Le colonel Marcel Ntsourou sur RFI: «l’explosion de Mpila est un accident»


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L'explosion de Mpila, les disparus du Beach : pour la première fois, un homme clé du Congo-Brazzaville s'exprime sur ces deux affaires. Le colonel Ntsourou est le secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité, autant dire le numéro deux des services de renseignement congolais. Après l'explosion meurtrière d'un dépôt de munitions le 4 mars 2012, qui a fait officiellement près de 300 morts, il a été arrêté et n'est sorti de prison que le 10 septembre dernier. Il livre sa vérité au micro de Christophe Boisbouvier.

RFI : Le 10 septembre, la cour criminelle de Brazzaville vous a condamné à cinq ans de travaux forcés avec sursis pour complicité d’incendie involontaire et détention illégale d’armes de guerre. C’était dans l’affaire meurtrière de l’explosion de Mpila. Quelle est votre réaction ?

Colonel Marcel Ntsourou : Je vous dirais tout simplement que je suis content d’être libre. Quant à la condamnation, elle est tout simplement une blague parce qu’on est face à une instrumentalisation politique. Je ne peux pas admettre que je sois condamné puisque je n’ai absolument rien fait. Complicité d’incendie involontaire ou volontaire, ça ne peut pas exister puisque je ne connais pas le jeune qui est présumé incendiaire. Mais le peuple congolais n’est pas dupe. Il sait que je n’ai rien à voir avec cette affaire.

Le caporal-chef Blood Kakome Kouvak est, en effet, le principal accusé dans cette affaire. Il a été condamné à 15 ans de prison ferme pour avoir mis volontairement le feu au dépôt de munitions de Mpila. Vous dîtes ne l’avoir jamais rencontré ?

Je ne l’ai jamais rencontré. J’ignorais son existence. J’ignorais même son nom. Il peut le confirmer. Lui aussi a dit ne pas me connaître. Et le procureur général et la partie civile n’ont pas pu apporter un seul élément pouvant me relier à cette personne.

Au-delà de cette affaire de complicité, quelle aurait pu être la motivation du caporal-chef Kakome ?

Le caporal-chef Kakome a dit que son chef l’avait logé dans cet établissement parce qu’il n’avait certainement pas de moyens pour se loger ailleurs et qu’il faisait la cuisine dans cet établissement. Ce matin-là, il s’est mis à réchauffer la nourriture de la veille avec un poêle à charbon. Il a balancé ce poêle à charbon, mais malheureusement le manche s’est décroché, a frappé les grilles et fenêtres et certainement la cendre ou les charbons ont dû pénétrer dans le magasin. Lui-même dit que ça n’a pas pénétré. Enfin certainement que ça a dû pénétrer.

La version de Kakome est que c’est un accident et apparemment c’est la thèse à laquelle vous croyez ?

On se dit que si c’est Kakome qui a mis le feu, il ne l’a pas fait exprès. C’est un accident. Je crois que vue la promiscuité qui régnait là-bas, vus les explosifs qu’il y avait là-bas, il y a la possibilité qu’il y ait eu un accident. Et les mesures n’avaient pas été prises pour assurer la véritable sécurité de cette structure. La responsabilité incombe au ministre de la Défense, au chef d’état-major général, l’inspecteur général, le contrôleur général, le chef de la sécurité militaire, qui avaient chacun une responsabilité à assumer. Mais ils n’ont ni été poursuivis, ni été limogés. Tout a été fait pour montrer que c’était un complot venu de l’extérieur pour qu’on ait bonne conscience. Et à ce moment-là, on s’écarte de la formule accidentelle. On cherche une formule criminelle et c’est Ntsourou qui doit en porter le chapeau. Toute cette histoire est un complot monté contre ma personne.

Si c’est un complot, est-ce pour se débarrasser de vous ou bien pour valider la thèse de l’attentat et épargner ainsi des poursuites judiciaires à une hiérarchie militaire qui aurait été coupable de laxisme à Mpila ?

Les deux combinés. Nous sommes dans une situation où il y a des hommes qui commandent. Ces hommes savaient que des entreprises civiles avaient stocké des matériels dangereux dans cet établissement. Lorsqu’ils voient le nombre de morts, lorsqu’ils voient le nombre de dégâts, ils se sentent coupables. A ce moment-là, ils veulent se débarrasser de l’affaire, c’est-à-dire il ne faut pas que ça soit de leur responsabilité mais il faut que ça soit un complot, venu de l’extérieur. Donc il faut trouver des boucs émissaires pour pouvoir mettre ça sur eux et puis on aura réglé tous les problèmes.

Longtemps, vous avez été très proche de la présidence. En 1999, au moment de la disparition de plus de 350 opposants au Beach de Brazzaville, vous étiez directeur des renseignements militaires. Qu’est-ce que vous pouvez dire aujourd’hui sur cette affaire ?

Je vous dis tout simplement qu’en ce qui me concerne moi, je n’ai rien à voir avec ces disparitions, mais l’opération a été mal organisée. Les personnes débarquées n’étaient pas en sécurité. Il y a eu certainement des ordres ou des dispositions qui ont été prises. En ce qui me concerne, j’ai informé qui de droit, du fait qu’il y avait des comportements anormaux et c’était à lui de prendre des dispositions. Je suis prêt à tout moment à témoigner de cette affaire parce qu'elle a créé beaucoup de mal aux Congolais et elle n’a pas fini d’être jugée.

Quand vous dites « comportements anormaux », ça veut dire des exécutions sommaires ?

Il y a eu des exécutions sommaires, puisque la cour de Brazzaville l'a reconnu. Moi, je ne savais pas qu’il y avait eu des exécutions. J’entendais que des gens étaient pris et amenés à certains endroits. Je n’étais pas le seul officier à le dire. Nous étions un certain nombre à dire, et à qui de droit, qu’il y avait des comportements de nature à nous placer dans des situations de crimes contre l’humanité.

Accepteriez-vous de témoigner devant la justice française ?

J’étais soldat à l’époque. Ce que je sais, je le dirais. Même devant la justice française. Je n’ai pas à me cacher de cela. J’ai été au renseignement militaire. Si on me demande ce qui s’est passé, je n’ai pas commis un crime, et je dirais ce que j’ai constaté.