Martin Kobler sur RFI: «après le succès militaire, il faut une avancée politique en RDC»

Convoi de la Monusco en RDC.
© REUTERS/Thomas Mukoya

Au Congo-Kinshasa, les casques bleus de la Monusco sont souvent critiqués pour leur manque d'efficacité. Mais depuis trois mois, une brigade d'intervention de 3 000 hommes est arrivée à Goma. Lundi 24 septembre, à New York, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, les chefs d'Etat de la région des Grands lacs se sont retrouvés en sommet. Une rencontre à laquelle était présent le nouveau chef de la Monusco, l'Allemand Martin Kobler, qui témoigne au micro de Christophe Boisbouvier et raconte « la victoire militaire » de ses casques bleus.

RFI : Ce lundi à New York, on a vu les présidents Joseph Kabila et Paul Kagame se parler très amicalement. Est-ce que c’est le signe que la fin du conflit est proche ?

Martin Kobler : Je crois que c’était un succès parce que tous les présidents de la région étaient là. On a établi un calendrier de travail pour la mise en œuvre de la paix, de la sécurité et de la coopération.

Depuis trois semaines il y a une accalmie sur le front, au nord de Goma, mais est-ce que les combats ne risquent pas de reprendre à tout moment ?

Ce qui est très important, c’est d’avoir rapidement la conclusion des pourparlers de Kampala. J’étais à Kampala, il y a une semaine, pour parler avec les négociateurs, en particulier avec le ministre de la Défense ougandais. Je crois que l’on a bien défini les problèmes et le président Kabila, dans la réunion, a exprimé sa volonté de conclure rapidement. Sur le terrain, c’est calme, mais après le succès militaire des forces armées congolaises, soutenues par les troupes de la Monusco, il faut une avancée politique. C’est le temps de la politique, d’une résolution politique du problème du M23 dans l’est de la RDC.

Depuis deux mois, les forces de l’armée congolaise prennent l’avantage sur le M23 au nord de Goma. Est-ce grâce à l’aide de la brigade d’intervention de l’ONU qui est entrée en action ?

Nous avons joué un rôle très important il y a trois semaines, parce que Goma était attaquée. Pour la Monusco, c’est la protection des civils qui est la tâche la plus importante. Goma est une ville d’un million d’habitants et c’était inacceptable. C’est pour cela que l’on a combattu ensemble avec les forces armées de la RDC, contre le M23, afin que leur artillerie ne puisse plus atteindre Goma.

Confirmez-vous qu’un convoi de ravitaillement venant du Rwanda a été bombardé par les forces de l’ONU ?

Je n’ai pas de rapport sur cet évènement. Nos relations avec le Rwanda sont très bonnes. Lundi dernier, j’ai encore parlé avec le président Kagame lors de notre réunion. Dans son discours à New York, il a mentionné le rôle de la représentation spéciale. Notre mandat, c’est de combattre les forces négatives, mais toutes les forces négatives, pas seulement le M23.

Il y a un an, vous avez dénoncé le soutien militaire du Rwanda au M23, est-ce que ce soutien continue aujourd’hui ?

On observe très étroitement la situation avec le Rwanda. Le M23 est tout proche de la frontière rwandaise et on a toujours le danger de répercussions. On a vu qu’il y avait des obus sur le territoire rwandais pendant les combats de Goma. C’est pourquoi je suis très confiant à propos des pourparlers de Kampala et nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, avec les autres envoyés spéciaux, comme Madame Robinson (pour la région des Grands lacs), pour parvenir au succès. Parce que les atrocités dans la région doivent finir.

Est-ce que le M23 n’a pas résisté cette fois-ci avec plus de force qu’au mois de juillet ?

Il a résisté avec beaucoup de force, mais nous avons eu une victoire militaire. Sauf que nous ne voulons pas combattre, nous voulons une solution politique, nous voulons que cette guerre se termine.

Depuis trois mois, la communauté internationale fait de gros efforts pour déployer une force de l’ONU au Mali, la Minusma. Est-ce que, du coup, les objectifs et les moyens de la Monusco ne risquent pas de diminuer ?

Je ne crois pas, nous avons notre mandat, nous avons les soldats. Près de 20 000 hommes sont en place depuis 14 ans maintenant. Je sens que la communauté internationale est impatiente. Ces années n’ont pas suffi à achever la pacification du territoire. Maintenant, nous avons eu un succès avec la brigade d’intervention et nous prenons notre tâche, notre mandat, très au sérieux.

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