Joshua Osih, premier vice-président du SDF: «Il est impossible de gouverner un pays à 85 ans»

Paul Biya (photo) est aux commandes du pays depuis trente et un ans.
© DR

Au Cameroun, plus de cinq millions de citoyens sont invités, lundi prochain, à élire leurs députés et leurs maires. Et pour la première fois dans l’histoire du pays, le fichier électoral sera biométrique. Ce qui devrait limiter la fraude. L’opposition peut-elle pour autant gagner ? Josuah Osih, le premier vice-président national du Social Democratic Front (SDF), principal parti de l'opposition, était au micro de Christophe Boisbouvier.

RFI: Il n'y a pas de grands meetings, pas d’effervescence dans cette campagne, est-ce que ce n’est pas mauvais signe pour vous ?

Joshua Osih: Nous avons eu quelques grands meetings, mais notre stratégie était de faire de petits meetings et des causeries participatives, qui marchent très bien. On en fait 4, 5, 6 par soirée, on fait beaucoup de descentes et des porte-à-porte. Vous savez, l’heure des grands meetings est révolue. Nous avons prévu un seul très grand meeting et le reste du temps, nous allons auprès des populations pour expliquer les enjeux.

Depuis vingt et un ans, vous subissez défaite sur défaite, est-ce que vous y croyez encore ?

Si on subissait des défaites, on n’y croirait plus, mais ce ne sont pas des défaites électorales que nous subissons, c’est plutôt la fraude électorale. Et c’est pour ça qu’au sortir de l’élection de 2007, nous avons pris la résolution de mettre toute nos énergies et toutes nos forces pour changer le processus électoral. Je prends les Camerounais à témoin, nous allons réussir là où les autres pensaient qu’on ne pouvait pas. Aujourd’hui nous avons un code électoral qui n’est pas encore à la hauteur de nos attentes. Nous avons pu obliger le gouvernement d’introduire la biométrie, elle est partielle mais c’est déjà un pas. Et nous sommes assez confiant, on aura des résultats meilleurs que ce qu’on à a l’habitude d’avoir.

Au Nord Cameroun, l’UNDP de Bello Bouba Maigari espère récupérer les voix de tous les déçus du pouvoir, est-ce que vous pourriez faire alliance avec lui ?

Nos portes sont ouvertes à toutes les alliances possibles, mais quand l’UNDP veut récupérer les déçus du pouvoir, ils oublient qu’ils sont eux-mêmes au pouvoir. Ils ont une alliance, ils sont au gouvernement, ils font partie du problème et non de la solution.

Le président Biya est âgé aujourd’hui de 80 ans, est-ce qu’on pense déjà à sa succession et est-ce que cela peut ouvrir le jeu pour vous ?

Je pense que c’est le plus grand problème que le Cameroun a : on parle tout le temps d’un parti au pouvoir, mais en fait il n’y a pas de parti au pouvoir. Il y a une administration qui se mue en parti en temps électoral. Tout est organisé autour d’une personne. Le réflexe de survie, c’est de garder M. Paul Biya à la tête tant que possible. Ce parti a été organisé autour d’une personne et non autour des idéaux, et si M. Paul Biya n’est plus là, il n’y a personne qui est capable, aujourd’hui, de fédérer ce parti. Le numéro 2 du parti, le secrétaire général, est changé tout les trois ans parce qu’ils n’ont encore trouvé personne qui puisse diriger les troupes. Il est donc important de tout faire pour que le Conseil constitutionnel soit mis en place rapidement pour gérer la vacance du pouvoir. Vous accepterez avec moi qu’il est impossible de gouverner un pays à 85 ans, sauf si on est dans une république bananière.

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