nations unies au Mali, en juin 2013.
© Reuters/Francois Rihouay

Mohamed VI, François Hollande, Jacob Zuma, Idriss Déby et tous les présidents d'Afrique de l'Ouest assistent, ce jeudi 19 septembre, à Bamako, à la cérémonie en l’honneur du nouveau président malien Ibrahim Boubacar Keïta. Le Néerlandais Bert Koenders, chef des casques bleus de la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), et représentant spécial de Ban Ki-moon au Mali, assistera également à la cérémonie. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier sur RFI.

RFI : Etes-vous certain que la page du coup d’Etat de 2012 est bien tournée au Mali ?

Bert Koenders : La page du coup d’Etat me semble être tournée. Maintenant l’action se tourne vers la reconstruction des institutions, c’est aussi un peu la fête de la démocratie avec un très bon déroulement des élections présidentielles au cours des deux tours et une campagne digne avec un comportement grand de deux candidats. Ce qui était le plus impressionnant pour beaucoup de Maliens, c’était le chiffre historique de la participation, signe qu’ils voulaient montrer leur choix après le choc. Maintenant on est dans une nouvelle page.

La participation a été forte en effet mais des centaines de milliers de Maliens n’ont pas pu voter. Est-ce qu’ils pourront voter aux élections législatives ? Est-ce que les quelque 150 000 Maliens réfugiés à l’étranger seront rentrés au Mali le 24 novembre ?

Je ne peux pas vous dire, mais on voit déjà qu’il y a beaucoup de déplacés qui sont rentrés. On commence à voir aussi des retours de réfugiés de Mauritanie et du Niger. Maintenant c’est important que le gouvernement et la communauté internationale continuent d’assurer les services de base, le retour de l’Etat dans toutes les régions. Ça veut dire qu’il faut prendre des initiatives de réconciliation et de reconstruction pour aider à créer cette confiance entre les parties.

Est-ce qu’il reste un risque jihadiste au nord du Mali ?

Bien sûr. Il reste un risque. Après l’intervention française, l’opération Serval, et maintenant le déploiement des forces des Nations unies de la Minusma, il faut rester très vigilant. Il y a un affaiblissement des forces jihadistes, on a vu cela aux élections où il n’y a pas eu d’incidents majeurs, même s’ils étaient annoncés. Il ne faut pas sous-estimer les risques. Il reste, dans la région du Sahel, des groupes jihadistes. C’est pour cela que nous avons aussi cette continuité de l’opération de paix des forces maliennes en coopération avec les forces françaises.

Pour la Minusma, vous avez prévu une force de 12 000 hommes. Mais pour l’instant, vous ne disposez que de 5 000 hommes. Est-ce que vous n’êtes pas déçu ?

Je ne suis pas déçu parce que j’ai travaillé avant dans des opérations de paix en Côte d’Ivoire. Nous sommes maintenant en action depuis le 1er juillet. Cela veut dire que nous avons déjà 5 000 troupes. Il y a les autres qui viennent. C’est important que nous renforcions nos troupes dans les mois à venir. C’est aussi prévu avec des propositions de militaires de la part de nombreux pays africains et d’autres parties du monde comme par exemple la Chine et l’Europe. On a prévu que tous les effectifs soient au Mali dès le début de l’année prochaine.

Le Nigeria a retiré un certain nombre de ses avions. Est-ce que vous n’avez pas un problème de couverture aérienne ?

C’est vrai qu’on a besoin d’avions et d’hélicoptères. Pendant l’Assemblée générale de l’ONU, la semaine prochaine, où sera présent aussi le président de la République Ibrahim Boubacar Keïta, on va discuter de ce renforcement aérien. On a besoin de cela.

D’ici la fin de l’année, la France veut réduire ses troupes de 3 000 à 1 000 hommes. Est-ce que cette réduction n’est pas trop rapide et ne risque pas de vous fragiliser ?

Je ne crois pas. Je voudrais commencer par remercier la France. Ils ont fait un grand travail ici au Mali. Maintenant c’est l’opération de paix de l’ONU et bien sûr, on travaille ensemble pour nous assurer que la sécurité sera maintenue dans les mois à venir, en étroite coopération avec les pays amis.

Au chapitre de la réconciliation Nord-Sud, les anciens rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) réclament l’autonomie du Nord alors que le président Ibrahim Boubacar Keïta ne semble vouloir parler que de décentralisation. Est-ce que vous ne craignez pas le blocage ?

Non, nous avons eu juste une réunion avec les différents groupes du Nord, avec ce qu’on appelle ici le Comité de suivi. Nous avons abordé ce sujet. On commence tout juste avec les négociations. Et j’ai vu avec la libération de quelques prisonniers que tous les partis ont réitéré leur ferme volonté de dialogue sur la base de la mise en œuvre des mesures de confiance.

Le 12 septembre, il y a eu un accrochage près de Léré, localité du Nord. Le 15, un convoi de trois ministres a été caillassé à Kidal. Est-ce que tout cela n’est pas inquiétant ?

Ce n’est pas bon et c’est pour cela que nous sommes là. C’est pour cela qu’il faut instaurer une relation de confiance entre les différentes parties. On a un nouveau gouvernement qui veut prendre beaucoup de mesures dans ce sens. Sur le terrain, tout n’est pas réglé et on va continuer à être vigilant sur cette situation.

Vous êtes Néerlandais donc Européen. Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui disent que cette place que vous occupez aurait dû revenir à un Africain ?

C’est toujours difficile. Le secrétaire général m’a demandé de prendre cette responsabilité comme je l’ai assumée aussi en Côte d’Ivoire. C’était aussi sur la base d’une concertation avec les membres du Conseil de sécurité. Mais c’est tout à fait important que nous travaillions en étroite coopération avec l’Union africaine et la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, ndlr]. Nous faisons cela chaque jour et cette concertation se passe très bien.

Vous savez que la présidente de la Commission de l'Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, le haut représentant de l’Union africaine et chef de la Misma, Pierre Buyoya et bien d’autres sont contrariés par le fait qu’un Africain ne soit pas à votre place. Est-ce que du coup, cela ne freine pas la mobilisation des pays africains pour faire le plein des troupes de la Minusma ?

Il y a eu des discussions, mais elles ne me concernent pas toutes. Il y a toujours une nécessité de se concerter entre la communauté internationale, l’Union africaine et la Cédéao. Je peux vous convaincre que l’on travaille en étroite coopération.

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