A Djibouti, les drones américains forcés de déménager

Un drone MQ-1, de ceux déployés à Djibouti.
© JULIANNE SHOWALTER / US AIRFORCE / AFP

Courant septembre 2013, les drones américains ont dû mettre fin à leurs vols depuis Camp Lemonnier, à Djibouti. Après une série de crash, le Pentagone a dû se résigner à déménager ses engins un peu plus au sud, pour pouvoir continuer de mener des raids depuis cette position où Washington prévoit encore d'investir un milliard de dollars.

À l'aéroport international d'Ambouli, à Djibouti, les passagers des vols civils ont toujours la surprise de voir, par les hublots, les avions militaires stationnés à proximité de la piste. Locataires de structures sur place, les Français, les Japonais, mais surtout les Américains déploient depuis ce micro-Etat au cœur de la Corne de l'Afrique des moyens stratégiques. Ces derniers opèrent depuis Camp Lemonnier, un important détachement de transport aérien, d'avions de combat et de drones armés.

Les célèbres Predator de l'aviation américaine mènent depuis 2011 jusqu'à 16 vols de drones par jour. La demi-douzaine d'engins sans pilote effectue des missions de renseignement ou de bombardement vers l'ensemble de la Corne de l'Afrique, ainsi que vers le golfe Arabo-Persique. Leurs cibles : les combattants d'al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) au nord, et les shebabs somaliens à l'est.

Les drones, une fâcheuse tendance à se crasher

© Anthony Terrade/RFI

Camp Lemonnier est devenu un point-clé de la stratégie militaire américaine dans la région. Le Pentagone y déploie des troupes depuis 2003. Progressivement, cette base est devenue l'une des plus importantes au monde et la plus grande sur ce continent, accueillant jusqu'à 2 500 hommes, soit la moitié des effectifs de l'armée américaine en Afrique.

Djibouti a pourtant obtenu en septembre l'arrêt des opérations de drones depuis Camp Lemonnier. En cause : la fâcheuse tendance des drones à se crasher. Ces engins, notamment pour les anciens modèles comme le MQ-1 Predator déployé à Djibouti, restent plus exposés aux conditions météorologiques et aux erreurs de pilotage que les avions conventionnels. Au moins cinq Predator se sont écrasés sur et autour de l'aéroport d'Ambouli en deux ans, dont un en pleine zone habitée.

Déménager de Djibouti... à Djibouti

L'arrêt des opérations de drones est une mauvaise nouvelle pour le commandement américain, qui prévoit d'amplifier ses efforts sur Camp Lemonnier. Les projets de l'armée impliquent d'investir massivement dans cette base en développant l'aéroport, en construisant de nouveaux hangars et en installant un contingent de forces spéciales qui pourrait grimper jusqu'à 800 hommes. Une enveloppe évaluée à un milliard de dollars.

Pour ceux qui suivent le dossier de prêt, la décision des autorités locales n'est pourtant pas une surprise : l'inquiétude de voir un incident impliquer un appareil civil n'est pas nouvelle. L'armée américaine assure que l'arrêt des vols depuis Djibouti n'a pas eu d'incidence sur les opérations dans la région. Et pour cause : les drones sont déjà en cours de déménagement pour l'aéroport de Chabelley, à une douzaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale.

Le département de la Défense a exprimé au Congrès un besoin en urgence de 13 millions de dollars pour aménager le minimum sur place. Pour gagner en vitesse, les militaires ont même décidé de prendre de l'avance en déployant les Marines pour attaquer les travaux, en attendant que des entreprises civiles ne soient officiellement mandatées. Des Marines qui avaient déjà commencé à aménager cette piste au milieu de nulle part à partir de 2011.

Pour Camp Lemonnier, l'avenir reste ambitieux

Cet incident diplomatique ne remet pourtant pas en question l'avenir de Camp Lemonnier. Cette position reste un carrefour logistique indispensable et les vols pilotés se poursuivent. L'arrivée prochaine des forces spéciales représente de plus l'un des principaux arguments de la nouvelle stratégie américaine pour lutter contre le terrorisme dans la région.

Le Pentagone n'hésite d'ailleurs pas à déployer ses drones sur des infrastructures de moindre envergure ailleurs en Afrique. En plus de Djibouti, des avions sans pilote, armés ou non, se sont déjà installés en Ethiopie ou encore au Niger, où un appareil s'est déjà écrasé en avril dernier, quelque part entre le Mali et l'Algérie. Même chose aux Seychelles, où les autorités ont finalement demandé l'arrêt des vols de drones après un incident en 2012.

Djibouti pourrait difficilement se passer de la présence américaine à Camp Lemonnier. La manne financière reste précieuse pour ce petit Etat rentier, qui dépend très directement des loyers perçus (30 à 38 millions de dollars pour Camp Lemonnier) pour la location des différentes infrastructures logistiques et militaires. D'autant plus que les Américains participent très directement à l'entretien et au développement de l'aéroport international.