Au Soudan, la fin des subventions sur les carburants va accentuer la crise

Le président soudanais Omar el-Béchir - ici le 8 juin dernier à Khartoum - a annoncé la fin des subventions sur le carburant et le gaz.
© REUTERS/Stringer

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté, lundi 23 septembre, à Wad Madani, capitale de l'Etat de Gezira, contre la fin des subventions sur le carburant, décidée par le président Omar el-Béchir pour éviter un dérapage des déficits publics. La police a tiré des grenades lacrymogènes pour disperser la foule. Pour les Soudanais, la fin de ces subventions est synonyme d’une perte drastique de pouvoir d’achat.

En prenant une mesure aussi radicale, qui aboutit au doublement du prix du carburant et du gaz, Omar el-Béchir devait s'attendre à provoquer la colère des Soudanais. Il y a un peu plus d'un an, la fin des subventions sur des produits de première nécessité et la montée de l'inflation avaient jeté dans la rue étudiants et citoyens. Des contestations toujours violemment réprimée par les services de sécurité.

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Depuis l'indépendance du Soudan du Sud, Khartoum a certes perdu les trois-quarts de ses recettes pétrolières, mais le gouvernement soudanais n’a pas réellement anticipé cette nouvelle donne.

Une économie déjà exsangue

Aucune réforme des structures de son économie n'a été engagée. Les ressources de l'or ont été mobilisées, mais rien n'a été fait dans les autres domaines miniers. Rien, non plus, dans le secteur agricole. Autant de ressources qui pourraient permettre, à terme, de compenser une partie de la perte des revenus pétroliers.

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La poursuite des affrontements au Darfour et dans les Etats frontaliers avec le Soudan du Sud, le climat de «ni guerre, ni paix» entre les deux Etats, l’incapacité à normaliser ses relations avec l'Occident, pénalise Khartoum et son avenir économique entravée par une dette extérieure abyssale et les sanctions commerciales imposées par les Américains.


ANALYSE : « Le revenu réel des gens d’ici va baisser de 80 % »

Issam Mohammed, professeur d'économie à l'université de Khartoum, juge que cette décision du président Omar el-Béchir va entraîner une baisse radicale du pouvoir d’achat des Soudanais, et conduire à une accentuation des désordres sociaux et des violences.

«L’essentiel de l’appareil productif, les transports, les services... Tout cela va s’effondrer. Nous allons être confrontés au déclin de l’économie, qui ne va plus fonctionner normalement», estime-t-il. Pour lui, le Soudan est « déjà en récession », mais celle-ci va s’aggraver.

Une situation dont il rend le régime d’Omar el-Béchir directement responsable : «Le problème de ce régime, c’est qu’il n’a pas de bonnes relations avec le reste du monde. Nous ne sommes pas très importants, on a seulement besoin que l’on nous prête 4 ou 5 milliards de dollars. Ce n’est pas beaucoup d’argent, au niveau mondial. Mais où pourrait-on l’avoir ? (…) Aucune institution internationale n’est disposée à nous prêter ça.»

« Les zones rurales vont se révolter »

Pour cet économiste, la conséquence immédiate de la décision de mettre fin aux subventions sur le carburant et le gaz «c’est que tous les prix vont instantanément augmenter de 40 %. (…) Cela signifie que le revenu réel des gens d’ici va baisser de 80 %».

Une situation qui va provoquer un aggravement de violences déjà récurrentes dans le pays. «Les zones rurales vont se révolter. Elles considèrent que le centre est un prédateur. Qu’il prélève beaucoup de taxes, et qu’il ne fournit rien en échange. La population, si elle n’a plus rien à manger, elle fera tout ce qui est possible pour se procurer de la nourriture.»

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