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Cameroun

Elections au Cameroun: «la biométrie permet l'élaboration de listes électorales plus fiables»

A Yaoundé, comme dans tout le Cameroun, la campagne électorale a commencé le 15 septembre.
© Getty Images/Tim E White

On vote lundi 30 septembre au Cameroun. Les électeurs choisissent leurs maires et leurs députés. Avec une première : l'utilisation de la biométrie. Pour voter, les citoyens on dû retirer leurs cartes électorales biométriques. Ce système peut-il permettre plus de transparence ? Sur le continent, la biométrie est-elle un moyen efficace de regagner la confiance des électeurs ? Clément Aganahi, expert en technologies électorales auprès de l'ONU et de l'UE répond aux questions d'Anthony Lattier.

Qu’est-ce que va changer l’utilisation de la biométrie lors des élections de lundi au Cameroun ?

L’apport de la biométrie dans le processus électoral permet l’élaboration de listes électorales plus fiables, en rendant unique l’électeur dans le fichier, et permettant donc de respecter le sacro-saint principe de la démocratie : un homme, une voix.

Sur RFI, un candidat du Front social démocrate (SDF, parti d'opposition) à Douala se disait optimiste parce que, disait-il, « la biométrie allait permettre de réduire la fraude à 50% ». Cela veut dire qu’il est encore possible de tricher avec ces systèmes, mais moins qu’avant. Ce n’est pas encore une solution optimale...

Oui, tout à fait. Le fait d’avoir des systèmes biométriques va permettre de réduire la présence multiple potentielle d’un électeur sur une liste électorale.

A quel niveau peut se situer la fraude ?

Vous avez des possibilités que toutes les données recueillies lors des recensements ne soient pas rapatriées. Et certains électeurs détenteurs de cartes d’électeurs - qui sont délivrées in situ lors de certains recensements - ne se retrouvent plus sur les listes électorales. Et donc, malgré la biométrie, on a un phénomène qu’on appelle « le vote des omis », qui peut être une faille pour permettre à des gens détenteurs de multiples cartes d’électeurs, de pouvoir aller voter.

Donc à terme, très prochainement - je pense par exemple au cas de la RDC - il va falloir interdire le vote des omis. Dans le cas d’espèce pour le Cameroun, les cartes d’électeurs sont distribuées a posteriori. Cela pose des problèmes logistiques, mais cela est plus fiable en termes « un électeur, une carte d’électeur ».

Pourquoi ce système est-il mieux ?

Il y a deux phénomènes. Vous avez la collecte des données biométriques des électeurs avec une délivrance au moment de l’enregistrement de sa carte d’électeur, et ensuite, un traitement des données pour rendre la liste électorale, qui sert de document de base dans les bureaux de vote, propre et fiable.

L’autre principe, c’est de recenser toutes les données, de traiter les doublons de la liste électorale, de publier les listes électorales et finalement d'éditer les cartes d’électeurs qu’on distribue. La distribution souvent pose des problèmes logistiques qui font que des électeurs ne retrouvent pas leur carte d’électeur, parce qu’elles ne sont pas faites suffisamment à temps, ou qu'elles ne sont pas faites avec la même sensibilisation que pour l’enregistrement des électeurs.

Sur le continent, on assiste, ces dernières années, à une généralisation des technologies biométriques. Dans quels pays par exemple, cela a-t-il été un succès ?

La biométrie, telle qu’elle est utilisée aujourd’hui par des commissions électorales nationales, n’est pas adaptée à la situation. La meilleure situation, ce serait celle de faire les listes électorales à partir des cartes d’identité biométriques, qui seront des éléments d’identifications gérées par l’Etat et qui permettent, à chaque processus électoral, une inscription sur les listes électorales plus actuelle, plus exacte et permettant de donner le véritable droit de vote aux vrais citoyens du pays. Parce que telle que la biométrie est utilisée actuellement, je mets au défi n’importe quel pays, en Afrique en tout cas, de savoir qui est un vrai citoyen et qui est un « vrai-faux citoyen », compte tenu de la proximité des populations aux frontières.

Le meilleur modèle que moi j’ai pu rencontrer, à mon sens, c’est le modèle mauritanien,  issu d’un recensement administratif à vocation d’Etat civil qui a permis de fixer l’identité et les caractéristiques des individus. Ensuite, une délivrance quasi-gratuite, en 2001, des cartes d’identité nationale. Et ensuite, un recensement, sur la base de la carte d’identité, des électeurs. Et à chaque fois, on a la possibilité, donc, d’avoir un fichier actualisé.

Dans les commissions électorales qui se constituent pour les scrutins, vous avez un fichier biométrique, certes, qui est plus ou moins fiable, mais vous avez le phénomène des déclarations des décès qui doit passer par l’Etat civil, et qui n’est pas fait. Donc vous avez des stocks de personnes décédées qui se retrouvent dans des fichiers.  Quelques politiciens avisés peuvent, au besoin, piocher. Nos Etats doivent réfléchir à vraiment mettre en place des systèmes d’Etat civil. Et l’un des meilleurs exemples en Afrique est l’Afrique du Sud. Un modèle issu d'un héritage douloureux, mais qui a été assez efficace, puisque provenant des principes de bases de l’apartheid qui voulait identifier chaque personne résidant dans le territoire.

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