Youssou N'Dour: «Je pense que le Sénégal est sur la bonne voie»

Youssou NDour
© DR

Il a retrouvé sa liberté de parole et sa liberté de chanter. Youssou N'Dour, la star de la musique world, a quitté le gouvernement sénégalais au début du mois. Il avait été successivement ministre de la Culture et du Tourisme du président Macky Sall, auquel il s'était rallié pendant la campagne de 2012. Aujourd'hui, il est en plein préparatifs pour le «Grand Bal» qu'il donnera à Paris-Bercy le 12 octobre, en partenariat avec RFI. Avant ce concert, Youssou N'Dour, qui possède aussi l'un des plus grands groupes de presse sénégalais, est revenu sur son rôle en politique.

RFI : Tout le monde vous connaît comme certainement la plus grande star de la musique africaine. Mais vous avez aussi été ministre au Sénégal, un poste que vous avez quitté au début du mois à la faveur d’un remaniement ministériel. Quel bilan tirez-vous de cette expérience en politique ?

Youssou N'Dour : Extraordinaire. Je pense que c’était comme si j’étais entré dans un carcan spirituel. Donc j’ai sorti un plan, une vision que j’ai partagée avec le chef de l’Etat, qui est une vision pour moi qui peut développer le tourisme, qui peut valoriser encore la culture. Et donc c’était la fin de ma mission, parce que moi je suis un concepteur, je suis quelqu’un qui écoute les gens. J’ai écouté tout le monde et je pense que ma vision sur le tourisme sénégalais, si cette vision-là est appliquée, peut re-booster ce tourisme qui existe non seulement, mais qui doit booster l’économie.

Alors comment re-booster ce tourisme, avec par exemple l’application de visas pour les ressortissants de l’Union européenne ?

Il faut revenir sur ce qui a amené les visas. Au niveau de la Cédéao, il y a eu une décision qui fait que tous les pays de la Cédéao exigent le visa aux pays qui nous demandent les visas. Moi, la seule chose que je critique autour des visas, c’est la façon de faire. On n’avait pas besoin d’aller vers les visas biométriques. On pouvait effectivement permettre à tous les pays d’avoir des visas et de créer des vignettes, ce qui ne poserait pas de problèmes de logistique et d’organisation. Et je rappelle que malgré tout cela, cette décision communautaire, le président de la République Macky Sall m’a autorisé, nous a autorisés d’avoir cette exonération durant tout cette année, jusqu’en mai 2014.

Aujourd’hui vous êtes toujours ministre conseiller du chef de l’Etat sénégalais Macky Sall. Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui disent que finalement vous risquez de vous accrocher au pouvoir, comme d’autres que vous critiquiez quand vous étiez dans l’opposition ?

Mais écoutez, moi je pense que ce n’est pas une question de s’accrocher au pouvoir. Il y a eu une démarche, une démarche qui consistait à ce que le Sénégal ne bascule pas dans l’anarchie. Moi, je me suis engagé et je n’ai pas voulu aussi faire comme certains dans d’autres pays, mener l’évolution, participer à la Révolution. Moi, j’ai voulu poursuivre cela, accompagner le président Macky Sall avec qui je partage énormément de visions, énormément d’actions de cœur pour développer le Sénégal. Et j’étais à ses côtés, en prenant un département. Et après ma mission, j’ai voulu avoir un peu plus de liberté, être à ses côtés et pouvoir travailler au niveau international pour développer le Sénégal.

Vous, l’enfant pauvre de la médina, qu’est-ce que vous dites aux jeunes d’aujourd’hui qui attendent parfois encore le changement ?

Ecoutez, ça n’a pas été facile pour moi. Je m’en souviens, étant jeune et étant à la médina, et pensant comme beaucoup de jeunes, partir à l’étranger : « Comment je vais m’en sortir ?» Heureusement, j’ai eu une passion qui est devenue mon métier. Aujourd’hui, le gouvernement du Sénégal travaille pour inciter le secteur privé à créer des emplois. Et il y a énormément d’efforts au niveau de la formation ! Et à partir du moment où les gens sont formés, il y a un devoir pour l’Etat d’aller trouver du boulot pour ces gens-là. Et personnellement, je pense qu’on est sur la bonne voie.

Aujourd’hui, Youssou N'Dour, vous possédez l’un des plus grands groupes de presse du Sénégal et une société de micro-crédit. Vous êtes producteur aussi. On ne peut pas faire la liste de toutes vos activités. Et la musique dans tout ça ?

La musique reste ma passion. La musique est toujours là, je la vis chaque fois. Même en ayant le département, avec les contraintes gouvernementales, j’ai toujours continué ma relation avec la musique. Je pense que la musique c’est quelque chose en moi. Et maintenant que j’ai un peu plus de temps – pas tout le temps, parce que j’ai des charges – je pense que petit à petit, surtout avec les événements qui sont devant moi, les choses vont revenir à un autre niveau beaucoup plus élevé.

Vous avez chanté avec Sting, Peter Gabriel. Là encore, on ne peut pas faire la liste de toutes vos collaborations. Vous avez chanté avec un orchestre égyptien. Aujourd’hui, vers quelle musique avez-vous envie de vous tourner ? Quelle est la musique qui vous inspire ?

Toutes les musiques m’inspirent. Parce que dès le départ, moi j’ai dit que la musique n’avait pas de frontières. Je voyais, au début des années 80, quand on a commencé avec Peter Gabriel à parler de la world music, tout le monde disait que la world music c’est la musique qui venait des pays sous-développés. Moi, je disais non, la world music c’est « quelque part où chacun peut amener quelque chose ».

Et cette musique-là continue, et s’est renforcée récemment, avec l’arrivée du président Obama, nous avons parlé d’une idée de créer le « World Music Day » à partir des Etats-Unis, boostés par le gouvernement américain. Et dans ce cadre-là, l’Afrique a une contribution énorme. Donc ce qui veut dire que l’avenir appartient aussi à l’Afrique dans ce cadre-là.

Le 12 octobre prochain, vous serez en concert à Paris, pour «Le Grand Bal» sénégalais dont RFI est partenaire. À quoi peut-on s’attendre lors de cet événement ? Beaucoup de m'bala avec votre formation de Super Etoile ?

Beaucoup d’invités, un grand moment. Parce que depuis deux ans, à part les concerts humanitaires, je n’ai pas eu à faire de grands concerts. Et je veux vraiment relever encore le niveau, non seulement que les gens vont trouver ce qui existait, mais je veux encore relever la chose. Et je pense que c’est un grand moment et je tiens à inviter tous les Africains, tous les mélomanes de la musique. Qu’on donne une belle image ! Pour moi, le « Grand Bal » c’est un moment où on donne une belle image de l’Afrique. Les femmes sont bien habillées, les hommes aussi ! C’est un moment de fête. Il n’y a pas de bousculade. C’est la paix et c’est la joie !

C’est ce que vous disiez aussi, lors du premier « Grand Bal » que vous aviez monté à Paris au milieu des années 80, quand vous faisiez la tournée des chauffeurs de taxi sénégalais à Paris, pour essayer de récolter des fonds ? C’est ça que vous leur disiez aussi : « On va faire un grand bal pour la musique africaine et quelque chose qui soit symbole de paix » ?

Oui, je crois que tout le monde est concerné. Vous voyez des chauffeurs de taxi africains qui font la promotion de Bercy. C’est une question d’image ! Chaque fois qu’on nous montre ici en Occident ; l’Afrique c’est la guerre, c’est la tristesse, c’est le sida. Oui, ça existe en Afrique. Mais il y a aussi l’Afrique qui sourit. L’Afrique adore les belles choses aussi. Et c’est cette image-là qui m’intéresse de montrer à l’Occident.

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