La peste noire sous haute surveillance à Madagascar


©

Terreur de l’Europe au XIVe siècle dont elle décime le tiers de la population, la peste sévit encore dans plusieurs régions du globe. Madagascar est aujourd’hui le pays le plus touché avec la République démocratique du Congo et chaque année, quelques centaines de personnes contractent la maladie. C’est le cas en ce moment où on entre dans la saison la plus à risque pour la propagation de la peste bubonique dans la Grande Île.

Considérée comme une maladie ré-émergente dans le monde, la peste noire ou bubonique qui est due au bacille Yersinia pestis, sévit encore en Afrique, en Asie et en Amérique. En quinze ans (1991-2006), ce sont 40 000 cas qui ont été déclarés à l’OMS (Organisation mondiale de la santé) dans quelque 25 pays. L’utilisation d’antibiotiques et la mise en place de meilleures mesures de santé publique ces dernières décennies n’ont cependant pas permis d’éradiquer la peste. 

La prison, un milieu à haut risque d’épidémie

Madagascar est actuellement le foyer le plus important de la maladie dans le monde avec en 2012, plus de 250 cas recensés dont environ 20% mortels. De 2009 à 2013, 500 cas ont été comptabilisés en moyenne sur l’île chaque année. Cette année, c’est dans le district de Faratsiho, à une centaine de kilomètres au sud d’Antananarivo, que la maladie a attaqué en pleine période de soudure, en mars dernier. Depuis, dans les zones pesteuses habituelles le climat chaud et humide d’octobre favorise l’apparition de la maladie.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l’Institut Pasteur se sont ligués pour mener notamment avec les autorités sanitaires locales des opérations de prévention. Première cible, la prison d’Antanimora implantée au cœur de la capitale malgache, où grouillent les rats et leurs puces infectées. Les détenus en surnombre, ils sont 3 000, les gardiens comme les visiteurs sont alors particulièrement vulnérables. Si jamais la peste s’y déclarait, rien ne l’empêcherait de gagner Antananarivo…
 

Vue de la bactérie Yersinia pestis avec un grossissement de 200 en fluorescence. Cette bactérie portée par les puces est responsable des différentes manifestations de la peste. © © CDC/Larry Stauffer/Wikipédia

« Depuis le début des opérations de dératisation, il y a deux ans, aucun cas de peste n’est survenu dans l’enceinte de la prison », se réjouit Jean-Yves Clémenzo du CICR « Durant cette période, des produits insecticides ont été pulvérisés pour venir à bout des puces et des pièges ont été installés ce qui a permis la capture de 1 600 rats. Puis, les rats piégés sont disséqués pour vérifier s’ils étaient contaminés ou pas », ultime étape de ce projet pilote centré sur la prévention qui a pour « objectif de pérenniser la lutte contre la peste en milieu carcéral ».  
 
Manque d’hygiène chronique

« Les opérations de dératisation sont très importantes » renchérit le Dr Mino Rajerison directrice de l’unité de recherche sur la peste de l’Institut Pasteur de Madagascar. « Si on laisse les rats proliférer et entrer dans les maisons, c’est dangereux pour tous, dit-elle en rappelant que les puces vont d’un hôte à un autre, animal ou humain, transportant ainsi le bacille.

Le manque d’hygiène chronique, même dans la capitale, favorise également la prolifération des rats. Les tas d’immondices qui s’étirent le long des rues et des marchés entretient un climat d’insalubrité propice aux maladies. L’hygiène est pour le Dr Rajerison le point crucial qu’il faudrait améliorer pour espérer un jour peut-être éradiquer la peste de Madagascar. « Mais là, on en est encore loin », reconnaît-elle.

« En attendant, la riposte est maintenue, explique Dr Mino Rajerison qui affirme disposer à la fois du matériel, des médicaments et des tests rapides de dépistage nécessaires, même si elle ajoute que Madagascar subit sévèrement la crise ». « Sinon, cette année on n’a pas relevé de particularité par rapport à 2012, les zones où sévit la maladie tant redoutée restent à peu près les mêmes », complète le médecin. « Mais quand un malade est atteint par la peste, avertit le médecin, il doit le plus vite possible se rendre dans un centre de soins où on lui administrera un traitement antibiotique ». Plus il tardera à consulter, plus la maladie s’aggravera.

A Madagascar, malgré les moyens limités, on constate néanmoins une assez bonne surveillance de la maladie grâce à un système de statistiques d’un niveau correct, explique Jean-Yves Clémenzo du CICR. Mais, la honte qui reste liée à la maladie pour certains représente encore parfois un frein mortel à la prise en charge des malades.